sexe

L’intérêt théologique de la série « La vie de JC » – Romance à Tibériade

Depuis le 18 septembre 2021, la Télévision suisse romande diffuse une série parodique en 20 épisodes — un « Kaamelott évangélique suisse » — intitulée La vie de JC :

Le théologien du quotidien décrypte chaque lundi l’intérêt théologique de l’épisode diffusé le samedi précédent (voir la page « La vie de JC »).

« Romance à Tibériade» (27 novembre 2021)

Voir l’épisode sur le site de la RTS (en Suisse seulement): https://www.rts.ch/play/tv/la-vie-de-jc/video/don-corleus?urn=urn : rts:video:12562307

« Marie-Madeleine essaie de convaincre J.C. qu’il se­rait temps de passer à la vitesse supérieure. Elle va bientôt avoir 25 ans. Ils pourraient faire une seule chair, comme le suggère le texte de la Genèse… J.C. ne comprend pas. Et puis, il y a sa mission. Marie-Madeleine va devoir passer aux explications concrètes. »

Ma vision

Quand Marie-Madeleine tente de convaincre JC de la connaître charnellement, comme il est pudiquement écrit dans plusieurs traductions de la Bible, JC voit ce qu’elle veut dire, mais ne veut pas faire ce qu’elle veut faire. Car il préfère accomplir sa mission : «sauver les hommes, les ramener vers Dieu», «guérir les hommes, construire le Royaume de Dieu».

L’intérêt théologique ?

  • Deux plus

Marie-Madeleine est la première figure saine, honnête, bref humaine de la série. Elle a les pieds sur terre, elle cherche à être heureuse. Elle aime JC, elle sait que JC l’aime et elle voudrait qu’ielles puissent vivre ensemble. Que ce personnage soit une femme, et même si elle n’a qu’un rôle secondaire (jusqu’à présent, elle était apparue dans un seul épisode, Maman), est un plus !

Marie-Madeleine transmet véritablement l’évangile, l’essentiel ; elle aime son prochain comme elle-même et peut-être même plus qu’elle-même. C’est un deuxième plus !

  • Un moins

Certes les scénaristes ne lient pas directement la conscience messianique de JC — pour faire court, c’est la conscience qu’il a de devoir accomplir une mission, celle du Messie — à sa virginité ; «techniquement», «avoir une femme» ne l’empêche pas. Mais que Marie-Madeleine lui parle de sexe met leur JC plutôt mal à l’aise. Je rappelle toutefois que les évangiles ne disent jamais ni explicitement ni même implicitement que JC ait renoncé à avoir une vie sexuelle.


  1. Medicine Man (18 septembre 2021)
  2. L’apprenti paraboliste (25 septembre 2021)
  3. Maman (2 octobre 2021)
  4. Judas Guevara (9 octobre 2021)
  5. Transversalité (16 octobre 2021)
  6. Le baptême de Jean-Ba’ (23 octobre 2021)
  7. Le possédé (6 novembre 2021)
  8. Don Corléus (13 novembre 2021)
  9. J.C. marche sur l’eau (20 novembre 2021)
  10. Romance à Tibériade (27 novembre 2021)

(Im)précis d’éthique sexuelle chrétienne

À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le SIDA, je pose la question: comment penser la sexualité en christianisme?

Pour répondre, je pourrais adopter un point de vue général: la sexualité n’est ni l’enfer ni le paradis; la sexualité, c’est du plaisir et c’est une responsabilité. Je pourrais aussi partir de la Bible; mais dans la Bible, les avis sont multiples; la sexualité jugée bonne à une époque ou dans un endroit ne l’est plus quelques années plus tard ou quelques kilomètres plus loin. Certains héros bibliques ne seraient pas les bienvenus à la Manif pour tous ni dans certaines Églises: le roi Salomon et ses 700 maîtresses ou Lot qui préfère que ses concitoyens violent ses filles plutôt que ses invités. Alors, je partirai quand-même de la Bible (ce doit être dans les gènes d’un théologien protestant), mais d’un principe général défini par Paul (qui lui-même n’était pas très porté sur la chose):

« Certains d’entre vous disent: Tout m’est permis. Oui, cependant, tout ne vous est pas bon. Je pourrais dire: Tout m’est permis, mais je ne vais pas me laisser réduire en esclavage par quoi que ce soit. » Première lettre aux Corinthiens, chapitre 6, verset 12.

Et pour éviter les termes obscènes ou médicaux, j’utiliserai quelques métaphores, récoltées ou inspirées notamment chez Frédéric Dard et Pierre Perret.

Solo

  • « Tout est permis »: un homme a le droit de se polir la saucisse; une femme a le droit de se chatouiller l’hibiscus. Ces pratiques solitaires ne causent de tort à personne. Elles n’ont jamais rendu quiconque sourd. Les caresses permettent de découvrir son propre corps, le fonctionnement de son propre sexe. En plus, de donner du plaisir.
  • « Tout n’est pas bon »: quel problème pourrait entraîner une sexualité solitaire? Qu’on en vienne à préférer absolument le solo au duo, à préférer le tête-à-tête avec soi-même (ou le tête-à-queue pour les plus souples) à la rencontre de l’autre.

Duos

Foufoune et popaul

  • « Tout est permis »: le duo commence avec quelques amuse-gueule et pas mal de doigté. Il se prolonge ensuite dans l’amour à la papa, la position du missionnaire, la brouette javanaise, la toupie de Zanzibar et la déclinaison de tout le Kamasutra. Mais un couple peut encore jouer à d’autres jeux: brouter le minou, manger la banane ou prendre l’entrée de service. À tout cela, rien à redire, tant que les deux partenaires sont vraiment consentants. Et quant à l’âge limite, il est fixé par des lois, variables en fonction des cultures et révisables en fonction des évolutions sociales. Mais avant de jouer à la bête à deux dos, il vaut mieux chercher à se séduire, à se découvrir. Selon l’adage, l’amour commence le truc dans la main, la main dans la chose, bien avant que l’on songe à mettre le truc dans la chose.
  • « Tout n’est pas bon »: le premier risque du duo, c’est d’attraper un polichinelle dans le tiroir. Tirer un coup ne sert pas seulement à prendre son pied. C’est aussi un moyen de faire des bébés. Pour éviter de chopper le ballon, il convient de prendre ses précautions. Et pour prévenir les maladies sexuellement transmissibles, il faut mettre le petit capuchon. Le second risque, c’est de forcer l’autre à faire ce qu’il ou elle ne veut pas ou n’aime pas. Les choses sont compliquées car l’obligation peut parfois être très subtile: on peut accepter sous la menace, mais aussi pour faire plaisir, par lassitude, pour faire comme tout le monde, parce qu’on a peur que l’autre nous quitte, parce qu’il ou elle nous donne quelque chose en échange, etc.

Popaul et popaul; foufoune et foufoune

  • « Tout est permis »: l’homosexualité n’est ni une maladie ni un péché. Tant que les deux partenaires sont d’accord et consentant, elle est leur affaire. Chacun fait ce qu’il veut avec ses fesses et avec le reste.
  • « Tout n’est pas bon »: l’homosexualité est menacé par le goût pour l’identique. Préférer le même (homo) pour ne pas avoir à découvrir l’autre (sexe). On n’a pas forcément la même vision du monde qu’on ait une gaule ou une case trésor. Mais cela vaut aussi pour l’hétérosexualité. Il y a aussi du même dans les couples hétérosexuels blancs, noirs, suisses-romands ou de professeur·e·s. Et ça ne vaut pas pour tous les couples homosexuels: tous ceux qui arborent un dard et toutes celles qui cachent un frifri ne sont jamais exactement les mêmes.

Trio; tout un orchestre; partitions particulières.

Je sais qu’il existe de nombreuses autres façons de grimper aux rideaux; je sais aussi qu’il y en a encore plus que je ne connais pas. Mais je crois que les mêmes critères restent valables. Relisons ce bon vieux Paul (qui était un obsédé asexuel)!

« Certains d’entre vous disent: Tout m’est permis. Oui, cependant, tout ne vous est pas bon. Je pourrais dire: Tout m’est permis, mais je ne vais pas me laisser réduire en esclavage par quoi que ce soit. »

En matière de sexualité, il y a toujours une question à se poser: « Quand je regarde un·e autre, est-ce que je peux penser à autre chose qu’à le ou la posséder? » Si la réponse est non, c’est que la sexualité m’a réduit à l’esclavage.