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Alimentation et spiritualité

Ma nouveauté pour cet été? La révision complète de la page que je consacre aux liens entre l’alimentation et la spiritualité. Bonne lecture!

Petits liens de table

Sur la page « Alimentation et spiritualité », je viens d’ajouter un article que j’ai écrit en 2014 pour le magazine québécois Philo & Cie. Intitulé: « Petits liens de table », il commence ainsi:

Par expérience, tu sais qu’il est possible d’établir des liens en partageant des mets. Tu t’en souviens, entremêlant vérité du témoignage et vérité de la fiction, sans vouloir les démêler.

Tu commences par l’enfance. Et ses liens un peu vagues. Des liens de complicité avec l’une de tes grands-mères (celle qui n’a pas de réfrigérateur, mais un garde-manger creusé dans un mur en pierre). Autour du verre d’eau tiède qu’elle te fait boire lentement lorsque tu viens en trottinette lui rendre visite. Des liens formels avec tes autres grands-parents, dans des repas où tu apprends à manier différents couverts (à poisson, à fromage, à fruit, etc.), à demander humblement qu’on te « descende le sel », à boire (presque comme un grand) de l’eau rougie par le Bordeaux dans des verres en cristal. Des liens évidemment plus fréquents, plus longs et rétrospectivement plus difficiles avec tes parents. Avec ta mère qui cuisine plutôt bien mais qui se réalise en nourrissant sa famille, qui veut que tu finisses ton assiette « parce que les petits chinois meurent de faim ». Avec ton père qui consomme, sans mettre la main à la pâte, qui quitte la table lorsqu’il juge ses enfants insupportables. Ces repas plus légers (dans tous les sens du terme) lorsqu’il n’est pas là. L’absence de lien aussi, quand tu te caches pour te gaver de charcuterie et de fromage (tu es un boulimique qui te surveille). Un dernier lien, bizarre, quand un camarade d’école t’invite à manger chez lui, rue du Bon-Pain (ça, tu n’aurais pas pu l’inventer) pour éviter que ses parents le punissent pour son mauvais carnet scolaire (tu en as longtemps gardé une certaine aversion pour les rognons à la crème au menu de ce jour).

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«Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table»: Marion Muller-Colard

Je lis le petit livre de Marion Muller-Colard, L’Autre Dieu. La Plainte, la Menace et la Grâce (paru chez Labor et Fides en 2014). Un ouvrage magnifique. J’y lis ces phrases:

«La très ancienne bénédiction biblique, qui reposa finalement sur Job après bien des tourments – mourir rassasié de jours -, a viré au supplice. Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table, après avoir rendu grâce. Au lieu de quoi on nous ligote à notre chaise et nous voilà punis, condamnés à rester à la table d’un interminable repas. Si bon qu’il fût, on est écoeuré à la seule vue des restes.»

Touche par leur beauté et leur justesse, j’ai suspendu ma lecture. Histoire sans doute de les digérer.