temple

« Quand au temple, nous serons »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


11. « Quand au temple, nous serons »

Je ne vous révélerai pas où j’exerce mon ministère. Mais quand je vous aurai dit ce que je vois entre le presbytère où j’habite et le temple où je célèbre, vous réussirez sans doute à identifier ma paroisse. Mais — j’ouvre une parenthèse —, écrire « presbytère » et « temple » plutôt que « cure » et « église » dit quelque chose de la famille religieuse à laquelle j’appartiens ; en l’occurrence, que je suis de confession protestante et de théologie libérale ; ils disent aussi que, dans ma volonté farouche de me démarquer du catholicisme – mysterium tremendum et fascinans, mystère terrifiant et fascinant (Rudolf Otto) — je fais de mon domicile celui du prêtre et du lieu de mon culte un lieu de sacrifice… — mais — je referme la parenthèse — et je passe, rapidement.

Si la taille compte — je parle des bâtiments évidemment —, alors, elle dit qui, dans ma ville, commande. Le plus haut bâtiment est une banque, le plus vaste un centre commercial et le plus visible le casino : argent roi. Mais Dieu soit loué, deux bâtiments imposants — mais pas tant que ça ! — relativisent ce jugement : un temple — protestant — et une église — catholique —. Oui, ils gaspillent de la place ; oui, ils coûtent cher à entretenir ; oui, ils sont sous-utilisés et surdimensionnés. Mais oui aussi, ils rééquilibrent la ville, ma ville, vers l’essentiel. Car si temple et église sont visiblement là pour être vus — parfois je les préférerais un peu plus modestes, comme l’église évangélique dans la zone commerciale discrète et pratique —, ils sont visiblement là pour montrer que des personnes se réunissent en communauté parce qu’elles croient que croire en « Dieu » rend leur vie meilleure. Celles et ceux qui ont des yeux pour voir l’invisible le comprennent ! Mais pour les autres, petite explication…

Mon temple comme cette église sont construits selon deux dimensions, verticale et horizontale. Verticale : le clocher s’effile, pointe vers le Ciel ; il conduit vers « autre chose », vers « quelqu’un·e d’autre », il suggère un lien à « Dieu ». Horizontale : le bâtiment s’allonge, s’élargit pour accueillir, pour réunir une communauté ; il rend solidaire.

Ce n’est qu’à l’intérieur que temple protestant et église catholique se distinguent. Beau symbole, d’abord l’unité — de façade ? —, ensuite la diversité. Et encore, d’abord, encore une similitude : des sièges pour accueillir des fidèles. Ensuite seulement une différence, minime ; au cœur de l’église catholique, là où tous les regards se dirigent, il y a le tabernacle — pour conserver les hosties consacrées — et l’autel — pour célébrer la messe ; c’est qu’au cœur de la foi catholique, il y a le sacrifice de la messe. Au centre de mon temple protestant, là où tous les regards se dirigent, il y a la chaire — pour commenter la Bible — ; c’est qu’au cœur de la foi protestante, il y a la transmission d’une Parole, celle d’un livre et des personnes qui le lisent. Celle de « Dieu ».


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

Des temples et des églises

Je vais en ville et je flâne au gré de mes humeurs. Je bade, je baguenaude et je remarque quelques grands bâtiments. Pas toujours beaux, mais toujours imposants: des banques, des grands magasins, la mairie ou l’hôtel de ville, un stade… Je regarde et je sais qui commande, qui donne le ton: l’argent, la politique, les affaires, le sport…

Et puis soudain des bâtiments qui me font réviser mon jugement. Tout n’est pas perdu; l’essentiel est préservé; la foi chrétienne reste présente, reste vivante. En témoignent ces temples protestants et ces églises catholiques. Certains diront qu’ils gaspillent de la place et des moyens, qu’ils sont sous utilisés et surdimensionnés. Moi je dirai plutôt qu’ils rééquilibrent la ville, qu’ils gardent de la place pour un luxe indispensable. Car ils sont là pour rappeler l’existence de Dieu, pour appeler au dialogue avec lui. Ils ont été les plus grands édifices; ils ont été rattrapés, ils ne le sont plus. Mais ils restent symboliques d’une présence chrétienne, au cœur de la ville (au milieu des villages, parfois au milieu de nulle-part), au cœur de la vie (au milieu de nous).

Tous les temples, toutes les églises sont construits selon deux dimensions, verticale et horizontale. Verticale: le clocher s’amincit, s’effile. Il pointe vers le ciel. Il nous montre Dieu. Il nous relie à lui. Il nous impose de garder ce lien. Horizontale: le bâtiment s’allonge, s’étend, s’élargit pour accueillir toute une communauté, femmes et hommes, jeunes et vieux. Il nous rend solidaires Temple et église réunissent des gens pour les mettre en relation avec Dieu.

Ce n’est qu’à l’intérieur que catholiques et protestants se distinguent. Beau symbole, d’abord l’unité (les moqueurs diront l’unité de façade!) ensuite la diversité. Et encore ! Églises et temples sont partagés de la même manière: un espace pour les officiants, un espace pour les participants. Mais au cœur d’une église catholique, là où tous les regards se dirigent, il y a le tabernacle — pour conserver les espèces consacrées — et l’autel — pour célébrer la messe; c’est qu’au cœur de la foi catholique, il y a le sacrifice de la messe. Au centre d’un temple protestant, là où tous les regards se dirigent, il y a la chaire — pour commenter la Bible; c’est qu’au cœur de la foi protestante, il y a la prédication de la Parole.

Bien-sûr, on pourra ergoter sur des détails. La hiérarchie marquée par la chaire du pasteur.e et la chaise de l’évêque contredirait-elle la notion de service? La grandeur et la décoration démentiraient-elles l’exigence de pauvreté? C’est possible, ce n’est pas ce qui m’intéresse aujourd’hui.

Je descends en ville et je flâne au gré de mes humeurs. Temples, églises me rappellent que Dieu existe, m’invite à entrer en relation avec lui.


  • Sur les temples protestants, lire aussi dans Bonne Nouvelle, le mensuel de l’Église réformée évangélique du canton de Vaud: « Les réformés défendent leurs temples. » Laurence Villoz, 22 janvier 2016