toucher

Le christianisme selon Playmobil

On connaît certainement le succès de la figurine Playmobil « Martin Luther » (on peut sinon lire l’article de Joël Burri sur Protestinfo.ch: « Le Playmobil Luther, le succès d’un objet identitaire« ). On aura peut-être noté le succès médiatique du succès de la figurine.

Intrigué par le phénomène, je me suis amusé à recenser ce que le fabriquant de jouet Playmobil proposait à propos du christianisme. Le résultat est étonnant. Sans beaucoup de commentaires mais avec un peu d’organisation, en voici un choix certainement pas exhaustif.

Le mariage à l’église

Un mariage à l’église (il n’y a pas d’option « couple de même sexe »)

Une histoire biblique en seulement deux tableaux.

Une histoire de l’Église, de (saint) Martin à Martin (Luther)

Des anges passent…

Playmobil aime beaucoup Noël (où Noël se vend bien…)

Choisissez votre saint Nicolas selon votre culture et vos traditions!

(Im)précis d’éthique sexuelle chrétienne

À l’occasion de la Journée mondiale de la lutte contre le SIDA, je pose la question: comment penser la sexualité en christianisme?

Pour répondre, je pourrais adopter un point de vue général: la sexualité n’est ni l’enfer ni le paradis; la sexualité, c’est du plaisir et c’est une responsabilité. Je pourrais aussi partir de la Bible; mais dans la Bible, les avis sont multiples; la sexualité jugée bonne à une époque ou dans un endroit ne l’est plus quelques années plus tard ou quelques kilomètres plus loin. Certains héros bibliques ne seraient pas les bienvenus à la Manif pour tous ni dans certaines Églises: le roi Salomon et ses 700 maîtresses ou Lot qui préfère que ses concitoyens violent ses filles plutôt que ses invités. Alors, je partirai quand-même de la Bible (ce doit être dans les gènes d’un théologien protestant), mais d’un principe général défini par Paul (qui lui-même n’était pas très porté sur la chose):

« Certains d’entre vous disent: Tout m’est permis. Oui, cependant, tout ne vous est pas bon. Je pourrais dire: Tout m’est permis, mais je ne vais pas me laisser réduire en esclavage par quoi que ce soit. » Première lettre aux Corinthiens, chapitre 6, verset 12.

Et pour éviter les termes obscènes ou médicaux, j’utiliserai quelques métaphores, récoltées ou inspirées notamment chez Frédéric Dard et Pierre Perret.

Solo

  • « Tout est permis »: un homme a le droit de se polir la saucisse; une femme a le droit de se chatouiller l’hibiscus. Ces pratiques solitaires ne causent de tort à personne. Elles n’ont jamais rendu quiconque sourd. Les caresses permettent de découvrir son propre corps, le fonctionnement de son propre sexe. En plus, de donner du plaisir.
  • « Tout n’est pas bon »: quel problème pourrait entraîner une sexualité solitaire? Qu’on en vienne à préférer absolument le solo au duo, à préférer le tête-à-tête avec soi-même (ou le tête-à-queue pour les plus souples) à la rencontre de l’autre.

Duos

Foufoune et popaul

  • « Tout est permis »: le duo commence avec quelques amuse-gueule et pas mal de doigté. Il se prolonge ensuite dans l’amour à la papa, la position du missionnaire, la brouette javanaise, la toupie de Zanzibar et la déclinaison de tout le Kamasutra. Mais un couple peut encore jouer à d’autres jeux: brouter le minou, manger la banane ou prendre l’entrée de service. À tout cela, rien à redire, tant que les deux partenaires sont vraiment consentants. Et quant à l’âge limite, il est fixé par des lois, variables en fonction des cultures et révisables en fonction des évolutions sociales. Mais avant de jouer à la bête à deux dos, il vaut mieux chercher à se séduire, à se découvrir. Selon l’adage, l’amour commence le truc dans la main, la main dans la chose, bien avant que l’on songe à mettre le truc dans la chose.
  • « Tout n’est pas bon »: le premier risque du duo, c’est d’attraper un polichinelle dans le tiroir. Tirer un coup ne sert pas seulement à prendre son pied. C’est aussi un moyen de faire des bébés. Pour éviter de chopper le ballon, il convient de prendre ses précautions. Et pour prévenir les maladies sexuellement transmissibles, il faut mettre le petit capuchon. Le second risque, c’est de forcer l’autre à faire ce qu’il ou elle ne veut pas ou n’aime pas. Les choses sont compliquées car l’obligation peut parfois être très subtile: on peut accepter sous la menace, mais aussi pour faire plaisir, par lassitude, pour faire comme tout le monde, parce qu’on a peur que l’autre nous quitte, parce qu’il ou elle nous donne quelque chose en échange, etc.

Popaul et popaul; foufoune et foufoune

  • « Tout est permis »: l’homosexualité n’est ni une maladie ni un péché. Tant que les deux partenaires sont d’accord et consentant, elle est leur affaire. Chacun fait ce qu’il veut avec ses fesses et avec le reste.
  • « Tout n’est pas bon »: l’homosexualité est menacé par le goût pour l’identique. Préférer le même (homo) pour ne pas avoir à découvrir l’autre (sexe). On n’a pas forcément la même vision du monde qu’on ait une gaule ou une case trésor. Mais cela vaut aussi pour l’hétérosexualité. Il y a aussi du même dans les couples hétérosexuels blancs, noirs, suisses-romands ou de professeur·e·s. Et ça ne vaut pas pour tous les couples homosexuels: tous ceux qui arborent un dard et toutes celles qui cachent un frifri ne sont jamais exactement les mêmes.

Trio; tout un orchestre; partitions particulières.

Je sais qu’il existe de nombreuses autres façons de grimper aux rideaux; je sais aussi qu’il y en a encore plus que je ne connais pas. Mais je crois que les mêmes critères restent valables. Relisons ce bon vieux Paul (qui était un obsédé asexuel)!

« Certains d’entre vous disent: Tout m’est permis. Oui, cependant, tout ne vous est pas bon. Je pourrais dire: Tout m’est permis, mais je ne vais pas me laisser réduire en esclavage par quoi que ce soit. »

En matière de sexualité, il y a toujours une question à se poser: « Quand je regarde un·e autre, est-ce que je peux penser à autre chose qu’à le ou la posséder? » Si la réponse est non, c’est que la sexualité m’a réduit à l’esclavage.

À l’Université: Analyser les perceptions sensorielles de « Dieu ». Développer les artefacts et les pratiques sensorielles en christianisme.

Durant l’année 2016-2017, j’organise dans le cadre de l’Institut lémanique de théologie pratique à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne, un séminaire de recherche, consacré au thème: « Analyser les perceptions sensorielles de « Dieu ». Développer les artefacts et les pratiques sensorielles en christianisme ».

Il est ouvert à tou.te.s les théologien.ne.s engagé.e.s dans une Université ou une Église qui travaillent ou veulent travailler sur une médiation théologique: un artefact (« du pain », « Noël », etc.), une pratique (« prier », « le catéchisme », etc.), un sens (« l’olfaction dans le culte », « le toucher dans les soins spirituels », etc.) ou sur « les perceptions sensorielles » dans le récit de vie d’un.e chrétien.ne. Les rencontres de séminaire offrent l’occasion:

  1. De présenter l’état de sa recherche dans un environnement accueillant et stimulant.
  2. De rencontrer  chercheur.e.s et des pensées originales et utiles pour sa propre recherche.
  3. De partager avec des spécialistes autour de questions fondamentales et spécifiques en théologie pratique.

Les six rencontres ont lieu:

  • Vendredi 30 septembre 2016, 10h00-17h00: Journées de lancement de l’ILTP à l’Université de Genève.
  • Vendredi 4 novembre 2016, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).
  • Vendredi 2 décembre 2016, 9h00-12h00 avec l’Office Protestant de Formation à Neuchâtel.
  • Vendredi 3 mars 2017, 9h00-17h00 à l’Université de Lausanne.
  • Vendredi 7 avril 2017, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).
  • Vendredi 5 mai 2017, 9h00-12h00 (lieu à déterminer).

Vous pouvez vous inscrire au séminaire. Il vous suffit de remplir le formulaire ci-dessous. En cliquant sur « Envoyer », vous le transmettez au secrétariat de l’Institut lémanique de théologie pratique.

Est-ce que toucher c’est jouer? Exercice de théologie pratique

Il y a quelques années, j’ai pris cette photographie dans la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec. Ce qui m’avait intrigué, c’est la mention « Merci de ne pas toucher. Please don’t touch » apposée sur le bras de Jésus.

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Pietà à Sainte-Anne de Beaupré (Québec). Crédit: Olivier Bauer

Je n’ai jamais très bien su qu’en faire jusqu’à maintenant, où j’ai eu l’idée d’un petit exercice de théologie pratique autour du sens du toucher. Je vous invite à utiliser l’outil « Commentaires » pour partager vos réponses (ou vos questions…)

  1. Pour qui cette image peut-elle fonctionner comme une médiation vers « Dieu »?
  2. Qu’est-ce qui peut y faire médiation de « Dieu »? La femme en bleu? L’homme presque nu? Les plaies qui saignent? Le geste de la mère vivante qui soutient son fils mort? La statue dans sa niche en bois?
  3. À quoi fait allusion la mention « Merci de ne pas toucher. Please don’t touch » (l’anglais est moins poli)?
    • Renvoie-t-elle au chapitre 20 de l’évangile de Jean  Mais alors, redouble-t-elle l’interdiction que Jésus signifie Marie-Madeleine: « Noli me tangere! » ou contredit-elle l’ordre que Jésus donne à Thomas: « Avance ta main et mets-la dans mon côté! » ?
    • Est-ce qu’elle demande du respect pour une œuvre d’art?
    • Est-ce qu’elle interdit une pratique de dévotion où les fidèles toucheraient le corps, les plaies ou le manteau pour obtenir par contact ou par contagion un peu du mana de la statue?

Sur le toucher dans les évangiles, lire l’excellent ouvrage: Veyron, M.-L. (2013). Le toucher dans les Évangiles préface de Élian Cuvillier. Paris: les Éd. du Cerf (et la recension que j’en ai faite).

« Les crucifix sacrifiés sur l’autel de la laïcité » (Le Matin)

Félicitations au quotidien suisse Le Matin qui sait filer la métaphore!

Manchette du quotidien suisse Le Matin

Manchette du quotidien suisse Le Matin


Lire l’article du Matin sur le site de l’Église protestante de Genève (le titre de l’article est moins provocateur que la manchette):

Lire sur mon blogue, à propos des signes religieux (notament au Québec) et de leur possible interdiction:

La main de Dieu est à Montreal!

Depuis quelques semaines, le Musée des Beaux-Arts de Montréal propose une exposition de sculptures de Rodin: «Rodin-Métamorphoses». Parmi celle-ci, on trouve «la main de Dieu», sculptée par Auguste Rodin, peut-être en 1896. De cette main, elle-même encore prise en partie dans le marbre, émergent les silhouettes de la première femme et du premier homme.

Crédit: Journal de Montréal

Cette main de Dieu m’a rappelé une leçon que ma donné un paroissien de Montpellier alors que, tout juste diplômé en théologie, je débutais mon ministère pastoral dans cette ville. À la fin de ce que je croyais être une brillante prédication sur la manière dont Dieu agissait par sa parole, ce vieux monsieur m’avait dit: «Vous n’avez pas évoqué la main de Dieu!». Il avait raison. Si les récits bibliques évoquent fréquemment la parole de Dieu, ils évoquent aussi souvent sa main et l’action de sa main. J’en donne quatre exemples:

  1. Les mains du Seigneur (rappelons que la Bible juive appelle ainsi celui qu’elle ne nomme pas) sont créatrices: «C’est moi qui ai fait la terre et qui ai, sur elle, crée l’humanité; c’est moi, ce sont mes mains qui ont tendu les cieux» (Ésaïe 45,12).
  2. Sa «main forte» est libératrice: «Mais si le Seigneur, d’une main forte, vous a fait sortir et vous a rachetés de la maison de servitude de la main du Pharaon…» (Deutéronome 7,8).
  3. Sa main est inspiratrice: «La main du Seigneur» fut sur les prophètes Elie et Elisée (1 Rois 18,46 et 2 Rois 3,15).
  4. Mais sa main est aussi punitive: «J’allais amer et l’esprit irrité: la main du Seigneur était sur moi, une main très dure» (EZechiel 3, 14).

Il s’agit, le plus souvent, de la main droite de Dieu. Ce qui a inspiré au romancier portugais José Saramago le titre d’un de ses livres: Le Dieu manchot. Et je ne peux ni ne veux terminer sans mentionner d’autres évocations de la main de Dieu:

  • Barbara (Chapeau bas, 1959) et Diane Dufresne (La main de Dieu, 1978) l’ont mise en chanson. (Chez Diane Dufresne, la main de Dieu se fait si caressante, si intime, si plaisante, si indiscrète qu’il est très difficile d’en trouver des traces sur le web).
  • Le joueur de football Maradona a affirmé que la main (gauche!) avec laquelle il avait marqué un but contre l’Angleterre en 1986 était celle de Dieu.