université

L’intelligence qu’aucun diplôme ne valide

J’ai été trop dur dans mon dernier article « (Ne pas) faire de l’Évangile une morale à deux balles(Ne pas) faire de l’Évangile une morale à deux balles ». Car même une morale à deux balles peut s’avérer utile précisément à celui qui la croit inutile.

En l’occurrence, elle m’a ramené à un essentiel: l’intelligence n’est pas l’accumulation de connaissances; elle ne consiste pas même en un savoir. Elle est une attitude fondamentale qui ne s’enseigne ni d’abord ni le mieux à l’université et qu’aucun diplôme ne valide.

« Savoir s’écarter du mal, c’est l’intelligence »

Et je me sens plutôt sot.

Les professeur·es sont fourbes (et tous les Crétois sont des menteurs)

À l’université de Lausanne, deux étudiant·es tombent d’accord: les professeur·es sont fourbes (il s’agissait d’une question d’évaluation ou d’examen, je crois).

Elle et il m’interpellent pour me demander ce que j’en pense. Je leur donne évidemment raison. Et je leur précise que c’est même le critère déterminant de notre nomination. Si notre candidature est retenue, nous recevons ce questionnaire.

Et n’entrent en considération que celles et ceux qui ont coché la case « Oui ». Ce sont les seul·es (futur·es) professeur·es dignes de confiance, car ce sont les seul·es à être honnêtes. Ce qui, de fait, instille le doute quant à leur véritable fourberie…

Classiquement, ce « paradoxe du menteur » est illustré par l’épisode d’Épiménide le Crétois qui affirme: « Tous les Crétois sont des menteurs! ». Mais un professeur vraiment fourbe, un vrai professeur donc, ne devrait pas dévoiler sa source.

La méthode de praxéologie théologique en 17 fiches

Pour la rentrée universitaire, je mets en ligne des fiches de travail. Elles permettent de travailler ne théologie pratique selon la méthode de praxéologie théologique*. Elles sont disponibles librement et gratuitement sur le site des Cahiers de l’ILTP [Perspectives protestantes en théologie pratique]. Pour les lire ou les télécharger, cliquez ici!

Ces fiches sont un outil universitaire; elles sont avant tout destinées aux chercheur·es en théologie pratique: professeur·es, étudiant·es, pasteur·es, prêtres, diacres, etc.

* « La praxéologie théologique est une méthode qui permet d’analyser théologiquement des pratiques, c’est à dire des activités publiques, complexes, d’une certaine durée, impliquant des relations, régies par des règles et visant des résultats concrets. Elle est une méthode empirico-herméneutique, où l’on commence toujours par la pratique. »

« Une légèreté céleste. Du chocolat à se damner »

Depuis quelques temps, on voit en Suisse cette publicité pour le chocolat Kägi Mäx. Je la reproduis avec quelques commentaires:

Publicité Kägi Mäx. Crédit: Olivier Bauer

Je l’ai soumise aux étudiant·es de mon cours « Introduction à la théologie pratique » à l’Université de Lausanne. La discussion a été animée.

À la question: « Cette affiche constitue-t-elle une pratique théologique? », les étudiant·es ont répondu:

« Non. Comme elle vise à vendre du chocolat, c’est une pratique commerciale ou économique. »

À la question: « Quelle représentation de l’Absolu propose-t-elle? », ils et elles ont notamment répondu:

« C’est du folklore religieux, inspiré d’un catholicisme occidental. L’ange et le démon sourient, signe de leur connivence. La limite entre le ciel et la terre ou l’enfer reste floue. »

À la question: « Que faudrait-il pour que cette affiche devienne une pratique théologique? », ils et elles ont eu de la peine à répondre qu’il faudrait l’utiliser dans une activité théologique: un culte, une rencontre d’éducation chrétienne… ou un cours d’introduction à la théologie pratique!

Ensemble, nous avons retrouvé deux références à des images bibliques, mais avec des distinctions majeures.

Michel Ange (1481-1482). Le jugement dernier (détail). Rome, Chapelle Sixtine

Mais sur la publicité Kägi Mäx, la transmission va de la terre (ou de l’enfer) vers le ciel.

Lukas Cranach l’Ancien (1513). Adam et Ève (détail). Würzburg, Mainfränkisches Museum

Mais sur la publicité Kägi Mäx, la tentation va de l’homme vers la femme.

Un péché masculin et petit-bourgeois

Le péché est un concept théologique souvent mal compris. Dans mes études de théologie, on m’a enseigné que pécher, c’est prétendre se réaliser soi-même, « se faire un nom » selon l’expression des hommes qui construisent la tour de Babel (Livre de la Genèse, chapitre 11, verset 4).

Mais la vie m’a appris que cette conception du péché concerne les gens qui se sont réalisés eux-mêmes et les gens qui se sont fait un nom. Ou plutôt les gens qui ont l’orgueil de penser qu’ils peuvent se réaliser et se faire un nom. Cette théologie du péché vaut seulement pour eux. J’écris « eux » parce que cette théologie est surtout celle que défendent des hommes, particulièrement des hommes blancs, particulièrement des théologiens blancs diplômés de l’Université. Bref des petits-bourgeois. Bref des gens comme moi. Bref, ceux, et celles aussi, qui définissent cette théologie du péché. Et je souligne le courage qu’il faut pour faire du péché ce qui nous tient le plus à cœur.

Mais la vie m’a appris que cette conception du péché ne peut pas être celle des personnes qui n’ont jamais eu la possibilité de réaliser leur potentiel ni pour des personnes qui aimeraient être appelées par leur nom. Cette théologie ne vaut rien pour elles. Pire, elle renforce leur asservissement. Poussée jusqu’au bout, elle les empêche même d’exister. J’écris « elles » parce que les victimes de cette théologie sont d’abord des femmes. Des femmes et des membres des Tiers — et Quart — Mondes ; des femmes et des handicapés ; des femmes et des minorités ethniques ; des femmes et des minorités sexuelles. Et particulièrement des femmes LGBTIQ, handicapées, pauvres et « de couleur ».

Nous avons besoin d’une théologie du péché qui en libère pas qui y enferme.

Un-e théologien-ne est méthodologiquement croyant-e

En marge d’une (mini) polémique autour de l’engagement d’un-e théologien-ne musulman-e au Centre Suisse Islam et Société de l’Université de Fribourg en Suisse, je me permets de donner modestement mon avis:

  1. Même dans les Universités publiques, la plupart des théologien-ne-s est engagée en fonction de la confession de sa théologie.
  2. Cela me paraît légitime dans la mesure où toute théologie est située, qu’elle parle à partir d’une conception particulière de Dieu, des êtres humains, du monde, et des relations qu’ils entretiennent.
  3. Mais il ne faut pas confondre la théologie et la personne qui la fait. Ainsi un-e théologien-ne musulman-e peut être musulman-e (sans doute que cela facilite son travail), mais il/elle pourrait aussi ne pas l’être.

J’aime à répéter qu’un-e théologien-ne est un-e chercheur-e méthodologiquement croyant-e. C’est-à-dire que l’Université qui l’engage doit exiger qu’il, qu’elle soit musulman-e, juif/ve ou chrétien-ne pendant la semaine, mais qu’elle doit ignorer ce qu’il, ce qu’elle fait le  dimanche, le samedi ou le vendredi.


Sur ma conception de la théologie à l’Université, on peut (re)lire sur mon blogue: