viande

A Rat on the Plate (a little piece of me, myself and I)

I am very proud to share with you that Gastronomica: The Journal of Food and Culture has just published a paper of mine about a rat on the table of the Last Supper!

Last Supper Window in the vestry of St. Mary’s Church, Warwick, u.k.courtesy of Rene Greville

Last Supper Window in the vestry of St. Mary’s Church, Warwick, u.k.
courtesy of Rene Greville

Bibliographic Information

Bauer, Olivier. (2012). A Rat in the Plate: Last Supper’s Window in Saint-Mary’s Church, Warwick. Gastronomica. The Journal of Food and Culture, 12(4), 62-67.

Abstract

What is a rat doing on a Last Supper plate? Did Jesus and his disciples really eat such a disgusting animal? At the end of the sixteenth century, an anonymous artist positioned a rat in front of Jesus in a Last Supper window of the church of Warwick (UK). The Gospels do not state that Jesus’ last meal included rat, and rat was not a common food at that time; so why did the artist include a rat, if it is indeed a rat? The rat could convey a mysterious message. At the Lord’s Table, the real “rat” might not be who he seems to be!

La Cène de la semaine (9)

Durant l’année d’études et de recherche que m’a accordée l’Université de Montréal, je travaille à identifier les aliments figurant sur des Cènes médiévales et à évaluer leur valeur symbolique. J’essaye, autant que possible, de présenter ici chaque lundi une Cène particulière.

Après avoir évoqué la semaine dernière la cuisine du sacrifice et montré une Cène qui évitait la viande, j’ai cherché pour cette semaine, une Cène qui, tout au contraire, insérait le Dernier Repas de Jésus dans cette culture du sacrifice. L’exemple le plus évident me paraît être cette miniature d’un Livre d’Heures intitulé Officium Beatae Mariae Virginis et réalisé en France entre 1385 et 1399. Le feuillet se trouve actuellement à la New York Public Library.

Miniature (1385-1399). New York Public Library. Spencer Collection; Ms. 049 f. 1b verso (vol. 2)

Sur la nappe blanche, sont à peine esquissés 4 verres (l’un d’eux est tenu par un apôtre qui boit), 2 couteaux et, mieux « terminés » et coloriés 8 morceaux de pains. Mais ce qui frappe, ce qui choque, c’est évidemment l’énorme carcasse au centre de la table, une carcasse écorchée, une carcasse le ventre ouvert, une carcasse que se disputent deux apôtres, l’un tenant une patte et l’autre cherchant à prendre la tête. J’ai écrit « une patte » mais ce pourrait tout aussi bien être un pied, tant la carcasse ressemble autant à celle d’un être humain qu’à celle d’un animal (qui devrait être un agneau, et pourrait l’être vu sa tête allongée).

Contrairement à la Dernière Cène de Ravenne, qui faisait du Dernier repas la commémoration de la mort de Jésus, cette miniature propose une lecture très sacrificielle de ce même Dernier Repas: celui-ci préfigure et met en scène un grand sacrifice, celui où Jésus va s’offrir tel « l’agneau de Dieu’ pour « ôter le péché du monde ». Je ne peux m’empêcher de penser que sur cette image, les disciples s’apprêtent à dévorer « réellement, vraiment et substantiellement » (pour reprendre la doctrine catholique de la transsubstantiation) le corps du Christ.

Dernier repas (4 et fin)

Le motif du « Dernier repas » a bien évidemment des connotations spirituelles et religieuses. Et je terminerai par là.

  • On le retrouve dans le bouddhisme, autour du dernier repas du Bouddha, un dernier repas dont le menu reste discuté : il aurait mangé du sūkara-maddava, un hapax qui pourrait indiquer un plat à base de champignons ou de porc. Ce mythe a des conséquences éthiques: un Bouddha qui aurait mangé de la viande pour son dernier repas légitimerait un bouddhisme qui ne serait pas strictement végétarien.
  • On le retrouve évidemment dans le christianisme, où les quatre évangiles mettent en scène le dernier repas que Jésus aurait pris avant sa crucifixion. Au menu: du pain et une coupe remplie du « fruit de la vigne ». Ce mythe a des conséquences liturgiques, puisque les Églises en ont tiré une eucharistie, une cène, un repas du Seigneur qu’elles célèbrent depuis presque 2000 ans en partageant un morceau de pain et un verre de vin; il a aussi des conséquences gastronomiques, puisque la culture chrétienne a survalorisé le pain et le vin dans les pays qu’elle a imprégnés.

Mon conseil: n’attendez pas votre dernier repas pour manger ce que vous aimez!

« Mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d’un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n’oublie jamais de parfumer ton visage. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t’accorde ici-bas. C’est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends ici-bas. Utilise ta force à réaliser tout ce qui se présente à toi. En effet on ne peut pas agir ni juger, il n’y a ni savoir ni sagesse là où sont les morts que tu iras rejoindre. » Ecclésiaste 9, 7-10

Abattage rituel

Pour marquer le début du Ramadan, je propose quelques réflexions sur la nourriture halal. Car le 5 juin dernier, j’étais à Québec pour rencontrer le député André Simard, porte-parole de l’opposition officielle en matière d’agriculture et d’alimentation à l’Assemblée Nationale du Québec. Dans le cadre du débat sur la vente de viande halal au Québec, il voulait entendre  mon avis sur “l’abattage rituel”. Voici les réflexions que je lui ai transmise (conçues avec l’aide de Sharam Nahidi):

  1. Se nourrir étant un besoin essentiel, tout ce qui touche à l’alimentation revêt un aspect  particulièrement fondamental.
  2. Dans une perspective large, les spiritualités (religions, éthiques, philosophies ou croyances) ont un impact sur les habitudes alimentaires: du Carême à la soupe qui fait grandir, en passant par le goût du terroir. D’où la devise du GRAS: « on mange (aussi) comme on croit ».
  3. Parce que l’on à tendance à croire que l’on est ce que l’on mange (ou que l’on n’est pas ce que l’on ne mange pas), la nourriture sert aussi de marqueur identitaire: un juif se sent juif parce qu’il mange cacher; un végétarien se croit plus pacifique parce qu’il ne tue pas d’animal; et c’est en mangeant de la poutine que l’on pense devenir québécois).
  4. Lorsqu’une religion fixe des règles alimentaires, elle le fait de manière arbitraire pour que les croyant-e-s y obéissent par seul motif de foi.
  5. Ce qui n’empêche pas d’y retrouver des justifications d’hygiène (le cheval élimine son urée par les muscles, le porc peut transmettre la parasitose nerveuse), économiques (une vache vivante rapporte plus qu’une vache morte), sociales (interdire le porc, c’est favoriser les nomades qui ne peuvent pas en élever au détriment des sédentaires), etc.
  6. Et ce qui ne dispense pas les théologiens et les responsables religieux de rendre compte rationnellement des règles alimentaires qu’ils promeuvent, par exemple de leurs impacts sur la santé des croyant-e-s, sur le bien-être des animaux ou sur la vie en société.
  7. Quant à l’islam, il répartit les aliments entre haram (illicite) et halal (licite). Sont notamment haram: l’alcool, le porc, tout animal carnivore, tout oiseau sans pattes fourchues, tout poisson sans écailles, et tout animal qui n’a pas été abattu selon le rituel.
  8. Mais la hiérarchisation est plus fine, elle comprend les catégories suivantes de nourritures: interdites, à éviter, neutres, recommandées, obligatoires. Par exemple, la viande crue esthalal, mais elle est à éviter; le lait est neutre; les dates sont recommandées (elles sont mentionnées dans le Coran et ont été consommées par le Prophète).
  9. Les rites d’abattage remplissent une double fonction: ils permettent de remercier Dieu de nous donner à manger et de s’excuser auprès de l’animal de devoir le tuer pour le manger.
  10. En islam, l’abattage rituel halal implique six conditions :
    1. L’abatteur doit être un « homme du livre », c’est-à-dire, un musulman, un juif ou un chrétien.
    2. Il ne faut pas que soit invoqué sur l’animal un autre nom que celui d’Allah.
    3. L’animal doit être tourné la tête vers la Mecque.
    4. Il doit être égorgé vivant (il semble qu’un étourdissement soit possible, s’il n’entraîne pas la mort).
    5. L’abatteur doit trancher d’un seul coup les deux canaux qui transportent l’air et le sang.
    6. L’animal doit être saigné complètement.
  11. Pour décider d’interdire ou d’autoriser cet abattage rituel, il convient de répondre à deux questions:
    1. Une question de santé: Dans quelle mesure augmente-t-il (ou diminue-t-il) les risques sanitaires pour le/la consommateur/trice?
    2. Une question éthique: Dans quelle mesure augmente-t-il (ou diminue-t-il) la cruauté inhérente à la mise à mort d’un animal? Questions liées : les musulmans du Québec, dans leur diversité, peuvent-ils accepter l’utilisation d’un moyen visant à diminuer la souffrance de l’animal? Si oui, lequel?
  12. Dans le cas où cet abattage rituel serait autorisé, le/ la consommateur/trice devrait être informé de la manière dont l’animal duquel provient sa viande a été abattu (question de traçabilité).

Vache sacrée

Excellent article sur le site du quotidien québécois Le Devoir hier matin. À l’occasion de la tenue d’un festival du boeuf dans une Université en Inde, Guy Taillefer rappelle que la consommation de boeuf est interdite en hindouisme. Mais, tous les Indiens n’étant pas Hindous, tous ne sont pas soumis à ce tabou religieux. L’Inde les laissera-t-elle manger leur steak? La réponse et ses enjeux dans l’article de Guy Taillefer.