vie

Discuter de la vie, de la mort (subie ou choisie), de ce qu’il y a ou n’y a pas après

Je partage ici une animation que j’ai expérimentée dans le cadre d’un repas-sciences « La dernière pilule » jeudi 11 novembre 2021 de 19 h à 22 h à la Ferme des Tilleuls, Renens (Vaud) dans le cadre de l’exposition Happy Pills.

Le thème

« Lorsqu’on arrive au bout du bout, que le corps et l’esprit ne résistent plus, lorsqu’on fait des choix de parcours de vie ou de mort, il y a la possibilité, l’éventualité d’une dernière pilule. Celle qui clôt le tout, qui met un terme à nos existences et à ses souffrances. Celle qui redonne aussi parfois des perspectives, qui apaise, qui délivre. Venez partager vos visions de ces fins avec un·e praticien·ne qui côtoie la mort au quotidien et évoquer les multiples facettes de nos morts avec des chercheur·euse·s qui les étudient sous toutes les coutures et coutumes. » https://www.eprouvette-unil.ch/evenement/repas-sciences-2-la-derniere-pilule/

Le déroulement du repas-sciences

  • Trois ou quatre chercheur·es animent trois ou quatre tables de six à huit personnes.
  • Le repas compte trois plats, si possible adaptés au thème.
  • Un·e chercheur·e fait discuter une table pendant le temps d’un plat (20 à 30 minutes).
  • À chaque plat, les chercheur·es changent de table et recommencent la même animation.
  • Chaque table rencontre donc trois chercheur·es et discute du thème à partir de trois points de vue différents.

Mon animation

Faire discuter librement à partir de citations tirées de la Bible, d’ouvrages de théologie et de la popculture.

Trois exemples de citations

  • Tirée de la Bible

« Car, pour moi, la vie c’est le Christ, et la mort est un gain. Mais si vivre ici-bas me permet encore d’accomplir une œuvre utile, alors je ne sais pas quoi choisir. » Le Nouveau Testament, lettre de Paul aux Philippiens

  • Tirée d’un livre de théologie

« La très ancienne bénédiction biblique, qui reposa finalement sur Job après bien des tourments — mourir rassasié de jours —, a viré au supplice. Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table, après avoir rendu grâce. Au lieu de quoi on nous ligote à notre chaise et nous voilà punis, condamnés à rester à la table d’un interminable repas. Si bon qu’il fût, on est écœuré à la seule vue des restes. » Müller-Colard, M. (2014). L’autre Dieu : La plainte, la menace et la grâce. Labor et Fides

  • Tirée de la popculture

« Quand il n’y aura plus rien qui chavire et qui blesse et quand même les chagrins auront l’air d’une caresse, quand je verrai ma mort juste au pied de mon lit, que je la verrai sourire de ma si petite vie, je lui dirai “écoute ! Laisse-moi juste une minute…” » Bruni, C. (2002). La dernière minute : Vol. Quelqu’un m’a dit [enregistré par C. Bruni]. Naïve.

À télécharger à l’adresse: https://olivierbauer.files.wordpress.com/2021/11/bauer_animation_mortvie_2021.pdf

Livre # 5 le 1er août 2021: « Où cours-tu? Ne sais-tu pas que le monde est en toi? »

Août 2021

Christiane Singer (2001), Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le monde est en toi ? Livre de Poche, 153 pages.

Une citation percutante

« La devise des grandes entreprises de pompes funèbres américaines : “Mourrez et nous ferons le reste” est dans notre société contemporaine transformée en un : “Naissez et nous ferons le reste !” J’entends là un ordre diabolique de dépossession. Voilà ce pacte qu’à un moment donné nous avons conclu : “Tu promets d’oublier que tu es un enfant de Dieu et de devenir un malheureux citoyen ?” “Oui, je promets.” “Tu promets d’oublier que le monde t’a été confié et de sombrer dans une impuissance profonde ?” “Oui, je promets.” “Tu promets de toujours confier à quelqu’un d’autre la responsabilité de ta propre vie, à ton époux, à un professeur, à un prêtre, ou à un médecin ou, en cas d’émancipation ou d’athéisme, à la publicité ou à la mode ?” “Oui, je le jure.” Ce qui a l’air d’une parodie est la réalité de notre existence. La plus grande part de notre énergie, nous l’utilisons pour oublier ce que nous savons. » (p. 58)

Le livre

Le titre du livre vient d’une citation du mystique allemand Angelus Silesius (1624-1677) : « Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi : et chercher Dieu ailleurs, c’est le manquer toujours », une citation offerte à Christiane Singer par Hildegund Graubner, elle tient à la nommer.

Ce qui forme le livre, c’est la réunion de 14 courts textes écrits ou prononcés par Christiane Singer à diverses occasion et, probablement, à divers moments de son existence. Ce qui forme le livre, c’est une seule conviction : rien ne sert de s’enfuir, il faut faire face, car, pour le meilleur et pour le pire, le monde est en chacun·e de nous, le monde est ce que j’en fais. Voici, en quelque mots, comment l’autrice décline cette conviction.

  1. « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? ». Il convient de dépasser la lamentation et l’indignation pour s’engager dans la transformation : « tout ce que je ne mettrai pas au monde de gratitude et de célébration n’y sera pas. » (p.15)
  2. « Les sens nous livrent le sens ». On ne peut percevoir le monde à travers les écrans. C’est en touchant, c’est en sentant que l’on peut faire l’expérience de Dieu, que l’on peut « naître à ce qui est. » (p.26)
  3. « La traversée de la nuit ». Contrairement à ce que la rationalité veut nous faire croire, le réel est toujours en mouvement, il est toujours fait d’antagonismes : « l’aspect caché/l’aspect visible, le clair/l’obscur, le dedans/le dehors, la vie/la mort. » (p.31)
  4. « Le sens de la vie ». Certes, un mur sépare les mondes visibles et invisibles, mais il suinte le sens comme d’autres murs l’humidité. La vie est un nœud ; comme « tu ne sais jamais à quoi le fil que tu tiens est relié de l’autre côté », il te faut faire de chaque geste, de chaque mot l’instant de ton salut (p.45).
  5. « Les corps conducteurs ». C’est de l’amour qu’il est question ; de l’amour, « notre état naturel » (p.54) ; de l’amour, éros et tendresse ; de l’amour entre quatre êtres irrémédiablement autres : soi-même et la personne qui est aimée, la personne qu’on aime et la personne aimée.
  6. « Parle-moi d’amour ». « Notre ordre social et industriel » (p.61) cherche à éteindre dans les regards des animaux et des enfant les signes de la Présence.
  7. « Histoire d’enfants ». Inspirons-nous des enfants qui sont heureux simplement parce qu’ils sont vivants.
  8. « La mémoire vive ». La mémoire qui fait vivre, c’est celle des cœurs qui continuent de battre et qui « perpétuent le code secret de la résurrection » (p.89) plutôt que celle qui commémore la méchanceté, l’acharnement, la cruauté, la guerre, la haine, ou le matérialsime.
  9. « Utopie ». Je dois me mettre en marche car je peux être le cocréateur du devenir d’un monde de lumière… tout en sachant qu’évidemment, je n’y parviendrai pas.
  10. « Le massacre des innocents ». « Le monde du dehors ne reflète que l’état du monde intérieur. » (p.99)
  11. « La leçon de violon ». Comme le violon permet la musique, la matière permet d’atteindre ce qui est caché, « ce monde vibrant et divin » (p.122) ; l’invisible se rend visible, l’inaudible audible, la non-saveur saveur, l’incaressable tangible.
  12. « Les deux sœurs ». La vie et la mort vont main dans la main ; ainsi la mort « remet la vie en marche » (p.127), m’arrache « ce que je crois posséder » (p.130), « déchire les entraves qui nous empêchent d’aller vers autrui » (p.131).
  13. « Les saisons du corps ». La vie suit toujours son cours ; elle « ne commence de faire mal que si nous ne nous laissons pas porter par son courant » (p.134).
  14. « Un autre monde est possible ». Il n’est pas à chercher vers l’avenir, mais vers l’invisible.

Et le christianisme dans tout cela ? Le livre de Christiane Singer est pétri de références bibliques et théologiques. Parfois explicites, souvent allusives. C’est un livre nourri par une confiance en Dieu ; Dieu qui peut porter d’autres noms, Dieu qui dépasse et déborde largement les bornes que le christianisme veut lui fixer. « Déborde » ou « dévore » comme me l’a suggéré le correcteur d’orthographe, excellent théologien pour me proposer cette image de Dieu qui dévore les limites qu’on prétend lui fixer.

Ce qui peut séduire

Le livre étant déjà ancien et n’ayant figuré que très brièvement parmi les meilleurs ventes sur Amazon.fr, je peux imaginer qu’une occasion spéciale – un groupe de lecture, une formation, etc. – en ont favorisé la vente. Ce qui est une très bonne nouvelle pour un livre aussi important.

Mon avis

(+)

J’aime la manière dont Christiane Singer tisse des liens entre les mondes visibles et invisibles.

J’aime quand elle écrit qu’elle n’a « plus l’ambition d’avoir raison » (p.89), qu’il lui « importe peu de persuader qui que ce soit de quoi que ce soit » (p.90), qu’il « ne s’agit pas d’être effleuré par cette “thèse intéressante” mais d’être atteint dans la chair de sa chair » (p. 101).

J’aime l’impressionnante culture de Christiane Singer, à la fois musicale et littéraire, spirituelle et  philosophique, sa fine connaissance des religions, christianisme, judaïsme, islam, hindouisme et bouddhisme. Une culture non pas livresque, jamais pédante mais qu’elle utilise en cas de nécessité, c’est-à-dire quand la vie et la mort la réclame.

(-)

Je cherche encore les moins !

L’autrice

Dans son texte, j’ai découvert que Christiane Singer est née et a grandi à Marseille ; que son père a vécu à Vienne et qu’il a voulu mourir debout à 93 ans ; qu’elle a une grande sœur ; qu’elle a des fils dont un s’appelle Raphaël ; qu’elle vit à Rastenberg dans une maison avec un tilleul et des vaches, non loin de la tombe de la mère d’Adolf Hitler ; qu’elle soigne et qu’elle intervient dans des séminaires de soignante·es ; qu’elle se sent redevable de l’enseignement du comte von Durkhiem, un personnage complexe dont il vaut la peine de lire la biographie, par exemple sur Wikipedia.

La notice biographique m’a en outre appris qu’elle est née en 1943, qu’elle a enseigné à l’université et qu’elle est morte à Vienne en 2007. L’encyclopédie Wikipedia lui consacre une courte notice : « Christiane Singer ».

La maison d’édition

Le livre a d’abord paru aux éditions Albin Michel, dans le département « Spiritualités ». C’est la version « de poche » qui figure en tête du palmarès des ventes. Je n’ai pas grand chose à écrire sur Le Livre de Poche, sinon à rappeler que la maison d’édition republie en petit format et à moindre prix des livres à succès.


Ouvrages déjà traités:

Prendre de bonnes résolutions. Choisir de manger, boire, aimer. Et admettre que je ne le ferai pas toujours.

En ce début d’année, je prends de bonnes résolutions et je décide de vivre selon deux versets bibliques.

J’emprunte le premier, un conseil, à la Bible juive:

« Va, mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d’un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n’oublie pas de parfumer ton visage. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t’accorde sous le soleil. C’est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends sous le soleil. Utilise ta force à réaliser tout ce qui se présente à toi. Car il n’y a ni action, ni réflexion, ni savoir ni sagesse là où sont les morts que tu vas rejoindre. » Qohélet 9, 7-10

Et le second, un constat, à une lettre de Paul:

« Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas ! » Romains 7,19

Évidemment, comme un « bon chrétien », à la fois juste et pécheur , j’applique le second verset au premier.

Je sais que je ne mangerai pas toujours mon pain avec plaisir; que je ne boirai pas toujours mon vin d’un cœur joyeux; que je ne mettrai pas toujours mes vêtements de fête; que j’oublierai parfois de parfumer mon visage; que je ne jouirai pas toujours de la vie avec ma femme que j’aime; que je n’utiliserai pas toujours ma force à réaliser ce qui se présente à moi.

Je n’en suis pas fier. Mais je suis assez fier d’être honnête. Et surtout j’ai confiance: Dieu approuve mes actions, quelles qu’elles soient. Et cela suffit à me garantir une bonne année pour 2020 et pour toutes celles qu’il me reste sous le soleil, sous la pluie ou sous la neige.

Ex-pire, in-spire

Si l’on expire quand on meurt, on se met à vivre quand quelque chose ou quelqu’un nous inspire.

Une seule croix à porter

Comme le théologien Gilles Bourquin dans Réformés (le mensuel des Églises reformées de Suisse romande), je trouve libérateur cet appel que les Évangiles mettent dans la bouche de Jésus:

« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Marc 8, 34

Ça peut sembler lourd mais ça m’allège. Ça m’allège depuis que j’ai compris que je n’ai que ma croix à porter. Rien que ma croix! Pas une autre, pas une de plus! Et maintenant, j’avance. Parfois lentement, parfois en zigzagant, parfois en titubant, mais j’avance.

«Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table»: Marion Muller-Colard

Je lis le petit livre de Marion Muller-Colard, L’Autre Dieu. La Plainte, la Menace et la Grâce (paru chez Labor et Fides en 2014). Un ouvrage magnifique. J’y lis ces phrases:

«La très ancienne bénédiction biblique, qui reposa finalement sur Job après bien des tourments – mourir rassasié de jours -, a viré au supplice. Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table, après avoir rendu grâce. Au lieu de quoi on nous ligote à notre chaise et nous voilà punis, condamnés à rester à la table d’un interminable repas. Si bon qu’il fût, on est écoeuré à la seule vue des restes.»

Touche par leur beauté et leur justesse, j’ai suspendu ma lecture. Histoire sans doute de les digérer.