vie

Ex-pire, in-spire

Si l’on expire quand on meurt, on se met à vivre quand quelque chose ou quelqu’un nous inspire.

Une seule croix à porter

Comme le théologien Gilles Bourquin dans Réformés (le mensuel des Églises reformées de Suisse romande), je trouve libérateur cet appel que les Évangiles mettent dans la bouche de Jésus:

« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Marc 8, 34

Ça peut sembler lourd mais ça m’allège. Ça m’allège depuis que j’ai compris que je n’ai que ma croix à porter. Rien que ma croix! Pas une autre, pas une de plus! Et maintenant, j’avance. Parfois lentement, parfois en zigzagant, parfois en titubant, mais j’avance.

«Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table»: Marion Muller-Colard

Je lis le petit livre de Marion Muller-Colard, L’Autre Dieu. La Plainte, la Menace et la Grâce (paru chez Labor et Fides en 2014). Un ouvrage magnifique. J’y lis ces phrases:

«La très ancienne bénédiction biblique, qui reposa finalement sur Job après bien des tourments – mourir rassasié de jours -, a viré au supplice. Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table, après avoir rendu grâce. Au lieu de quoi on nous ligote à notre chaise et nous voilà punis, condamnés à rester à la table d’un interminable repas. Si bon qu’il fût, on est écoeuré à la seule vue des restes.»

Touche par leur beauté et leur justesse, j’ai suspendu ma lecture. Histoire sans doute de les digérer.

La vie, la maladie, la mort

J’ai vécu une expérience émouvante en rencontrant une veille dame atteinte de la maladie de Parkinson. Encore assez forte pour marcher à l’aide d’une canne, encore assez lucide pour me dire que sa maladie dégénérative ne lui laisse aucun espoir d’amélioration. Cette rencontre aurait pu rester anecdotique, sauf qu’elle m’a fait réfléchir sur mon propre rapport à la maladie et à la mort (car j’ai perçu sa présence en creux, dans le non-dit de la conversation). Voici les réflexions (nourries d’une discussion avec mon épouse) que cette expérience m’a inspirées:

  1. Me rendre compte que je décline physiquement et intellectuellement et savoir que ce déclin est irrémédiable serait douloureux à vivre.
  2. Mais connaître le temps qu’il me reste à vivre, m’offrirait la chance de pouvoir préparer ma mort: mettre mes affaires en ordre, revoir des lieux qui comptent, retrouver des gens que j’aime, etc.
  3. Préparer ma mort, ce serait aussi accepter que je doive, un jour, dépendre entièrement des autres. C’est aussi discuter avec ces autres du moment où je pourrais préférer la mort à la vie, par euthanasie s’il le faut.
  4. Il est enfin possible (seulement possible, car je ne sais pas comment je réagirais si cela m’arrivait ou comment je réagirai quand cela m’arrivera) que la mort me paraisse un peu moins cruelle quand ma vie sera devenue si peu la vie.