vie

Prendre de bonnes résolutions. Choisir de manger, boire, aimer. Et admettre que je ne le ferai pas toujours.

En ce début d’année, je prends de bonnes résolutions et je décide de vivre selon deux versets bibliques.

J’emprunte le premier, un conseil, à la Bible juive:

« Va, mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d’un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n’oublie pas de parfumer ton visage. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t’accorde sous le soleil. C’est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends sous le soleil. Utilise ta force à réaliser tout ce qui se présente à toi. Car il n’y a ni action, ni réflexion, ni savoir ni sagesse là où sont les morts que tu vas rejoindre. » Qohélet 9, 7-10

Et le second, un constat, à une lettre de Paul:

« Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas ! » Romains 7,19

Évidemment, comme un « bon chrétien », à la fois juste et pécheur , j’applique le second verset au premier.

Je sais que je ne mangerai pas toujours mon pain avec plaisir; que je ne boirai pas toujours mon vin d’un cœur joyeux; que je ne mettrai pas toujours mes vêtements de fête; que j’oublierai parfois de parfumer mon visage; que je ne jouirai pas toujours de la vie avec ma femme que j’aime; que je n’utiliserai pas toujours ma force à réaliser ce qui se présente à moi.

Je n’en suis pas fier. Mais je suis assez fier d’être honnête. Et surtout j’ai confiance: Dieu approuve mes actions, quelles qu’elles soient. Et cela suffit à me garantir une bonne année pour 2020 et pour toutes celles qu’il me reste sous le soleil, sous la pluie ou sous la neige.

Ex-pire, in-spire

Si l’on expire quand on meurt, on se met à vivre quand quelque chose ou quelqu’un nous inspire.

Une seule croix à porter

Comme le théologien Gilles Bourquin dans Réformés (le mensuel des Églises reformées de Suisse romande), je trouve libérateur cet appel que les Évangiles mettent dans la bouche de Jésus:

« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Marc 8, 34

Ça peut sembler lourd mais ça m’allège. Ça m’allège depuis que j’ai compris que je n’ai que ma croix à porter. Rien que ma croix! Pas une autre, pas une de plus! Et maintenant, j’avance. Parfois lentement, parfois en zigzagant, parfois en titubant, mais j’avance.

«Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table»: Marion Muller-Colard

Je lis le petit livre de Marion Muller-Colard, L’Autre Dieu. La Plainte, la Menace et la Grâce (paru chez Labor et Fides en 2014). Un ouvrage magnifique. J’y lis ces phrases:

«La très ancienne bénédiction biblique, qui reposa finalement sur Job après bien des tourments – mourir rassasié de jours -, a viré au supplice. Il faudrait pouvoir mourir en sortant de table, après avoir rendu grâce. Au lieu de quoi on nous ligote à notre chaise et nous voilà punis, condamnés à rester à la table d’un interminable repas. Si bon qu’il fût, on est écoeuré à la seule vue des restes.»

Touche par leur beauté et leur justesse, j’ai suspendu ma lecture. Histoire sans doute de les digérer.

La vie, la maladie, la mort

J’ai vécu une expérience émouvante en rencontrant une veille dame atteinte de la maladie de Parkinson. Encore assez forte pour marcher à l’aide d’une canne, encore assez lucide pour me dire que sa maladie dégénérative ne lui laisse aucun espoir d’amélioration. Cette rencontre aurait pu rester anecdotique, sauf qu’elle m’a fait réfléchir sur mon propre rapport à la maladie et à la mort (car j’ai perçu sa présence en creux, dans le non-dit de la conversation). Voici les réflexions (nourries d’une discussion avec mon épouse) que cette expérience m’a inspirées:

  1. Me rendre compte que je décline physiquement et intellectuellement et savoir que ce déclin est irrémédiable serait douloureux à vivre.
  2. Mais connaître le temps qu’il me reste à vivre, m’offrirait la chance de pouvoir préparer ma mort: mettre mes affaires en ordre, revoir des lieux qui comptent, retrouver des gens que j’aime, etc.
  3. Préparer ma mort, ce serait aussi accepter que je doive, un jour, dépendre entièrement des autres. C’est aussi discuter avec ces autres du moment où je pourrais préférer la mort à la vie, par euthanasie s’il le faut.
  4. Il est enfin possible (seulement possible, car je ne sais pas comment je réagirais si cela m’arrivait ou comment je réagirai quand cela m’arrivera) que la mort me paraisse un peu moins cruelle quand ma vie sera devenue si peu la vie.