Expliquer plutôt que faire appliquer

Pour mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je relis un livre d’Olivier Assouly (découvrir sa page sur le site de l’Institut français de la mode), et je m’arrête sur cette citation. Le philosophe français dénonce l’arbitraire voire l’absurdité des règles alimentaires, un arbitraire voire une absurdité qu’il juge délibérée pour obliger les croyant·es (il ne vise pas seulement les religions) à les accepter et à les appliquer sans réfléchir.

« Ainsi, même le rationalisme le mieux intentionné, voire le plus diligent à l’égard d’une croyance religieuse, apparaît comme le pire fossoyeur de la foi, parce qu’il sape à la base l’axiome de la croyance en postulant des preuves à l’endroit de la confiance, la même où elle devrait prévaloir seule et sans renfort. Le recours à la rationalité est le signe d’une crise dans laquelle il faut voir les soubresauts d’une croyance qui ne suffit plus à elle-même. » Assouly, O. (2002). Les nourritures divines essai sur les interdits alimentaires. Actes Sud, p. 228.

Je me rends compte combien je suis éloigné de l’attitude qu’il dénonce. Qu’il soit bien ou mal intentionné, diligent ou agressif, ma foi, ma croyance, ma confiance a besoin de ma raison. C’est sans doute pour cela que j’étudie la théologie et c’est aussi pour cela que je l’enseigne. Expliquer plutôt que faire appliquer.

Dieu merci, je ne suis pas le seul dans mon cas. J’ai avec moi (entre autres) :

  • Mes étudiant·es et mes collègues à l’Université.
  • La majorité de et dans les Églises réformées.
  • Anselme de Cantorbéry (1033-1109) qui parlait de « Fides quaerens intellectum », de foi en quête d’intelligence.
  • Augustin d’Hippone (354-430) qui écrivait « Credo ut intelligam », je crois pour comprendre.
  • Et un certain Jésus qui aurait dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ta pensée. » Évangile attribué à Matthieu, chapitre 22, verset 37.

Et quant à l’alimentation, j’aime comprendre ce que je mange et ce que je ne mange pas et pourquoi je le mange ou je ne le mange pas.


P.S. Sur le risque, la tentation et le ravage d’une foi irrationnelle, on peut (re) lire l’ouvrage d’Olivier Roy : Roy, O. (2008). La sainte ignorance : Le temps de la religion sans culture. Éditions du Seuil.

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