judaïsme

Le point sur la conception, la naissance et l’enfance de Jésus

Pour Radio-Canada (Samedi et rien d’autre), Joël Le Bigot me demande de décrire «la vie quotidienne au pays de Jésus». (Écouter l’entretien: « Joseph, Marie et Jésus : une histoire à géométrie variable« ). Un peu en marge, j’essaye de rassembler ce que l’on sait de la conception, de la naissance et de l’enfance de Jésus. Mais attention, toutes les sources qui évoquent Jésus sont des sources engagées; ce qu’elles racontent de Jésus n’est ni neutre ni objectif; par son récit, chaque source donne un sens particulier à la personne de Jésus. Pour le décrypter, j’ajoute de très courtes notes personnelles.

Selon les lettres de Paul (dans les années 50)

Dans aucune de ses lettres, Paul n’évoque ni la conception, ni la naissance, ni l’enfance de Jésus.

  • Paul s’intéresse à Jésus quand il devient Christ, c’est-à-dire quand il meurt et qu’il est ressuscité.

Selon l’évangile attribué à Marc (dans les années 60)

«Marc» ne raconte rien de la conception, de la naissance, ni de l’enfance de Jésus. «Marc» mentionne seulement que les gens de Nazareth le connaissent comme un charpentier, le fils de Marie, le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon et de sœurs qui vivent toujours à Nazareth (Marc 6, 3).

  • Pour «Marc», Jésus ne devient intéressant qu’au moment de son baptême, quand il est reconnu Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Luc (dans les années 70)

«Luc» raconte qu’une certaine Marie, qui habite Nazareth en Galilée, est accordée en mariage à un certain Joseph (Luc 1, 26-27), fils de Héli (Luc 3, 23). Alors qu’elle n’a pas eu de relation conjugale, un ange lui annonce qu’elle va accoucher du Fils de Dieu (Luc 34-35). Marie part dans une ville de Juda chez sa parente Élisabeth (Luc 1, 39-40) et y reste trois mois (Luc 1, 56). Joseph et Marie quittent Nazareth pour aller à Bethléem en Judée se faire recenser, parce que Joseph descend de David, lui-même originaire de cette ville (Luc 1, 4-5). Marie y accouche dans une étable (Luc 2, 7). Huit jours plus tard, l’enfant est circoncis et reçoit son nom: Jésus (Luc 2, 21). Joseph et Marie vont à Jérusalem présenter l’enfant au Temple et sacrifier deux tourterelles (Luc 2, 24). Jésus grandit et se fortifie (Luc 2, 40). Quand il a 12 ans, ses parents l’emmènent fêter la Pâque à Jérusalem. Ils repartent sans s’apercevoir qu’ils oublient leur fils. Au bout de trois jours, ils le retrouvent dans le temple de Jérusalem discutant avec les maîtres de la loi (Luc 2, 42-47). Jésus progresse en sagesse et en taille (Luc 2, 52) et c’est à 30 ans qu’il commence son ministère public (Luc 3, 23).

  • Pour «Luc», comme pour «Matthieu», c’est la conception miraculeuse de Jésus qui fait de lui le Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Matthieu (dans les années 70)

«Matthieu» raconte qu’une certaine Marie est accordée en mariage à un certain Joseph, fils de Jacob (Matthieu 1, 16). Quand elle devient enceinte, Joseph, qui est maintenant qualifié d’époux, envisage de la répudier en toute discrétion (Matthieu 1, 19-20). Mais un ange l’en dissuade, car son fils a été engendré par l’Esprit saint (Matthieu 1, 18). Joseph accueille Marie chez lui à Bethléem (Matthieu 2,1). Il évite toute relation sexuelle avec Marie jusqu’à ce qu’elle accouche d’un fils qu’il nomme, comme convenu, Jésus (Matthieu 1, 21 et 2, 1). Craignant pour la vie de l’enfant, Joseph, Marie et Jésus se réfugient en Égypte et y séjournent jusqu’à la mort du roi Hérode (Matthieu 2, 14-15). Ils retournent alors sur la terre d’Israël, mais plutôt que de s’établir en Judée, ils s’installent à Nazareth en Galilée (Matthieu 2, 23). Plus tard, les gens de Nazareth se souviendront de lui. Ils le reconnaîtront comme le fils d’un charpentier et de Marie, le frère de Jacques, Joseph, Simon et Jude et de sœurs qui toutes vivent à Nazareth (Matthieu 13, 55-56). Mais quand sa mère et ses frères chercheront à lui parler, Jésus leur préférera ses compagnons et ses compagnes (Matthieu 12, 46).

  • Pour «Matthieu», comme pour «Luc», c’est la conception miraculeuse de Jésus qui fait de lui le Fils de Dieu.

Selon l’évangile attribué à Jean (autour de 100)

«Jean» ne raconte rien de la conception, de la naissance, ni de l’enfance de Jésus. «Jean» mentionne qu’un certain Philippe, de Bethsaïda, identifie Jésus comme le fils de Joseph, comme un homme venant de Nazareth (Jean 1, 45); que Jésus a une mère qui assiste avec lui à un mariage qui se tient à Cana, en Galilée (Jean 2, 2); que les gens de Nazareth connaissent son père et sa mère (Jean 6, 42).

  • Pour «Jean», Jésus est «Parole de Dieu» depuis le début du monde; sa conception, sa naissance et son enfance n’ont donc aucune importance.

Selon les Toledot Yeshou (4e siècle au plus tôt)

Les Toledot Yeshou racontent qu’un soldat de Bethléem nommé Joseph ben Pandera trompe une certaine Marie, fiancée à un certain Jean. À la fin du sabbat, il se fait passer pour Jean et viole Marie. Marie et Jean découvrent la supercherie. Marie devient enceinte. Ne pouvant faire condamner le violeur, faute de témoin, Jean décide de fuir en Babylonie. Marie donne naissance à un fils qu’elle appelle Josué. Le huitième jour, il est circoncis. Quand il a l’âge requis, Josué entre à l’école pour étudier la Torah.

  • Les Toledot Yeshu, textes polémiques juifs, cherchent à démontrer que la conception de Jésus n’a rien de miraculeux.

Selon le Coran (au 7e siècle)

Le Coran raconte qu’une certaine Marie quitte sa famille et se retire vers l’Orient (sourate 19, 16). Alors qu’aucun homme, aucun mortel ne l’a touchée (sourate 3, 47 et 19, 20), alors qu’elle a gardé sa virginité (sourate 66, 12), un homme parfait lui annonce qu’elle aura un garçon pur (sourate 19, 19). Lorsqu’elle devient enceinte, elle s’isole et accouche au pied d’un palmier (sourate 19, 22-23). Dès qu’il est né, son fils la réconforte et lui conseille de manger des dattes, de boire et de cesser de pleurer (sourate 19, 26). Quand elle revient chez elle avec son fils, sa famille l’accueille plutôt mal (sourate 19, 27). Mais Jésus, fils de Marie (sourate 19, 34) leur adresse un long discours théologique. Dieu lui enseignera le Livre, la Sagesse, la Tora et l’Évangile (sourate 5, 110).

  • Pour le Coran, Jésus est le fils de Marie ; il n’est ni Dieu ni le Fils de Dieu, mais un messie et un prophète doté de pouvoir extraordinaire.

J’ai beaucoup écrit sur Jésus, on peut notamment lire et relire:

Quelle responsabilité protestante dans l’assassinat d’Arthur Bloch à Payerne en 1942?

Cinq jeunes hommes de Payerne décident d’assassiner un Juif; un peu au hasard, ils choisissent Arthur Bloch. Le 16 avril 1942, ils l’exécutent et découpent son cadavre en morceaux.

Dans le cadre de mon séminaire de Master en théologie pratique « 491 ans de théologie pratique et de pratiques théologiques protestantes en Suisse romande », je propose une séance publique avec la projection du film Un juif pour l’exemple (Berger, J. (2016). Un juif pour l’exemple. VEGA Distributione) en présence de son réalisateur, Jacob Berger (lire sa biographie sur Wikipedia).

Vous pouvez lire ou télécharger le texte de mon exposé: Quelle responsabilité protestante dans l’assassinat d’Arthur Bloch à Payerne en 1942?


Décryptons les métaphores religieuses utilisées dans le sport. Aujourd’hui : « Marcher sur l’eau »

J’ai repéré une nouvelle métaphore religieuse pour qualifier les exploits des sportifs et des sportives : ils ou elles « marchent sur l’eau ».

À l’évidence, une telle expression fait référence à cet épisode biblique où Jésus traverse un lac à la marche :

Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Et, après avoir renvoyé les foules, il monta dans la montagne pour prier à l’écart. Le soir venu, il était là, seul. La barque se trouvait déjà à plusieurs centaines de mètres de la terre ; elle était battue par les vagues, le vent étant contraire. Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C’est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris. Mais aussitôt, Jésus leur parla : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » S’adressant à lui, Pierre lui dit : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » — « Viens », dit-il. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. Mais, en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » (La Bible, évangile attribué à Matthieu, chapitre 14)

Le sens de l’expression est limpide : comme Jésus, la sportive ou le sportif qui marche sur l’eau se révèle plus fort·e que les lois de la nature. Comme Jésus, il ou elle est capable de maîtriser ce qu’en général personne ne peut maîtriser, de dominer les aléas, de faire disparaître la glorieuse incertitude du sport. Encore plus, il ou elle a le pouvoir de sauver une équipe que le doute pourrait (mais ne devrait pas) menacer !

Notons qu’il existe une autre manière de traverser l’eau à pied sec, celle qu’utilisent Moïse et le peuple d’Israël pour traverser la mer Rouge.

Moïse étendit la main sur la mer. Le SEIGNEUR refoula la mer toute la nuit par un vent d’est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent, et les fils d’Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux — tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers — jusqu’au milieu de la mer. (La Bible, livre de l’Exode, chapitre 14)

À ce jour, je n’ai pas repéré qu’elle soit utilisée dans les médias sportifs. Seuls les bateaux fendent les eaux, ce qui ne relève pas du miracle à proprement parler.

Mais je la suggère à qui voudra faire preuve d’originalité.


P.S. Par souci de cohérence et pour sauver ma crédibilité, je supplie le lecteur ou la lectrice de ne pas lire mon article « Pour mettre un frein à l’usage des métaphores religieuses dans les médias sportifs » !

Des glaces qui respectent vos convictions, toutes vos convictions

Les glaces Professor Grunschnabel respectent les valeurs spirituelles de celles et ceux qui mangent comme ils ou elles croient (voir sur mon blogue la page: On mange aussi comme on croit). Et elles le font savoir! Énonçons brièvement ces options spirituelles que les glaces Professor Grunschnabel prétendent satisfaire:

  • Pour celles et ceux qui font de l’alimentation un lieu de spiritualité: elles sont « 100% végétale » et même « végan ».
  • Pour celles et ceux dont la religion a des conséquences sur l’alimentation: elles sont exemptes de bœuf (hindouisme), elles sont parve (judaïsme), elles sont halal (islam).

Publicité pour les glaces « Professor Grunschnabel » (détail). Crédit: Patricia Bauer

Quant aux mentions « sans lactose » et « sans gluten », elles concernent la santé, pas la spiritualité.

« Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit », le livre (gratuit et en libre accès)

Vous avez aimé le feuilleton de Nicole Rognon, cette femme qui mange et cuisine aussi comme elle croit? Vous l’avez manqué? En partie? En totalité?

Vous pouvez maintenant télécharger tous les épisodes dans un seul livre gratuit et en libre accès: Bauer, O. (2017). Nicole Rognon mange aussi comme elle croit. Lausanne.

Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.

Pour alimenter le cours « Alimentation et spiritualité » que je donne à l’EPFL ce printemps, je propose chaque mardi (à l’heure où je commence le cours) un épisode de la vie de Nicole Rognon, une protestante vaudoise qui cuisine aussi comme elle croit.


Aucune question cette fois-ci. Et aucun souci ! Dès que Nicole et Jean-Jacques Rognon se sont attablés, les plats sont apparus, comme par miracle, comme par magie, comme par enchantement. Sans qu’il soit besoin que quiconque fasse les courses, sans qu’il soit nécessaire que quiconque s’attarde dans la cuisine. Et quels plats ! Et quelles nourritures ! Celles dont ils ont toujours rêvé.

Les produits du barattage de la mer de lait : l’amrita, c’est-à-dire l’immortalité, et le beurre de Surabhî, la vache d’abondance ! L’unique grain de riz qui pourrait rassasier toute l’humanité ! Le nectar et l’ambroisie, neuf fois plus sucrée que le miel, ces mets qui procurent l’immortalité aux déesses et aux dieux de l’Olympe. Les fruits de la corne d’abondance. La manne au goût de gâteau à l’huile qui nourrit le peuple d’Israël pendant quarante ans, accompagnés du lait et du miel que produit la terre qui lui est promise ! Le vin nouveau que Jésus boira avec tou·tes dans le royaume de son Père et l’œuf qui symbolise sa résurrection ! Les dattes que Joseph offrit à Marie qui venait d’accoucher, celles que le Prophète mangeait pour déjeuner ! La soupe au lait que les ennemis catholiques et protestants partagèrent à Kappel !

Le galanga, l’épice du paradis ! Le chocolat, Théobroma, don des dieux (au singulier ou au pluriel avec ou sans majuscule) ! Une pomme, peut-être le fruit défendu du jardin d’Éden, peut-être celui d’un pommier d’Avallon où Arthur est enfermé, peut-être même une pomodoro que les Amérindien·nes ont donnée au monde.

Et les deux dindes truffées que Garrigou désira si fort qu’il en bâcla ses messes ! Le potage à la tortue, les blinis Demidoff, les cailles en sarcophage, les raisins, les pêches, les figues fraîches, l’Amontillado, le Clos-Vougeot et la Veuve Clicquot du dîner que cuisine Babette ! La poule faisane et le joli vin d’Arbois du dernier repas de Jacques Brel, le pain et le pain de l’Auvergnat que chante par Georges Brassens !

Tel est le repas divin que partagèrent Nicole et Jean-Jacques Rognon. À deux, en tête-à-tête, en amoureux. L’une avec l’autre et l’autre avec l’un. Sans remord ni regret. Sans crainte, pas même celle de grossir !

Vous connaissez maintenant les rêves les plus intimes de Nicole et Jean-Jacques Rognon, au moins quant à leur alimentation. Et si vous pouviez choisir ce que serait votre meilleur repas, que voudriez-vous manger ? Et avec qui ?


Je serais heureux de recevoir vos propositions; vous pouvez les partager à l’aide de l’outil « Poster un commentaire » ci-dessous.

Épisodes parus:

  1. Nicole Rognon cuisine aussi comme elle croit.
  2. Nicole Rognon cuisine en chrétienne.
  3. Nicole Rognon cuisine en contexte musulman.
  4. Nicole Rognon aménage une cuisine pour qu’un couple juif puisse y cuisiner.
  5. Nicole Rognon cuisine pour les beaux-parents hindous de son fils.
  6. Nicole Rognon reçoit une leçon de cuisine bouddhiste.
  7. Nicole Rognon s’adapte à la cuisine végane.
  8. Nicole Rognon découvre qu’elle cuisine autrement.
  9. Nicole Rognon arrête de manger et de cuisiner.
  10. Nicole Rognon transmet de quoi manger en suisse.
  11. Nicole Rognon laisse Jean-Jacques cuisiner pour la Saint-Valentin.
  12. Nicole Rognon cherche un menu qui plaise à tout le monde.
  13. Nicole Rognon mange comme une déesse et Jean-Jacques comme un dieu.