humour

De la nécessité de produire de l’ignorance en matière de religion

Reprenant une chanson de Régine et Serge Gainsbourg, je chante à mes étudiant·es en théologie: «Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça glissera mieux!» Car il faut produire de l’ignorance en matière de religion.

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on formait des croyant·es refusant d’avaler tout cru ce dont les religions veulent les gaver; si l’on formait des responsables religieux ouvrant les yeux sur ce que leurs institutions pensent et ne pensent pas, disent et ne disent pas, font et ne font pas!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que l’on doit penser ce que l’on croit; si l’on enseignait que la foi vient toujours avec le doute!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que toute vérité religieuse est subjective; si l’on enseignait que tout énoncé théologique est une hypothèse à mettre à l’épreuve de la vie et de la mort, de sa vie et de sa mort!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que croire n’est pas une maladie mentale; si l’on enseignait que croire, c’est simplement faire confiance et s’efforcer d’être fiable!

Imaginez ce qu’il adviendrait si chacun·e laissait l’autre libre de croire ou de ne pas croire; si chacun·e respectait l’autre dans ce qu’il croit ou ne croit pas!

Mais qui pourrait bien vouloir vivre dans un tel monde, advienne qu’il advienne?

Mieux vaut produire de l’ignorance en matière de religion.

«Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça glissera mieux!».


À propos de la théologie, on peut aussi lire sur mon blogue:


Régine. (1968). Ouvre la bouche, ferme les yeux. Paroles et musique de Serge Gainsbourg. Pathé.

La création en deux fruits

Après avoir rédigé mon dernier article « Vision helvétique contemporaine et politique du Jardin d’Éden », je me suis souvenu d’une devinette, un peu éculée:

Comment résumer la création en deux fruits?

Une pomme, deux poires et des tas de pépins.

À méditer…

Pourquoi refuser à la théologie, à la foi et aux Églises le droit de changer?

Préparant un séminaire de Master que je donnerai ce printemps à l’Institut lémanique de théologie pratique au sein des Universités de Lausanne et de Genève que j’ai intitulé: «491 ans de théologie pratique et de pratiques théologiques protestantes en Suisse romande» (titre un peu long, je vous l’accorde), je tombe sur une citation de Voltaire ironisant contre une théologie devenue libérale à Genève:

«Il y a à peine vingt genevois qui n’ont pas renié Calvin autant que le pape.» Cité par Favre, O. (2006). Les Églises évangéliques de Suisse: origines et identités. Genève: Labor et Fides, p. 74

«Et alors?», ai-je envie de répondre.

Voltaire (1694-1778) aurait préféré avoir en face de lui Calvin (1509-1564) plutôt que celles et ceux qui pensaient la théologie dans le contexte du 18e siècle. Des clones du Réformateur auraient sans doute fait des adversaires plus faciles à battre!

Pour ma part, je suis heureux que la théologie, la foi et les Églises puissent et sachent évoluer, changer et se renouveler à mesure — trop souvent avec du retard, mais parfois avec un peu d’avance — que les êtres humains et les sociétés évoluent, changent et se renouvellent. Et je sais quelles le doivent aussi à des gens comme Voltaire! Qui aurait plutôt dû se réjouir que les Genevois aient changé!

Et c’est pour partager cette conviction que je vais montrer aux étudiant·es comment on peut faire et comment on ne doit pas faire de la théologie pratique après 491 ans d’histoire protestante en Suisse romande.

Pour Johnny, « Jésus Christ [était] un hippie »

Ce matin, je dois absolument dire que je ne connaissais pas Johnny Hallyday et que je ne l’ai jamais rencontré.

Et je dois quand-même ajouter qu’il a dans son répertoire une chanson qui s’intitule « Jésus Christ est un hippie » (1970: parole de Philippe Labro, musique d’Eddie Vartan). « Objet de vives polémiques et contestations », « interdite de diffusion sur les radios et à la télévision » (Wikipedia: Jésus Christ [chanson]), la chanson vaut à son auteur de frôler l’excommunication (Le Point « « Jésus-Christ est un hippie »: Johnny frôle l’excommunication« ).

Le théologien du quotidien vous la propose interprétée par Johnny Hallyday lui-même, le 4 septembre 1970, en public à Cambrai (pour mémoire, c’est de là que viennent les bêtises):

Et il en ajoute les paroles, sans autre forme de commentaire:

Jésus-Christ par Johnny Hallyday

S’il existe encore aujourd’hui
Il doit vivre aux États-Unis
Il doit jouer de la guitare
Et coucher sur les bancs des gares
Il doit fumer de la marijane
Avec un regard bleu qui plane

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Poncho mexicain sur le dos
Autour de son front, un bandeau
Il est barbu et chevelu
Il s’est battu à Chicago
Il aime les filles aux seins nus
Il est né à San Francisco

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Dans les parcs et le long des docks
Il vit dans un sac de couchage
On n’arrête pas de l’arrêter
Pour délit de vagabondage
Au grand festival de Woodstock
C’est lui qui soignait les blessés

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Son père s’appelait Jo, je crois
Sa mère s’appelait Mary, je crois
Il a trente-trois ans, je crois
Le FBI lui court après, je crois
Et s’ils arrivent à le coincer
Ils mettront notre ami en croix

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Un document à ajouter au 11 textes de la série « Mon Jésus« , proposés dans le magazine protestant français « Évangile et liberté« .

Accroche-toi au pinceau, je retire l’échelle! (Version théologique)

Vous connaissez sûrement l’histoire éculée du type qui repeint son plafond. Un fou arrive qui lui dit: « Accroche-toi au pinceau, je retire l’échelle! » Et bien, figurez-vous qu’il en existe une version théologique. Et que ça peut marcher!

« Selon les Cantigas de Santa Maria compilées à la fin du XIIe siècle par le roi de Castille et de Léon Alphonse X le Sage, un peintre avait, sur les murs d’un église, représenté le diable sous les traits affreux qui caractérisent celui-ci. Cette fois, c’est le diable qui s’insurge contre la norme iconographique qui n’est pas à son avantage. Pour punir le peintre, il fait s’écrouler l’échafaudage sur lequel celui-ci est monté. Mais la Vierge Marie veille et permet que le peintre, qui a bien servi la vérité, reste suspendu au mur de l’église par son pinceau et échappe ainsi à la mort. » Jean-Claude Schmitt (2002). Le corps des images. Essais sur la culture visuelle du Moyen Âge, Gallimard: 146

Le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

J’ai déjà parlé de l’utilisation d’une Cène pour la publicité du Bal en blanc, un festival de musique électronique tenu à Montréal chaque année à Pâques (lire l’article: « La Cène: Époque contemporaine »). Je viens de découvrir l’utilisation d’une Maiestas Domini pour la publicité d’Electron, le « Geneva’s festival of electronic cultures » qui se tient à Genève aux mêmes dates. Que les événements se tiennent à Pâques semble donc inspirer les publicitaires…

Affiche du festival Electron (Genève, 2017)

Affiche de la 14e semaine Bal en Blanc (Montréal, 2008)

Ce qui me frappe c’est la manière dont la « culture électronique » récupère des images christiques, mais qu’elle les décale, évidemment.

  • L’affiche du Bal en Blanc fait de la Cène une tablée de personnes qui brillent par leur diversité sexuelle (hommes et femmes, LGBTQ+), ethnique (il n’y a toutefois pas de noir) et religieuse (signes ostensibles de judaïsme, d’islam et d’hindouisme); mais qui ne brillent pas par leur diversité physique (toutes jeunes, minces et belles); elle fait du Christ un DJ, touchant de sa main droite ses écouteurs, posant la main gauche sur une double platine (au lieu d’un plat).
  • L’affiche d’Electro fait du Christ en majesté, un prêtre (identifié par le col noir qui dépasse de son aube blanche), jeune, mince, à l’allure boudeuse; elle fait du prêtre un Seigneur rayonnant (inscrit dans une mandorle en forme de cadre kitsch), levant trois doigts (ou deux doigts et demi) de sa main droite; elle fait du Christ un DJ, écouteurs sur les oreilles et serrant sur son cœur un disque vinyle noir (au lieu du livre traditionnel)

Combinées, les deux affiches délivrent un message clair: le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.