humour

Saint nettoyage ou Lendemain de Cène

Pour marquer le 14 juin, journée de grève des femmes ou grève féministe en Suisse, je vous propose ce tableau du peintre catalan Joan Costa (1952 —) illustrant ce qui s’est passé le lendemain de la Cène.

Joan Costa, Sacra Neteja – III. Fundació Martinez Guerricabeitia, Universitat de València

Les disciples hommes ayant tout laissé en plan — Jésus avait une excuse valable —, ce sont les disciples femmes qui ont dû ranger et faire le ménage!


En lire sur ce tableau et sur d’autres Cènes contemporaines sur la page de mon blogue: La Cène: Époque contemporaine

L’hypothèse « il faut rire pour survivre » résiste-elle à l’épreuve de la réalité? [2/2]

Je ne sais toujours pas si les étudiant·es à qui j’enseigne la théologie pratique lisent mon blogue.

Mais ce deuxième article pourrait lui aussi intéresser celles et ceux qui suivent mon cours «Education à/de/dans/par la foi. Pédagogie, adogogie, anthropogogie de la religion». Je rappelle que nous y discutons méthode en posant des affirmations à propos de la catéchèse comme des hypothèses et en regardant si elles résistent à l’épreuve de la réalité. C’est la méthode du rationalisme critique, adaptée à la théologie par Pierre Paroz, notamment dans son ouvrage Foi et raison, Labor et Fides, 1985).

Dans un livre un peu étrange, un dialogue me fournit un exemple de cette démarche.

– « Parfois, dit-il, je ne comprends pas comment nous tenons.

Mue par une longue habitude de la compassion, Bernard pose une main rassurante sur son épaule.

— Nous continuons parce que nous n’avons pas le choix, dit-il.

Master B. le regarde avec de grands yeux tristes et soupire.

— Le meilleur moyen de tenir est peut-être de considérer l’existence sur Terre comme une vaste blague, une création d’une stupidité tellement énorme que la seule façon de vivre est de rire jusqu’à en perdre haleine. »

Meg Rosoff, Au commencement, il y avait Bob. Hachette 2012, p. 321

Je me demande si l’hypothèse « la seule manière de tenir ou de continuer dans une création d’une énorme stupidité, c’est d’être capable de rire jusqu’à en perdre haleine » résiste à l’épreuve de la vérité ! Et je propose une démarche en deux temps :

  1. La première partie — la création dans laquelle nous vivons est d’une énorme stupidité — ne me semble pas entièrement démentie par les faits (évidemment, écrire « création » est une confession de foi en un créateur ou une créatrice, une affirmation que je devrais aussi mettre à l’épreuve de la réalité).
  2. Ce qui devrait se discuter, c’est premièrement de savoir si rire jusqu’à perdre haleine est une bonne manière de tenir ; et deuxièmement, si c’est la meilleure manière de tenir.

Lors du prochain cours, je demanderai à mes étudiant·es ce qu’ils et elles en pensent.

De la nécessité de produire de l’ignorance en matière de religion

Reprenant une chanson de Régine et Serge Gainsbourg, je chante à mes étudiant·es en théologie: «Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça glissera mieux!» Car il faut produire de l’ignorance en matière de religion.

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on formait des croyant·es refusant d’avaler tout cru ce dont les religions veulent les gaver; si l’on formait des responsables religieux ouvrant les yeux sur ce que leurs institutions pensent et ne pensent pas, disent et ne disent pas, font et ne font pas!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que l’on doit penser ce que l’on croit; si l’on enseignait que la foi vient toujours avec le doute!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que toute vérité religieuse est subjective; si l’on enseignait que tout énoncé théologique est une hypothèse à mettre à l’épreuve de la vie et de la mort, de sa vie et de sa mort!

Imaginez ce qu’il adviendrait si l’on enseignait que croire n’est pas une maladie mentale; si l’on enseignait que croire, c’est simplement faire confiance et s’efforcer d’être fiable!

Imaginez ce qu’il adviendrait si chacun·e laissait l’autre libre de croire ou de ne pas croire; si chacun·e respectait l’autre dans ce qu’il croit ou ne croit pas!

Mais qui pourrait bien vouloir vivre dans un tel monde, advienne qu’il advienne?

Mieux vaut produire de l’ignorance en matière de religion.

«Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça glissera mieux!».


À propos de la théologie, on peut aussi lire sur mon blogue:


Régine. (1968). Ouvre la bouche, ferme les yeux. Paroles et musique de Serge Gainsbourg. Pathé.

La création en deux fruits

Après avoir rédigé mon dernier article « Vision helvétique contemporaine et politique du Jardin d’Éden », je me suis souvenu d’une devinette, un peu éculée:

Comment résumer la création en deux fruits?

Une pomme, deux poires et des tas de pépins.

À méditer…

Pourquoi refuser à la théologie, à la foi et aux Églises le droit de changer?

Préparant un séminaire de Master que je donnerai ce printemps à l’Institut lémanique de théologie pratique au sein des Universités de Lausanne et de Genève que j’ai intitulé: «491 ans de théologie pratique et de pratiques théologiques protestantes en Suisse romande» (titre un peu long, je vous l’accorde), je tombe sur une citation de Voltaire ironisant contre une théologie devenue libérale à Genève:

«Il y a à peine vingt genevois qui n’ont pas renié Calvin autant que le pape.» Cité par Favre, O. (2006). Les Églises évangéliques de Suisse: origines et identités. Genève: Labor et Fides, p. 74

«Et alors?», ai-je envie de répondre.

Voltaire (1694-1778) aurait préféré avoir en face de lui Calvin (1509-1564) plutôt que celles et ceux qui pensaient la théologie dans le contexte du 18e siècle. Des clones du Réformateur auraient sans doute fait des adversaires plus faciles à battre!

Pour ma part, je suis heureux que la théologie, la foi et les Églises puissent et sachent évoluer, changer et se renouveler à mesure — trop souvent avec du retard, mais parfois avec un peu d’avance — que les êtres humains et les sociétés évoluent, changent et se renouvellent. Et je sais quelles le doivent aussi à des gens comme Voltaire! Qui aurait plutôt dû se réjouir que les Genevois aient changé!

Et c’est pour partager cette conviction que je vais montrer aux étudiant·es comment on peut faire et comment on ne doit pas faire de la théologie pratique après 491 ans d’histoire protestante en Suisse romande.

Pour Johnny, « Jésus Christ [était] un hippie »

Ce matin, je dois absolument dire que je ne connaissais pas Johnny Hallyday et que je ne l’ai jamais rencontré.

Et je dois quand-même ajouter qu’il a dans son répertoire une chanson qui s’intitule « Jésus Christ est un hippie » (1970: parole de Philippe Labro, musique d’Eddie Vartan). « Objet de vives polémiques et contestations », « interdite de diffusion sur les radios et à la télévision » (Wikipedia: Jésus Christ [chanson]), la chanson vaut à son auteur de frôler l’excommunication (Le Point « « Jésus-Christ est un hippie »: Johnny frôle l’excommunication« ).

Le théologien du quotidien vous la propose interprétée par Johnny Hallyday lui-même, le 4 septembre 1970, en public à Cambrai (pour mémoire, c’est de là que viennent les bêtises):

Et il en ajoute les paroles, sans autre forme de commentaire:

Jésus-Christ par Johnny Hallyday

S’il existe encore aujourd’hui
Il doit vivre aux États-Unis
Il doit jouer de la guitare
Et coucher sur les bancs des gares
Il doit fumer de la marijane
Avec un regard bleu qui plane

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Poncho mexicain sur le dos
Autour de son front, un bandeau
Il est barbu et chevelu
Il s’est battu à Chicago
Il aime les filles aux seins nus
Il est né à San Francisco

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Dans les parcs et le long des docks
Il vit dans un sac de couchage
On n’arrête pas de l’arrêter
Pour délit de vagabondage
Au grand festival de Woodstock
C’est lui qui soignait les blessés

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Son père s’appelait Jo, je crois
Sa mère s’appelait Mary, je crois
Il a trente-trois ans, je crois
Le FBI lui court après, je crois
Et s’ils arrivent à le coincer
Ils mettront notre ami en croix

Jésus, Jésus-Christ
Jésus-Christ est un hippie

Un document à ajouter au 11 textes de la série « Mon Jésus« , proposés dans le magazine protestant français « Évangile et liberté« .