Théologie protestante

Gastronomie spirituelle. 10 commandements pour les gourmet·tes.

Si la théologie et la pastorale était de la cuisine, voici les 10 commandements que je donnerais aux gourmet·tes (si le mot « gourmette » n’existait pas encore dans ce sens, je viens de l’inventer).

  1. Mangez quand vous avez faim !
  2. Privilégiez la qualité à la quantité !
  3. Réclamez si le repas n’est pas bon !
  4. Sachez distinguer ce qui n’est pas bon de ce que vous n’aimez pas !
  5. Ne vous laissez pas duper par les artifices !
  6. Apprenez à comprendre ce que vous mangez !
  7. Abusez si c’est trop bon !
  8. Osez découvrir de nouveaux goûts !
  9. Partez à la découverte d’autres cuisines et d’autres chef·fes !
  10. Mettez-vous au fourneau, devenez chef·fe !

Hier: Cuisine spirituelle. 10 commandements pour les chef·fes.

Cuisine spirituelle. 10 commandements pour les chef·fes.

Si la théologie et la pastorale était de la cuisine, voici les 10 commandements que je donnerais aux chef·fes.

  1. Faites une cuisine digeste !
  2. Reprenez ce que la tradition a de bon !
  3. N’hésitez pas à mettre du vôtre !
  4. Cuisinez un peu pour vous et beaucoup pour les autres !
  5. Cherchez plus souvent à nourrir qu’à éblouir !
  6. Faites plaisir !
  7. Variez vos plats !
  8. Proposez une cuisine fusion !
  9. Goûtez la cuisine de vos collègues… et de vos concurent·es !
  10. Partagez vos secrets !

Demain: Gastronomie spirituelle: 10 commandements pour les gourmet·tes.

Aider saint Augustin à se montrer moins sexiste !

Cette année, ma lecture d’été, c’est la Cité de Dieu d’Augustin (1308 pages dans l’édition de la Pléiade ! Heureusement que l’été est long).

Le théologien chrétien nord-africain (il vivait à Hippone, actuellement Annaba en Algérie) consacre ses premiers « Livres » à dénigrer une religion romaine traditionnelle qu’il juge absurde. Il y pose une question ironique qui a déclenché mon avertisseur de sexisme (celui-ci devient de plus en plus sensible).

« À moins qu’il ne soit licite pour les dieux de coucher avec des femmes, et illicite pour les hommes d’en faire autant avec des déesses ? » Augustin, La Cité de Dieu, livre III, III. Gallimard, La Pléiade 2015, p. 93

La question est sexiste à deux niveaux. Augustin dénonce un premier sexisme, une conception sexiste de la religion où l’accouplement d’un dieu avec une femme est permis, tandis que l’accouplement d’une déesse avec un homme est interdit. Mais la dénonciation d’Augustin est elle-même sexiste, puis ce sont toujours les mâles, dieux ou hommes, qui couchent avec des femelles, femmes ou déesses. Pour respecter l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’entre les déesses et les dieux, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les dieux de coucher avec des femmes, et illicite pour les déesses d’en faire autant avec des hommes ? »

Mais la question telle qu’Augustin la formule donne aux dieux et aux hommes une liberté de coucher, qu’il refuse au déesses et aux femmes. Pour donner la même liberté aux femmes et aux hommes, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les femmes de coucher avec des dieux, et illicite pour les hommes de coucher avec des déesses ? ».

Mais ainsi corrigée, la question pose encore un problème d’inclusivité. Car elle n’évoque que des relations hétérosexuelles : les femmes ne peuvent coucher qu’avec les dieux, les hommes seulement avec les déesses. Mais les préférences sexuelles étant diverses, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les femmes de coucher avec des déesses et des dieux, et illicite pour les hommes de coucher avec des déesses et des dieux ? ».

Mais même reformulée ainsi, la question n’inclut toujours pas qui ne se reconnaît ni dans « les femmes » ni dans « les hommes » (et ni dans « les déesses » ni dans « les dieux », ce qui me semble un problème moins important). Là, j’avoue mes limites et je vous laisse me faire des propositions.

Évidemment, pour Augustin la question n’est que rhétorique puisque la théologie chrétienne ne conçoit pas qu’un être humain puisse coucher avec Dieu et qu’elle ne reconnaît pas de déesse. Cependant, par honnêteté intellectuelle, il faut quand-même rappeler (et Augustin le fait) que la Bible juive raconte comment les fils des dieux ont couché avec les filles des êtres humains (sexisme un jour, sexisme toujours) pour engendrer des géants :

« Quand les êtres humains commencèrent à se multiplier sur la terre et que des filles leur naquirent, les fils des dieux constatèrent que ces filles étaient bien jolies, et ils en choisirent pour les épouser. Alors le Seigneur se dit : “Je ne peux pas laisser indéfiniment mon souffle de vie aux humains ; ils ne sont après tout que des êtres mortels. Désormais ils ne vivront pas plus de 120 ans.” C’était l’époque où il y avait des géants sur la terre – il en resta même plus tard. Ceux-ci étaient les héros de l’Antiquité, aux noms célèbres ; ils étaient nés de l’union des fils des dieux avec les filles des êtres humains. » La Bible, livre de la Genèse, chapitre 6, versets 1 à 4 (traduction de la Nouvelle Bible en français courant)


Correction le 10 juillet 2021 selon le commentaire de Laurence Feller: Hippone se situe dans l’actuelle Algérie et non pas en Tunisie.

Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous? Les exemples français et canadien

Pour compléter mon article d’hier (Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous ?), j’ai eu envie de vérifier quel rite pour les couples proposent deux Églises réformées dans des pays qui ont déjà adopté un mariage pour toutes et tous.

L’Église protestante unie de France propose aux couples de même sexe, non pas une « célébration du mariage au temple » mais une « bénédiction des couples mariés de même sexe » (voir la page).

L’Église unie du Canada propose le mariage (je rappelle qu’au Canada, les pasteur·es marient civilement au nom de l’État) à tous les couples, dont les « couples formés de personne de même sexe » (voir la page).

Dois-je ajouter que c’est la proposition de l’Église unie du Canada qui me semble la seule conforme à l’Évangile ? Et que c’est celle que doivent adopter les Églises réformées en Suisse – et en France ! – après l’adoption du mariage pour toutes et tous ?

Quel rite pour les couples après le mariage pour toutes et tous ?

Comme un bon joueur d’échec, je pense plusieurs coups en avance.

Admettons que le 26 septembre, le peuple suisse vote « oui » au mariage pour toutes et tous. Qu’adviendra-t-il des rites de bénédiction que quatre Églises réformées de Suisse romande (Berne, Fribourg, Vaud et Genève) ont mis en place pour les couples de même sexe à qui le mariage était jusque-là interdit ? Je vois deux possibilités :

  1. Soit ces Églises reviennent à leur ancienne pratique. Elles vont alors supprimer ces rites de bénédiction et recommencer à ne bénir que des couples mariés (homo- et hétérosexuels) dans ce que l’on appelle improprement des « mariages religieux » ou des « mariages à l’église ».
  2. Soit ces Églises conservent leur nouvelle pratique. Elles vont alors maintenir ces rites de bénédiction. Pour éviter toute discrimination, elles vont les ouvrir à tous les couples homo- et hétérosexuels.

J’évalue ainsi ces deux possibilités :

  1. La première possibilité me semble mauvaise. Car elle reviendrait à ne plus reconnaître et accueillir rituellement et liturgiquement une forme de conjugalité hors ou sans mariage, largement répandue et tout à fait respectable. Ce serait d’autant moins compréhensible que, pour les couples homosexuels, les Églises réformées l’ont reconnue et accueillie pendant plusieurs années.
  2. La seconde possibilité me semble la bonne. Car elle revient à reconnaître et accueillir tous les couples, sans s’intéresser à leur statut légal (mariés, pacsés, concubins, libres, etc.). Car un rite public de bénédiction de couple permet à chaque partenaire d’exprimer son amour, de reconnaître ses limites et de demander à Dieu qu’il l’aide. Car un rite de bénédiction permet au couple et à son entourage d’expérimenter la bienveillance de Dieu.

Admettons que les Églises réformées choisissent la seconde possibilité. Elles devront convaincre l’État helvétique que la bénédiction d’un couple n’est pas un mariage religieux et qu’elle ne contrevient pas à l’article 97, alinéa 3 du Code civil suisse : « Le mariage religieux ne peut précéder le mariage civil. » Mais elles pourront se prévaloir du fait que pendant plusieurs années, elles ont béni des couples non mariés, sans engendrer aucun malentendu ni encourager aucune confusion.

Une théologie de la planche à pain

Donnant un cours sur les rites et les sacrements à l’Université de Lausanne (télécharger le plan du cours Mettre nos hypothèses sur les rites et sacrements à l’épreuve de la théologie pratique), j’ai demandé aux étudiantes (seules des étudiantes suivent ce cours) de sortir et de visiter soit une église protestante — la cathédrale de Lausanne —, soit une église catholique — la basilique du Valentin — avec cette consigne :
« Durant votre visite, vous recueillerez le maximum d’indices immobiles (architecture, meubles, etc.), d’indices mobiles (objets, vêtements, décors, autres éléments matériels), éventuellement d’indices éphémères (paroles, musiques, gestes, autres éléments immatériels) à propos de tous les sacrements célébrés dans l’église que vous visiterez. Vous garderez les indices qu’il vous sera possible de garder (par photographies, enregistrements, documents, etc.). Attention, il vous est strictement interdit de voler des objets ou des fragments d’objet ! »
Je leur ai ensuite demandé de reconstruire la théologie des sacrements que ces indices révèlent et de partager le résultat de leur travail. Comme vous l’imaginez, elles ont très bien travaillé. J’ai fait le même travail et j’ai pris cette photographie dans la sacristie de la cathédrale de Lausanne. Comme je suis un piètre photographe, je précise qu’il s’agit d’une planche à pain avec un couteau à pain.
CathedraleLausanne_PlanchePain

Dans une armoire de la sacristie de la cathédrale de Lausanne

En cours, j’ai reconstruit la théologie que m’inspire cette planche à pain.
  1. S’il est nécessaire de conserver une planche et un couteau à pain dans la sacristie de la cathédrale de Lausanne, c’est certainement qu’on doit y couper du pain.
  2. Je sais par ailleurs que dans les cultes protestants, on célèbre la communion — qu’on appelle « cène » en protestantisme et « eucharistie » en catholicisme — avec du pain levé, du pain ordinaire, du pain de boulangerie ou du pain fait maison.
  3. La planche et le couteau à pain sont donc les indices mobiles que dans la cathédrale de Lausanne, on célèbre la cène et qu’on la célèbre avec du pain.
  4. Je n’exclus pas la possibilité que la planche et le couteau soient utilisés pour préparer les tartines de la pasteure ou les sandwichs de l’apéritif après le culte.
  5. Je me demande pourquoi il est nécessaire de couper le pain consommé lors de la cène.
  6. Il est possible, voire probable, que l’on coupe à l’avance des tranches ou des morceaux de pain pour faciliter la distribution et la consommation.
  7. Il est possible aussi que l’on prédécoupe la partie du pain que la pasteure va rompre dans un geste liturgique mimant le geste attribué à Jésus.
Voilà ce que la planche à pain me dit de la théologie et de la pratique du sacrement de la cène en vigueur dans la cathédrale de Lausanne en 2021. Et voilà comment je fais de la théologie pratique à partir du terrain.