Théologie protestante

De Lush à Qohélet

Si je me prétends théologien du quotidien, c’est que j’aime débusquer le théologique – au sens large de « ce qui qualifie un rapport à Dieu, au sens spécifique de « ce qui appartient à la foi chrétienne » – dans le quotidien.

Ce matin, c’est la vitrine du magasin de cosmétique Lush qui a attiré mon attention, parce qu’une affiche emprunte son langage aux confessions de foi (sur le mode: « Nous croyons en Dieu tout puissant qui a fait le ciel et la terre… »).

Affiche dans la vitrine de Lush, gare Saint Lazare à Paris. (c) Olivier Bauer

Je signerais volontiers le quatrième article – « Nous croyons qu’il est important de prendre de longs bains aux chandelles en mangeant du chocolat, de faire ou de recevoir des massages et de remplir sa maison de parfum en prenant sa douche » – qui résonne avec l’un des versets bibliques que je préfère:

« Va, mange ton pain avec plaisir et bois ton vin d’un cœur joyeux, car Dieu a déjà approuvé tes actions. En toute circonstance, mets des vêtements de fête et n’oublie pas de parfumer ton visage. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, chaque jour de la fugitive existence que Dieu t’accorde sous le soleil. C’est là ce qui te revient dans la vie pour la peine que tu prends sous le soleil. Utilise ta force à réaliser tout ce qui se présente à toi. Car il n’y a ni action, ni réflexion, ni savoir ni sagesse là où sont les morts que tu vas rejoindre. » La Bible juive, livre de Qohélet, chapitre 9, versets à 10.

C’est ça que j’aime dans la théologie du quotidien. Quand elle me conduit de Lush à Qohélet.

Ex-pire, in-spire

Si l’on expire quand on meurt, on se met à vivre quand quelque chose ou quelqu’un nous inspire.

On a communié sur la lune

Dans le documentaire Les conquérants de l’espace: Gemini et Apollo diffusé sur France 5 à l’occasion du cinquantième anniversaire du premier alunissage, j’apprends que Buzz Aldrin, le deuxième être humain à poser le pied sur la lune a célébré une cène dans le module lunaire.

Comme j’ignorais totalement cet épisode, je cherche et j’en apprends plus sur le site de la chaîne de télévision History: «Buzz Aldrin Took Holy Communion on the Moon. NASA Kept it Quiet».

J’y trouve la photographie du Communion Kit emporté par l’astronaute :

The communion bag and chalice used by Buzz Aldrin during his lunar communion. (Credit: David Frohman, President of Peachstate Historical Consulting, Inc.)

Et un récit de l’événement dont je traduis quelques passages :

«L’astronaute était aussi un ancien de la Webster Presbyterian Church et, avant de partir pour l’espace en 1969, il reçut une permission spéciale de prendre du pain et du vin avec lui dans l’espace et de se donner la communion à lui-même. […]

Comme les hommes se préparaient pour l’étape suivante de leur mission, Aldrin enclencha le système de communication et s’adressa à l’équipage sur terre: “J’aimerais demander quelques instants de silence”, dit-il. “J’aimerais inviter chaque personne à l’écoute, où et qui qu’il soit à contempler un moment les événements des dernières heures et de dire merci, chacun à sa manière.”

Il prit ensuite le vin et le pain qu’il avait apporté dans l’espace — les premières nourritures jamais servies ou mangées sur la lune. “J’ai versé le vin dans la coupe que notre Église m’avait donnée. Dans la gravité six fois moindre de la lune, le vin a remonté gracieusement en formant des boucles sur les parois de la coupe”, écrivit-il plus tard. Ensuite, Aldrin lut quelques passages de la Bible et mangea. Armstrong le regarda tranquillement, mais ne participa pas.»

Que dit #Neymar en citant la Bible ?

Samedi dernier (13 juillet 2019), le footballeur brésilien Neymar Jr (découvrir sa biographie sur Wikipédia) a publié sur son compte Instagram (@neymarpai_) une vidéo ou il s’approprie un verset biblique (la regarder sur le site de L’Équipe):

«Toda arma forjada contra mim não prosperará, toda língua que ousar contra mim em juízo, Deus a condenara esta é a herança dos servos do Senhor, e o direito que procede Dele, diz o Senhor. Isaías 54:17»

Neymar s’approprie ce verset en remplaçant les «toi» par des «moi»; au lieu d’apostropher Dieu avec un «tu» et de le faire répondre avec un «je», il désigne Dieu par une troisième personne. Ce qui donne en français en mettant les modifications en évidence:

«Toute arme forgée contre moi ne pourra prospérer, toute langue qui s’élèvera en justice contre moi, Dieu la condamnera. Voilà le patrimoine des serviteurs du SEIGNEUR, la justice qui leur vient de Lui — déclaration du SEIGNEUR.» Ésaïe, chapitre 54, verset 17.

Qu’un joueur de football brésilien cite la Bible n’est pas exceptionnel. Beaucoup sont chrétiens évangéliques et aiment partager leur convictions.

Mais comme la vidéo contient un logo du FC Barcelone et que la rumeur veut que Neymar retourne dans ce club qu’il avait quitté en 2017 pour jouer au Paris Saint-Germain, les réseaux sociaux et les médias ont appliqué le verset d’Ésaïe à cette situation précisément.

Si je comprends bien (mais le théologien universitaire a parfois du mal à comprendre la théologie populaire), «toute arme forgée contre moi sera sans effet» devrait signifier que le contrat qui retient Neymar au PSG est une arme forgée contre lui, mais qu’elle ne l’empêchera pas de retourner jouer à Barcelone.

C’est peut-être exact. Mais je crois que la déclaration est plus large. Car Neymar est accusé d’un viol qu’il conteste, et qu’une blessure, peut-être «diplomatique», l’a empêché de jouer la Copa América que son pays vient de remporter.

Je dirais donc qu’avec cette citation biblique, Neymar fait une confession de foi: comme serviteur de Dieu, il bénéficie de la protection divine. Dieu transforme le mal qu’on lui fait en bien. Dieu lui rendra justice. Quoiqu’il arrive et dans tous les aspects de sa vie.

Le dilemme du théologien qui doit se montrer généreux envers les moustiques.

C’est l’été.

Je suis sur une terrasse et je lis Animal Theology d’Andrew Linzey. En 1994 déjà, il défendait l’idée qu’un·e chrétien·ne doit faire preuve de générosité envers les animaux.

Mais des moustiques viennent me piquer.

D’où mon dilemme: dois-je me laisser dévorer ou les tuer?

J’ai trouvé la solution.

Je suis rentré à l’intérieur.

Mais je ne profite plus su soleil et les moustiques n’ont plus rien à manger.

« Qui porte croix? » 2, la suite

Quelques minutes après la publication de l’article « Qui porte croix?« , je me rends compte qu’en 2017, j’avais déjà écrit sur l’expression – « porter sa croix » – et sur le verset équivalent dans l’évangile attribué à Marc (lire « Une seule croix à porter »).

En comparant les deux textes, je réalise qu’en 2019, je diminue encore le poids de ce que j’ai à porter et à supporter. En deux ans, je suis passé d’une seule croix à plus de croix du tout!

Je trouve que ma théologie et ma foi sont sur le bon chemin.