Théologie protestante

Découvrir le protestantisme. Un parcours de formation

La Réforme protestante a 500 ans. Joyeux anniversaire la Réforme!

Je saisis l’occasion pour vous proposer de découvrir ou de redécouvrir le protestantisme dans un parcours de formation en sept étapes:

Découvrir le protestantisme: Accueil

  1. « Histoire protestante » pour apprendre d’où vient le protestantisme et comment il s’est diffusé sur les cinq continents.
  2. « Théologie protestante (1) » pour découvrir cinq grands principes de la théologie protestante.
  3. « Théologie protestante (2) » pour s’apercevoir qu’il y a deux grandes manières très différentes d’être protestant·e.
  4. « Ecclésiologie protestante » pour comprendre qu’en protestantisme, l’Église est toujours secondaire, mais jamais inutile.
  5. « Éthique protestante » pour savoir ce qu’un·e protestant·e doit faire pour bien faire.
  6. « Esthétique protestante » pour voir et entendre que les protestant·e·s aiment aussi ce qui est beau.
  7. « Spiritualité protestante » pour partager quelques aspects de la relation protestante avec Dieu.

Pour simplifier votre apprentissage, j’ai adopté la même structure pour chaque étape:

  • « Découvrir »: réfléchir à partir d’une image ou d’une musique, parfois surprenante.
  • « Apprendre »: étudier grâce à un diaporama présentant les principales informations.
  • « Approfondir et partager »: découvrir et discuter un avis autre que le mien.

Je ne prétends pas tout vous enseigner sur le protestantisme, ni vous enseigner tout le protestantisme, mais simplement vous faire découvrir la théologie qui me fait vivre: croire par soi-même, avec les autres et grâce à Dieu.

Bon parcours!

« Une légèreté céleste. Du chocolat à se damner »

Depuis quelques temps, on voit en Suisse cette publicité pour le chocolat Kägi Mäx. Je la reproduis avec quelques commentaires:

Publicité Kägi Mäx. Crédit: Olivier Bauer

Je l’ai soumise aux étudiant·es de mon cours « Introduction à la théologie pratique » à l’Université de Lausanne. La discussion a été animée.

À la question: « Cette affiche constitue-t-elle une pratique théologique? », les étudiant·es ont répondu:

« Non. Comme elle vise à vendre du chocolat, c’est une pratique commerciale ou économique. »

À la question: « Quelle représentation de l’Absolu propose-t-elle? », ils et elles ont notamment répondu:

« C’est du folklore religieux, inspiré d’un catholicisme occidental. L’ange et le démon sourient, signe de leur connivence. La limite entre le ciel et la terre ou l’enfer reste floue. »

À la question: « Que faudrait-il pour que cette affiche devienne une pratique théologique? », ils et elles ont eu de la peine à répondre qu’il faudrait l’utiliser dans une activité théologique: un culte, une rencontre d’éducation chrétienne… ou un cours d’introduction à la théologie pratique!

Ensemble, nous avons retrouvé deux références à des images bibliques, mais avec des distinctions majeures.

Michel Ange (1481-1482). Le jugement dernier (détail). Rome, Chapelle Sixtine

Mais sur la publicité Kägi Mäx, la transmission va de la terre (ou de l’enfer) vers le ciel.

Lukas Cranach l’Ancien (1513). Adam et Ève (détail). Würzburg, Mainfränkisches Museum

Mais sur la publicité Kägi Mäx, la tentation va de l’homme vers la femme.

« Tu es pour, alors je suis contre! » « Tu es contre, alors je suis pour! »

Dimanche 24 septembre, j’ai vécu la messe à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Ce jour-là, l’Église catholique prescrivait de lire l’histoire des ouvriers de la onzième heure:

Un vigneron décide de vendanger sa vigne. Le matin, il engage des vendangeurs et fixe leur salaire. Vers midi, comme la vendange est loin d’être finie, il engage des vendangeurs supplémentaires. Et à la fin de l’après-midi, il en engage encore quelques autres. L’histoire est d’une banalité consternante. Sauf qu’à la fin de la journée de travail, le,vigneron décide de donner le même salaire à tous les vendangeurs, peu importe leur temps de travail. Et quand un vendangeur lui reproche son injustice, il lui répond: « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? ». (Évangile attribué à Matthieu, chapitre 20; traduction de la Bible de la liturgie)

Remarque purement économique. Le vigneron me paraît sympathique, je me demande cependant ce qui s’est passé le lendemain quand il a décidé d’engager des vignerons pour vendanger sa seconde vigne. A-t-il trouvé des gens assez bêtes pour commencer à travailler tôt le matin?

La formulation de la conclusion m’a surpris. Car j’ai l’habitude d’une autre traduction de la dernière question: « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? ». (Traduction de la Bible Segond 21)

J’ai vérifié comment différentes bibles traduisaient cette dernière question et j’ai découvert que la traduction dépendait de la confession.

Traductions catholiques de la Bible

  • « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? » Bible de la liturgie
  • « N’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon? » Bible de Jérusalem

Traductions protestantes de la Bible

  • « Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Nouvelle Bible Segond
  • « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Bible Segond 21

La traduction œcuménique de la Bible correspond aux versions catholiques : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon? ». Et la traduction juive faite par André Chouraqui aussi : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est à moi? Ou bien ton œil est-il mauvais parce que, moi, je suis bon? ».

Je trouve la différence existentiellement importante.

  • Dans les versions protestantes, le mauvais œil est simplement un jugement porté sur la bonté. Celui où celle qui n’en profite pas ne l’apprécie pas.
  • Mais les traductions catholiques font du regard mauvais, de la jalousie et du mauvais œil une conséquence de la bonté. C’est l’attitude du vigneron qui détermine celle du vendangeur. Si le vigneron avait peu payé les derniers ouvriers, l’œil du vendangeur aurait peut-être été tout autant mauvais, parce qu’il lui aurait reproché de ne pas se montrer assez généreux.

Cette version catholique me plaît. Car elle dénonce un risque que nous courons toutes et tous et moi le premier. Nous avons tendance à déterminer par rapport aux autres: « Tu es pour, alors, je suis contre! ». « Tu es contre, alors, je suis pour! ». Ce qui n’est pas forcément négatif, car la critique oblige à chercher à faire mieux, à être mieux. Mais ce qui se révèle stérile comme position de principe. Et je pense à certaines relations personnelles ou à certains débats institutionnels.

N’éprouvant pas le besoin de reprocher aux catholiques leur traduction, le théologien protestant du quotidien évite de tomber dans le travers dénoncé par l’histoire des ouvriers de la onzième heure. Ce qu’évidemment, il ne fait pas toujours! Et il remercie les catholiques qui ont traduit la Bible et l’Oratoire Saint-Joseph qui lui a permis d’entendre cette traduction.

Mes cours à l’Université de Lausanne: « Ritualités » et « Introduction à la théologie pratique »

Au semestre d’automne, je donne deux cours de Bachelor à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne. Et tout le monde (ou presque) peut les suivre comme auditeur ou auditrice libre (voir les conditions d’admission). Pour obtenir plus d’information ou pour vous inscrire, contactez le secrétariat de l’Institut lémanique de théologie pratique (envoyer un courriel au secrétariat de l’ILTP)!

Bauer, O. (Automne 2017). Les ritualités. Apprentissage par problème, Bachelor, Université de Lausanne. Le vendredi de 9h15 à 11h00; du 22 septembre au 15 décembre.

Les rites sont à la mode ! Mais quelles fonctions leur sont-elles accordées ou refusées ? Dans la partie cours, nous découvrirons ce que différentes approches incluent sous le vocable « ritualité » et nous comprendrons les différentes manières d’analyser les rites religieux. Dans la partie séminaire, chaque étudiant·e travaillera en groupe pour appliquer les théories de la ritualisation et du meaningless et créer un rite autour de la naissance selon la demande de Marie Ndongo.

Bauer, O. (Automne 2017). Introduction à la théologie pratique I: Maîtriser la praxéologie pastorale, Bachelor, Université de Lausanne. Le mercredi de 13 h 15 à 15 h; du 20 septembre au 20 décembre.

Au terme du cours, les étudiant·es

  • Sauront que la théologie pratique porte sur « les pratiques évangéliques ».
  • Auront interprété une pratique chrétienne à l’aide de la méthode de praxéologie théologique.
  • Auront jugé la fidélité et l’efficacité d’une activité de l’aumônerie universitaire.
  • Maîtriseront les cinq étapes de la méthode empirico-herméneutique et pourront l’appliquer à d’autres pratiques.
  • Auront articulé des référents en théologie et des référents en sciences humaines.

Pour connaître mes cours à l’UNIL, consulter la page: « À l’Université de Lausanne: les syllabus de mes cours« 

Respirez une bouffée de la bonne odeur du Christ!

En supplément (gratuit!) d’un entretien accordé à Protestinfo (« Le protestantisme a l’odeur du propre » par Laurence Villoz), je réfléchis sur quelques versets de la deuxième lettre de Paul aux chrétien·nes de Corinthe. Il y évoque deux parfums:

« Grâce soit rendue à Dieu qui, par le Christ, nous emmène en tout temps dans son triomphe et qui, par nous, répand en tout lieu le parfum de sa connaissance. De fait, nous sommes pour Dieu la bonne odeur du Christ, pour ceux qui se sauvent et pour ceux qui se perdent; pour les uns, odeur de mort qui conduit à la mort, pour les autres, odeur de vie qui conduit à la vie. Et qui est à la hauteur d’une telle mission? » La Bible, deuxième lettre aux Corinthiens chapitre 2, versets 14 à 16

Que faire avec un tel texte?

  • D’abord, réaliser que pour Paul, la « Parole de Dieu » est aussi une « Odeur de Dieu »: parfum de sa connaissance, bonne odeur du Christ.
  • Ensuite, réaliser que cette odeur est ambivalente: elle est odeur de mort pour certain·es, elle est odeur de vie pour d’autres.
  • Ensuite, réaliser que cette bonne odeur a quelque chose de paradoxal: la connaissance a le parfum de la mort, le Christ a l’odeur de Jésus crucifié; mais ils sont aussi le parfum et l’odeur d’un cadavre qui n’aura pas eu le temps de pourrir.
  • Ensuite, réaliser que la chrétienne et le chrétien reçoivent une double mission: elle et il doivent répandre le parfum de la connaissance en tout lieu et être pour Dieu la bonne odeur du Christ.
  • Enfin, réaliser que Paul ne précise pas ce que sentent la connaissance ni la bonne odeur du Christ; il laisse chacun·e libre d’attribuer au Christ l’odeur qui le ou la fait vivre.

Et se poser la question: pour moi, quelle odeur a le Christ, l’Évangile, la Grâce, la Bénédiction, la Vie?

Et surtout, surtout en respirer une bonne bouffée!

Puis-je revendiquer « ma théologie »?

Dans un culte que j’ai célébré à l’Église Unie St-Jean à Montréal, une paroisse de l’Église Unie du Canada, je me suis permis d’utiliser le moment des annonces, pour faire un peu de publicité pour mon blogue (500 abonnés ne me suffisent pas!). J’avais écrit sur le feuillet: « Si vous êtes intéressé·e par ma théologie, vous pouvez visiter et suivre mon blogue » et Jean-Luc m’a posé une question inattendue, intrigante, mais fort intéressante. Il m’a dit, en substance: « Tu écris ‘ma théologie’, mais je croyais qu’il y avait des grands courants théologiques et que la théologie était par exemple réformée ou catholique… » Je lui ai répondu en le prévenant que ma réponse pourrait bien faire l’objet d’un article de mon blogue. J’avais raison (pour le blogue, pas forcément pour « ma théologie »!)

La théologie est toujours personnelle. Car elle est nourrie de ce que nous sommes, de nos expériences, de nos rencontres, de nos lectures, de notre culture, bref de notre vie. Ainsi, je suis prêt à parier que la théologie du pape François n’est pas exactement la théologie catholique, que la théologie de Najla Kassab, la pasteure libanaise qui vient d’être élue présidente de la Communion mondiale d’Églises réformées, n’est pas exactement la théologie des Églises réformées (l’utilisation d’un pluriel en dit déjà beaucoup de la diversité de ces théologies réformées) et que la théologie de Jean-Luc n’est pas exactement la théologie de l’Église unie du Canada. Et c’est heureux! C’est heureux pour François, pour Najla et pour Jean-Luc, qui sont libres de croire à leur manière. Mais c’est aussi heureux pour l’Église catholique, pour les Églises réformées et pour l’Église Unie du Canada, qui peuvent profiter de la richesse de cette diversité.

Ce qui n’empêche pas (ou ce qui n’évite pas) que chaque théologie puisse être, le plus souvent, rattachée à de grands courants de pensée. Ainsi « ma théologie » s’inscrit plutôt du côté « religieux », plutôt du côté « monothéiste », plutôt du côté « chrétien », plutôt du côté « protestant », plutôt du côté « réformé » et plutôt du côté « libéral ». Ce qui n’empêche pas (ou ce qui n’évite pas) qu’elle soit aussi un peu « athée », un peu « hénothéiste et polythéiste », un peu « juive et musulmane « , un peu « catholique, orthodoxe, anglicane et pentecôtiste », un peu « luthérienne et évangélique », un peu « conservatrice » et un peu « autre ». Ce qui n’empêche pas (ou ce qui n’évite pas) qu’elle soit aussi un peu celle de François, de Najla et de Jean-Luc. Et j’en suis heureux, heureux pour moi!

"Ma théologie" est plutôt religieuse, monothéiste, chrétienne, protestante, réformée et libérale.
Enfin, « ma théologie » est ma théologie d’ici et maintenant. Ce qui n’empêchera pas (ou ce qui n’évitera pas) qu’elle change au gré de mes prochaines expériences, de mes prochaines rencontres, de mes prochaines lectures, bref de ce que seront ma culture et ma vie, de ce que je deviendrai. Et j’en suis heureux, heureux pour moi!