Théologie protestante

Popthéologie

Je ressens le besoin d’expliquer en deux points pourquoi j’inclus la chanson francophone dans ma théologie, à l’Université comme à l’Église

  1. Parce que j’écoute de la chanson francophone et qu’elle m’inspire.
  2. Parce que nous réentendrons les chansons francophones et qu’elles rappelleront peut-être la théologie qu’elles ont inspirée.

Pour un bon exemple de théologie à partir de chansons francophones – de leurs paroles et de leur musique – on peut lire l’article de Constance Luzzatti dans les Cahiers de l’ILTP: Luzzatti, C. (2019). De la théologie en chanson! Les Cahiers de l’ILTP, mis en ligne en septembre 2019: 24 pages.

Tu invoqueras le nom du Seigneur ton Dieu en vin ! 10 arguments bibliques.

À l’occasion de la publication du collectif Esprit du vin, esprit divin (Bauer, O. [éd.]. Esprit du vin, esprit divin. Labor et Fides : 2020), je me permets de méditer sur un jeu de mots. Une fois en positif et une fois en négatif (lire donc aussi en négatif « Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu en vin »).

  1. Parce que la première plante que Noé plante après le Déluge, c’est une vigne (Genèse 9, 20).
  2. Parce que la Terre promise est un pays de blé et de vin (Deutéronome 33,28).
  3. Parce que le vin réjouit « Dieu et les êtres humains » (Juges 9,13).
  4. Parce que le vin désaltère ceux qui sont épuisés dans le désert (2 Samuel 16,2).
  5. Parce que le vin rend la vie joyeuse (Qohélet 10,19).
  6. Parce que le vin réconforte « celui qui va disparaître » (Proverbes 31,6).
  7. Parce que le vin vieilli se boit avec joie (Siracide 9,10).
  8. Parce que Jésus était considéré comme un ivrogne (Matthieu 11,19).
  9. Parce que les effets de l’esprit ressemblent à ceux du vin doux (Actes 2,13).
  10. Parce que Paul recommande boire un peu de vin pour soulager son estomac (1 Timothée 5,23).

Tu n’invoqueras pas le nom du Seigneur ton Dieu en vin ! 10 arguments bibliques.

À l’occasion de la publication du collectif Esprit du vin, esprit divin (Bauer, O. [éd.]. Esprit du vin, esprit divin. Labor et Fides : 2020), je me permets de méditer sur un jeu de mots. Une fois en positif et une fois en négatif (lire donc aussi en positif « Tu invoqueras le nom du Seigneur ton Dieu en vin »).

  1. Parce que l’ivresse conduit Noé à se montrer nu (Genèse 9, 21).
  2. Parce que les prêtres n’ont pas le droit de boire du vin (Lévitique 10,9).
  3. Parce que le vin est le « poison des dragons » et le « venin cruel des vipères » (Deutéronome 32,33).
  4. Parce que le vin empêche de devenir sage et riche (Proverbes 20,1 et 21,17)
  5. Parce qu’il « n’y a pas de secret là où règne l’ivresse » (Proverbes 31).
  6. Parce que le vin empêche de discerner « l’action du SEIGNEUR » (Ésaïe 5,12).
  7. Parce que ceux qui sont « grisés par le vin » se fourvoient et « vacillent dans leurs décisions » (Ésaïe 28,7).
  8. Parce que le vin déçoit (Habacuc 2,5).
  9. Parce que « le vin et les femmes égarent l’homme intelligent » (Siracide 19,2).
  10. Parce qu’il est « beau de ne pas boire de vin » (Romains 14,21).

« Y’a qu’un Jésus digne de ce nom »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom »

Je me souviens avoir lu, il y a presque vingt ans, l’article d’un jeune théologien que j’avais jugé prometteur — je sais qu’il a fait du chemin depuis… —. Détournant la célèbre déclaration d’Antoine de Saint-Exupéry « L’essentiel est invisible pour les yeux », l’auteur affirmait que « L’essentiel est inaudible aux oreilles ». Il plaidait — déjà ! — pour que la prédication transmette Dieu — il ne mettait pas de guillemets à l’époque — à tous les sens. L’idée m’avait séduit, mais je ne l’ai que très exceptionnellement mise en pratique. Je sais ce qui est bien, mais je ne le fais pas ; pas toujours…

Mais je lui donne raison. L’essentiel est aussi inaudible aux oreilles qu’invisible à l’œil, inodore au nez, insipide à la bouche, immatériel aux mains, imperceptible au corps. L’essentiel est ailleurs, l’essentiel est autre ; l’essentiel nous échappe, l’essentiel se dérobe. S’il y a « Dieu », c’est au-delà de ce que nous pouvons percevoir. Mais s’il y a révélation de « Dieu », elle se donne dans ce que nous pouvons percevoir.

La théologie classique résume cette apparente contradiction dans une question : « Le fini est-il capable de porter l’infini ? » — « l’essentiel », « l’infini », j’aurais pu ajouter « l’absolu » ou « l’ultime », je prends soin de varier mes termes de peur d’enfermer « Dieu » dans un seul concept, dans une seule idole —. J’y apporte ma réponse. Et c’est ainsi, et c’est ici que la confession d’un autre pasteur B. devient confession de sa foi :

Je crois qu’il y a un infini. Je le crois parce que j’ai envie de le croire, parce que j’ai besoin de le croire. Je le crois parce que c’est ainsi que je m’accepte être fini. Je le crois parce que certaines images, certains sons, certains goûts, certaines odeurs, certaines matières, certaines perceptions sont pour moi les traces de ce que le fini peut être, de ce que le fini doit être plutôt que de ce qu’il est.

Je le reconnais, je l’avoue, je le confesse, j’ai passé 35 ans de ministère pastoral à prétendre transmettre un « Dieu » intransmissible, un « Dieu » qui se transmet tout seul, qui se transmet sans moi. En fait, de fait, je le réalise aujourd’hui, j’ai passé 35 ans de ministère pastoral comme un transmetteur de second degré ; ce n’est jamais « Dieu » que j’ai transmis, mais toujours sa transmission. J’ai transmis ce que j’avais reçu pas plus (et parfois moins). J’ai transmis aux oreilles — surtout —, à la vue, à la bouche, au nez à la peau comme aux muscles — un peu et probablement plus que ne le pense — les médiations d’une médiation, celle de Jésus exécuté mais ressuscité : fini, mais infini.

« Ce que personne n’a jamais vu ni entendu, ce à quoi personne n’a jamais pensé. Dieu l’a préparé pour celles et ceux qui l’aiment. » (Première lettre de Paul aux Corinthiens chapitre 2, verset 9)


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

Une église où l’on ne peut se réunir est de fait une église fermée.

J’apprends qu’en France les « lieux de culte » — une manière de qualifier église, synagogue, mosquée, temple, etc. — sont ouverts, mais qu’il est interdit de s’y réunir. Je me dis que la mesure n’a aucun sens pour le protestantisme. Car l’église n’existe que comme lieu de réunion d’une communauté et tant que dure la réunion de la communauté. À tout autre moment, l’église n’existe pas. Une église où l’on ne peut se réunir est de fait une église fermée. Et devrait le rester.


P.S. Pour mémoire, « église » vient du terme grec ek-klesia, « appelé hors de ». N’en déplaise à « l’autre pasteur B. » (lire « Quand au temple, nous serons »), le protestantisme a des églises. Mais, avant d’être un bâtiment, l’église est l’assemblée de celles et ceux qui sont appelé·es, hors de leur maison, hors de leur routine, hors de leur vie quotidienne.

« Quand au temple, nous serons »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


11. « Quand au temple, nous serons »

Je ne vous révélerai pas où j’exerce mon ministère. Mais quand je vous aurai dit ce que je vois entre le presbytère où j’habite et le temple où je célèbre, vous réussirez sans doute à identifier ma paroisse. Mais — j’ouvre une parenthèse —, écrire « presbytère » et « temple » plutôt que « cure » et « église » dit quelque chose de la famille religieuse à laquelle j’appartiens ; en l’occurrence, que je suis de confession protestante et de théologie libérale ; ils disent aussi que, dans ma volonté farouche de me démarquer du catholicisme – mysterium tremendum et fascinans, mystère terrifiant et fascinant (Rudolf Otto) — je fais de mon domicile celui du prêtre et du lieu de mon culte un lieu de sacrifice… — mais — je referme la parenthèse — et je passe, rapidement.

Si la taille compte — je parle des bâtiments évidemment —, alors, elle dit qui, dans ma ville, commande. Le plus haut bâtiment est une banque, le plus vaste un centre commercial et le plus visible le casino : argent roi. Mais Dieu soit loué, deux bâtiments imposants — mais pas tant que ça ! — relativisent ce jugement : un temple — protestant — et une église — catholique —. Oui, ils gaspillent de la place ; oui, ils coûtent cher à entretenir ; oui, ils sont sous-utilisés et surdimensionnés. Mais oui aussi, ils rééquilibrent la ville, ma ville, vers l’essentiel. Car si temple et église sont visiblement là pour être vus — parfois je les préférerais un peu plus modestes, comme l’église évangélique dans la zone commerciale discrète et pratique —, ils sont visiblement là pour montrer que des personnes se réunissent en communauté parce qu’elles croient que croire en « Dieu » rend leur vie meilleure. Celles et ceux qui ont des yeux pour voir l’invisible le comprennent ! Mais pour les autres, petite explication…

Mon temple comme cette église sont construits selon deux dimensions, verticale et horizontale. Verticale : le clocher s’effile, pointe vers le Ciel ; il conduit vers « autre chose », vers « quelqu’un·e d’autre », il suggère un lien à « Dieu ». Horizontale : le bâtiment s’allonge, s’élargit pour accueillir, pour réunir une communauté ; il rend solidaire.

Ce n’est qu’à l’intérieur que temple protestant et église catholique se distinguent. Beau symbole, d’abord l’unité — de façade ? —, ensuite la diversité. Et encore, d’abord, encore une similitude : des sièges pour accueillir des fidèles. Ensuite seulement une différence, minime ; au cœur de l’église catholique, là où tous les regards se dirigent, il y a le tabernacle — pour conserver les hosties consacrées — et l’autel — pour célébrer la messe ; c’est qu’au cœur de la foi catholique, il y a le sacrifice de la messe. Au centre de mon temple protestant, là où tous les regards se dirigent, il y a la chaire — pour commenter la Bible — ; c’est qu’au cœur de la foi protestante, il y a la transmission d’une Parole, celle d’un livre et des personnes qui le lisent. Celle de « Dieu ».


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)