mort

Un certain retour des mort·es II (pour les spécialistes)

Autour de la théologie et des pratiques protestantes autour de la mort et des mort·es (voir mon article « Un certain retour des mort·es »), j’ai oublié d’écrire que le protestantisme envisage lui aussi la possibilité de faire quelque chose pour les mort·es après leur mort ! J’en trouve l’expression pratique dans les liturgies protestantes des services funèbres qui prévoient une « remise du défunt », formulée par exemple dans ces termes :

« Remise du défunt ».« Pour remettre un défunt à Dieu »
« Seigneur, Dieu notre Père, toute notre espérance est en toi. C’est pourquoi nous te remettons N. [Tu connais sa foi.] Pardonne-lui toute faute, car tu es bon et tu aimes les hommes, et accueille-le/la auprès de toi dans l’attente de la résurrection. »« Dieu le Père t’a créé(e) à son image, Dieu le Fils t’a sauvé(e) par sa mort et sa résurrection, Dieu le Saint-Esprit t’a appelé(e) à la vie et t’a sanctifié(e). Que le Dieu de toute grâce te conduise à travers les ténèbres de la mort, qu’il te fasse miséricorde au jour du jugement et t’accorde la vie éternelle. Repose en paix. »
Liturgie des services funèbres selon les projets de 1993 et 1995 de la Communauté de travail des Commissions romandes de liturgieLe service funèbre. Églises luthériennes en France, Commission de Liturgie des Églises luthériennes en France, 1999

Mais que se passe-t-il alors si la personne défunte n’est pas remise ou mal remise à Dieu ? Dieu ne l’accueillerait-elle pas ? À mon avis, vouloir remettre le défunt à Dieu est une prétention illégitime. Les liturgies qui l’incluent ont tort. Elles ne devraient pas maintenir l’illusion que nous pourrions faire quelque chose pour les mort·es. Il faut les changer.

Pour une pratique plus protestante des services funèbres (ce qui signifie évidemment « plus conforme à ma théologie protestante »), on peut par exemple privilégier la liturgie de l’Église protestante unie de France dont le titre dit l’intention : Annonce de [la] Résurrection à l’occasion d’un décès [deuil] (disponible en libre accès sur le site de l’EPUdF). Elle aide les êtres humains à vivre leur deuil tout en laissant à Dieu le soin des mort·es.

Un certain retour des mort·es

Entraîné par le moment — Halloween, fête des Morts et Toussaint — je suis plus sensible à l’attention particulière portée à la mort et aux mort·es. Et je constate un certain retour de la mort et des mort·es dans les pratiques protestantes.

Or, traditionnellement, la théologie protestante sépare la vie et la mort. Elle affirme :

« Quand on est mort, on est mort. Tout se joue durant la vie. Chacun·e est responsable de son existence. On ne peut plus rien pour les personnes décédées. Il ne sert à rien de prier pour les mort·es, à rien de se faire baptiser en leur nom. Au cas où il y aurait quelque chose après la mort ou des quelques choses différents, qu’on en profite ou pas, qu’on soit récompensé ou puni, tout cela sera décidé au moment où l’on meurt. »

Dans la pratique, adoucissant l’ordre radical attribué à Jésus — « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t’en annoncer le règne de Dieu » (évangile de Luc, chapitre 9, verset 60) —, certaines Églises protestantes enterraient les mort·es au cimetière (parfois dans des « cimetières protestants » quand les catholiques refusaient d’enterrer des « hérétiques » dans la « terre sainte » des leurs). Cela fait, elles célébraient un culte avec les endeuillé·es pour remercier Dieu d’être vivant·e et pour rappeler à chacun·e son devoir de faire de sa vie une vie bonne et une vie belle.

Mais la pratique protestante a changé. Depuis longtemps, puisque j’ai le plus souvent vécu et célébré des services funèbres avant l’ensevelissement du corps ou le dépôt des cendres, devant ou derrière le cercueil. Depuis moins longtemps, puisque de nombreuses Églises ou paroisses protestantes célèbrent au mois de novembre, des cultes pour les familles endeuillées, pour faire mémoire des paroissien·nes décédé·es dans l’année.

Est-ce théologiquement juste ? Est-ce pastoralement utile ? Honnêtement, je n’en sais rien. C’est en tous cas dans l’air du temps. Mais que ça marche ne suffit pas à rendre la pratique légitime. Pour que les pratiques autour de la mort et du deuil soient utiles, il faut que les discours autour de la mort et du deuil soient justes. Il faut au moins annoncer ou rappeler :

  1. Que la mort représente la fin de cette vie.
  2. Qu’il est possible que la mort ne soit pas la fin de toute vie !
  3. Qu’on ne peut plus rien faire pour les personnes mortes sinon se souvenir d’elles !
  4. Que c’est avant de mourir qu’il faut chercher à mener une bonne vie !
  5. Qu’il faut se soucier des personnes vivant·es avant qu’elles meurent.

Sur la mort, on peut aussi lire trois articles de mon blogue:

Penser sa mort

Quel signal routier choisiriez-vous pour signifier ce qu’est la mort pour vous?

L’existence d’une vie après la mort est-elle la position officielle de la République française?

En entendant Emmanuel Macron, le président de la République française, s’adresser à Simone Veil le jour de son enterrement, j’ai gazouillé ceci:


Cinq jours après, j’ajoute sur mon blogue des réflexions qui dépassent 280 signes.

Je sais pertinement que s’adresser à un·e mort·e est une figure de style qui n’engage pas vraiment les croyances de celui ou celle qui l’utilise. Avant Emmanuel Macron, André Malraux, ministre de la culture s’était déjà adressé à un mort dans une formule célèbre: « Entre ici, Jean Moulin! ». Cependant, que le président de la République française utilise une telle formule ne me paraît pas anodin, surtout dans un temps où la République française est soucieuse de s’afficher laïque. Je serais un libre penseur ou un humaniste très matérialiste, je m’offusquerais de cette double confession de foi implicite, qu’il y a une vie après la mort et que les mort·e·s peuvent entendre les vivante·e·s. Par conséquent, il serait bon que les personnes en situation d’autorité prennent la peine de réfléchir aux implications de ce qu’elles disent et de ce qu’elles font. Qu’elles assument ou qu’elles évitent! En cas de besoin, elles peuvent engager des théologiennes et des théologiens pour débusquer les références religieuses dans les discours public et les en purger.

Quant à moi, je me tiens à la disposition du président Macron s’il cherche quelqu’un pour remplir cette fonction.

La tombe de la « FAMILLE DIEU » et la « SÉPULTURE MARIE »

J’aime me promener dans les cimetières. J’y fais souvent des découvertes. Comme cette pierre tombale dans le cimetière de Colombe, en Île de France, et son inscription presqu’effacée, « FAMILLE DIEU ».


Le théologien du quotidien peut en déduire:

  1. Que Dieu existe ou au moins qu’il a existé.
  2. Qu’il a eu une famille.
  3. Qu’il est mort et enterré près de Paris.
  4. Qu’il y a des gens pour entretenir sa tombe.

Ce que le théologien du quotidien ne s’explique pas, c’est qu’il faille traverser l’allée pour trouver la « SÉPULTURE MARIE ». Pourquoi est-elle enterrée à part? Ne fait-elle pas partie de la « FAMILE DIEU »?

Une seule croix à porter

Comme le théologien Gilles Bourquin dans Réformés (le mensuel des Églises reformées de Suisse romande), je trouve libérateur cet appel que les Évangiles mettent dans la bouche de Jésus:

« Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Marc 8, 34

Ça peut sembler lourd mais ça m’allège. Ça m’allège depuis que j’ai compris que je n’ai que ma croix à porter. Rien que ma croix! Pas une autre, pas une de plus! Et maintenant, j’avance. Parfois lentement, parfois en zigzagant, parfois en titubant, mais j’avance.