mort

Livre # 5 le 1er août 2021: « Où cours-tu? Ne sais-tu pas que le monde est en toi? »

Août 2021

Christiane Singer (2001), Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le monde est en toi ? Livre de Poche, 153 pages.

Une citation percutante

« La devise des grandes entreprises de pompes funèbres américaines : “Mourrez et nous ferons le reste” est dans notre société contemporaine transformée en un : “Naissez et nous ferons le reste !” J’entends là un ordre diabolique de dépossession. Voilà ce pacte qu’à un moment donné nous avons conclu : “Tu promets d’oublier que tu es un enfant de Dieu et de devenir un malheureux citoyen ?” “Oui, je promets.” “Tu promets d’oublier que le monde t’a été confié et de sombrer dans une impuissance profonde ?” “Oui, je promets.” “Tu promets de toujours confier à quelqu’un d’autre la responsabilité de ta propre vie, à ton époux, à un professeur, à un prêtre, ou à un médecin ou, en cas d’émancipation ou d’athéisme, à la publicité ou à la mode ?” “Oui, je le jure.” Ce qui a l’air d’une parodie est la réalité de notre existence. La plus grande part de notre énergie, nous l’utilisons pour oublier ce que nous savons. » (p. 58)

Le livre

Le titre du livre vient d’une citation du mystique allemand Angelus Silesius (1624-1677) : « Arrête, où cours-tu donc, le ciel est en toi : et chercher Dieu ailleurs, c’est le manquer toujours », une citation offerte à Christiane Singer par Hildegund Graubner, elle tient à la nommer.

Ce qui forme le livre, c’est la réunion de 14 courts textes écrits ou prononcés par Christiane Singer à diverses occasion et, probablement, à divers moments de son existence. Ce qui forme le livre, c’est une seule conviction : rien ne sert de s’enfuir, il faut faire face, car, pour le meilleur et pour le pire, le monde est en chacun·e de nous, le monde est ce que j’en fais. Voici, en quelque mots, comment l’autrice décline cette conviction.

  1. « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? ». Il convient de dépasser la lamentation et l’indignation pour s’engager dans la transformation : « tout ce que je ne mettrai pas au monde de gratitude et de célébration n’y sera pas. » (p.15)
  2. « Les sens nous livrent le sens ». On ne peut percevoir le monde à travers les écrans. C’est en touchant, c’est en sentant que l’on peut faire l’expérience de Dieu, que l’on peut « naître à ce qui est. » (p.26)
  3. « La traversée de la nuit ». Contrairement à ce que la rationalité veut nous faire croire, le réel est toujours en mouvement, il est toujours fait d’antagonismes : « l’aspect caché/l’aspect visible, le clair/l’obscur, le dedans/le dehors, la vie/la mort. » (p.31)
  4. « Le sens de la vie ». Certes, un mur sépare les mondes visibles et invisibles, mais il suinte le sens comme d’autres murs l’humidité. La vie est un nœud ; comme « tu ne sais jamais à quoi le fil que tu tiens est relié de l’autre côté », il te faut faire de chaque geste, de chaque mot l’instant de ton salut (p.45).
  5. « Les corps conducteurs ». C’est de l’amour qu’il est question ; de l’amour, « notre état naturel » (p.54) ; de l’amour, éros et tendresse ; de l’amour entre quatre êtres irrémédiablement autres : soi-même et la personne qui est aimée, la personne qu’on aime et la personne aimée.
  6. « Parle-moi d’amour ». « Notre ordre social et industriel » (p.61) cherche à éteindre dans les regards des animaux et des enfant les signes de la Présence.
  7. « Histoire d’enfants ». Inspirons-nous des enfants qui sont heureux simplement parce qu’ils sont vivants.
  8. « La mémoire vive ». La mémoire qui fait vivre, c’est celle des cœurs qui continuent de battre et qui « perpétuent le code secret de la résurrection » (p.89) plutôt que celle qui commémore la méchanceté, l’acharnement, la cruauté, la guerre, la haine, ou le matérialsime.
  9. « Utopie ». Je dois me mettre en marche car je peux être le cocréateur du devenir d’un monde de lumière… tout en sachant qu’évidemment, je n’y parviendrai pas.
  10. « Le massacre des innocents ». « Le monde du dehors ne reflète que l’état du monde intérieur. » (p.99)
  11. « La leçon de violon ». Comme le violon permet la musique, la matière permet d’atteindre ce qui est caché, « ce monde vibrant et divin » (p.122) ; l’invisible se rend visible, l’inaudible audible, la non-saveur saveur, l’incaressable tangible.
  12. « Les deux sœurs ». La vie et la mort vont main dans la main ; ainsi la mort « remet la vie en marche » (p.127), m’arrache « ce que je crois posséder » (p.130), « déchire les entraves qui nous empêchent d’aller vers autrui » (p.131).
  13. « Les saisons du corps ». La vie suit toujours son cours ; elle « ne commence de faire mal que si nous ne nous laissons pas porter par son courant » (p.134).
  14. « Un autre monde est possible ». Il n’est pas à chercher vers l’avenir, mais vers l’invisible.

Et le christianisme dans tout cela ? Le livre de Christiane Singer est pétri de références bibliques et théologiques. Parfois explicites, souvent allusives. C’est un livre nourri par une confiance en Dieu ; Dieu qui peut porter d’autres noms, Dieu qui dépasse et déborde largement les bornes que le christianisme veut lui fixer. « Déborde » ou « dévore » comme me l’a suggéré le correcteur d’orthographe, excellent théologien pour me proposer cette image de Dieu qui dévore les limites qu’on prétend lui fixer.

Ce qui peut séduire

Le livre étant déjà ancien et n’ayant figuré que très brièvement parmi les meilleurs ventes sur Amazon.fr, je peux imaginer qu’une occasion spéciale – un groupe de lecture, une formation, etc. – en ont favorisé la vente. Ce qui est une très bonne nouvelle pour un livre aussi important.

Mon avis

(+)

J’aime la manière dont Christiane Singer tisse des liens entre les mondes visibles et invisibles.

J’aime quand elle écrit qu’elle n’a « plus l’ambition d’avoir raison » (p.89), qu’il lui « importe peu de persuader qui que ce soit de quoi que ce soit » (p.90), qu’il « ne s’agit pas d’être effleuré par cette “thèse intéressante” mais d’être atteint dans la chair de sa chair » (p. 101).

J’aime l’impressionnante culture de Christiane Singer, à la fois musicale et littéraire, spirituelle et  philosophique, sa fine connaissance des religions, christianisme, judaïsme, islam, hindouisme et bouddhisme. Une culture non pas livresque, jamais pédante mais qu’elle utilise en cas de nécessité, c’est-à-dire quand la vie et la mort la réclame.

(-)

Je cherche encore les moins !

L’autrice

Dans son texte, j’ai découvert que Christiane Singer est née et a grandi à Marseille ; que son père a vécu à Vienne et qu’il a voulu mourir debout à 93 ans ; qu’elle a une grande sœur ; qu’elle a des fils dont un s’appelle Raphaël ; qu’elle vit à Rastenberg dans une maison avec un tilleul et des vaches, non loin de la tombe de la mère d’Adolf Hitler ; qu’elle soigne et qu’elle intervient dans des séminaires de soignante·es ; qu’elle se sent redevable de l’enseignement du comte von Durkhiem, un personnage complexe dont il vaut la peine de lire la biographie, par exemple sur Wikipedia.

La notice biographique m’a en outre appris qu’elle est née en 1943, qu’elle a enseigné à l’université et qu’elle est morte à Vienne en 2007. L’encyclopédie Wikipedia lui consacre une courte notice : « Christiane Singer ».

La maison d’édition

Le livre a d’abord paru aux éditions Albin Michel, dans le département « Spiritualités ». C’est la version « de poche » qui figure en tête du palmarès des ventes. Je n’ai pas grand chose à écrire sur Le Livre de Poche, sinon à rappeler que la maison d’édition republie en petit format et à moindre prix des livres à succès.


Ouvrages déjà traités:

Pour une mort qui n’est pas escamotée, visionnez « Death, Through a Nurse’s Eyes »!

Je reviens un instant sur l’éventualité d’une mort escamotée par les médias (voir mon article La mort escamotée?). Ce matin, Nicolas Demorand, coanimateur du 7-9 sur France Inter, signalait un court documentaire mis en ligne sur la page Opinion du New York Times:

Sockton, A., & King, L. (2021, février 24). Death, Through a Nurse’s Eyes. In Opinion Video. The New York Times. https://www.nytimes.com/2021/02/24/opinion/covid-icu-nurses-arizona.html

« The short film above allows you to experience the brutality of the pandemic from the perspective of nurses inside a Covid-19 intensive care unit. »
« Le court métrage ci-dessus vous permet de faire l’expérience de la brutalité de la pandémie, du point de vue des infirmières dans une unité de soins intensifs COVID-19 »

Mêlant des images filmées par une caméra fixée sur le ventre d’infirmières, les témoignage de ces mêmes infirmières et le récit d’un narrateur, cette courte vidéo (15 min. et 10 sec.) fait voir et entendre les derniers moments des malades et les soins qui leur sont prodigués.

Elle permet de partager les derniers moments des malades et l’engagement des soignantes.

Elle permet de comprendre ce que signifie mourir, mourir de la COVID-19 et mourir loin de sa famille – qui ne peut être présente qu’en visioconférence -, et sans les rites auquel on tient – le sacrement des malades est administré seulement par téléphone -.

La mort escamotée?

Laure Dasinières, journaliste pour Heidi.News (lire son article : Pourquoi la mort a disparu à la faveur de l’épidémie de Covid-19), me suggère une hypothèse : « En période de COVID-19, la mort et ses représentations seraient escamotées dans l’espace public et dans les médias ». Pas entièrement convaincu, je la mets à l’épreuve de quelques faits, pour voir si elle leur résiste.

La mort escamotée dans l’espace privé ?

Mais je commence par rappeler que la pandémie a forcé beaucoup d’entre nous à se confronter à la mort d’un·e proche, même si certaines morts ont été effectivement escamotées par l’impossibilité d’accompagner les mourant·es dans leurs derniers instants ou de prendre soin de leur cadavre.

La mort escamotée dans l’espace public ?

Il est vrai que les limites imposées, en particulier celles du nombre de participant·es aux funérailles ont pu rendre la mort plus abstraite. Car depuis un an, nous avons fréquenté moins de cimetières, vu moins de cadavres, moins de cercueils et moins d’urnes, réconforté moins de proches en pleurs, entendu moins de rappel de notre vulnérabilité. Et nous avons parfois dû participer à des obsèques à distance ce qui a limité les perceptions à la vue et à l’ouïe, ce qui a réduit notre émotion et peut-être escamoté un peu de la réalité de la mort.

Il est aussi vrai que les diverses variantes de confinements, la fermeture de commerces et l’obligation de faire des activités à distance ont pu conduire à relativiser l’importance de la mort. Pour certain·es, la mort physique est un moindre mal par rapport à l’impossibilité de travailler, de vivre des rapports sociaux et même de consommer. Le christianisme a pu contribuer à relativiser la mort au nom de l’espérance d’une vie après la mort garantie par la résurrection du Christ.

La mort escamotée dans les médias ?

Loin d’escamoter la mort, les médias l’ont littéralement mise « à la une » ! Pudiquement certes, mais ils l’ont fait. Que ce soit pour indiquer l’ampleur du drame, pour dresser le bilan quotidien du nombre de décès ou pour marquer des seuils symboliques. Mais il est vrai que la répétition du nombre des décès crée sans doute une certaine accoutumance à la mort et tend à la banaliser, si ce n’est à l’escamoter. J’en donne trois exemples récents :

L’Express: Un cimetière portugais débordé par les mort·es de la COVID-19.
Une du Temps avec l'indication du nombre de mort de la COVID-19
Le Temps: Bilan quotidien des décès dus à la COVID-19 en Suisse.
Une du New York Times comémmorant 500'000 mort·es de la Covid-19
New York Times: Symbolisation des 500’000 mort·es de la COVID-19 aux USA.

L’hypothèse d’une mort escamotée résiste-t-elle à l’épreuve de la réalité ?

L’hypothèse « En période de COVID-19, la mort et ses représentations seraient escamotées dans l’espace public et dans les médias » ne résiste qu’à moitié à la mise à l’épreuve de la réalité. Il est vrai que la mort a pu être escamotée dans l’espace public. Mais il est faux qu’elle l’ait été dans les médias.

Si la mort était escamotée serait-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

Il me reste encore une dernière mise à l’épreuve de l’hypothèse, une mise à l’épreuve subjective cette fois, une mise à l’épreuve qui implique le sujet que je suis. Elle n’y résiste pas. Que la mort soit escamotée peut être rassurant, agréable, réconfortant. Mais c’est illusoire et trompeur. Car ce n’est évidemment jamais la mort qui est escamotée, mais seulement sa représentation publique et médiatique. Tant qu’il y a des mort·es, tant que la mort est présente dans les espaces intimes et privés, il faut qu’elle le soit aussi dans l’espace public et dans les médias. Il faut la présenter et la représenter pour rappeler sa mortalité à qui se croit immortel. Il faut la présenter et la représenter pour rappeler sa cruauté à qui a l’espoir de la résurrection. Il faut la présenter et la représenter pour rappeler combien la vie peut valoir la peine d’être vécue, combien il est nécessaire de la protéger.


Sur la mort et le mourir, on peut aussi lire sur mon blogue:

Dernier repas: manger ou être mangé·e?

« Qu’aimeriez-vous manger pour votre dernier repas? » Question incongrue parce qu’elle nous met face à notre mort. Mais question nécessaire parce qu’elle nous confronte à nos limites. Dans une démarche existentielle qui emprunte à la chanson francophone, le théologien Olivier Bauer n’y répond qu’à peu près.

Dans le cadre des Foodculture days, prévus à Vevey en novembre 2020, mais qui se sont tenus virtuellement, le Service Culture et Médiation Scientifique de l’Université de Lausanne m’a invité à présenter mes réflexions sur les derniers repas. J’ai créé un balado, diffusé sur radio 40 le 28 novembre 2020 et que je mets à votre disposition.

Références:

  • Bauer, O. (2015). Liminaire : Le dernier repas. Théologiques, 23 (1), 7-13.
  • Blixen, K. (2008). Le festin de Babette et autres comtes (A. Gnaedig & M. Metzger, Trad.); Gallimard.
  • Brel, J. (1964). Le dernier repas : Vol. Infiniment [enregistré par J. Brel]. Universal Music Division Barclay.
  • Dürrenmatt, F. (2005). La panne : Une histoire encore possible (A. Guerne, Trad.). Librairie générale française.
  • Ferland, J.-P., & Robinoux, M. (2004). Le chat du Café des artistes : Vol. Le Petit Roi [enregistré par L. De La Rochelière]. GSI Musique/DEP.
  • Ferreri, M., Azcona, R., Blanche, F., Rassam, J.-P., & Sarde, P. (2006). La grande bouffe [Enregistrement vidéo]. Roissy Films: INA.
  • Les sons proviennent de la banque de son https://lasonotheque.org.
  • Le titre a été enregistré par Patricia Bauer.

Un certain retour des mort·es II (pour les spécialistes)

Autour de la théologie et des pratiques protestantes autour de la mort et des mort·es (voir mon article « Un certain retour des mort·es »), j’ai oublié d’écrire que le protestantisme envisage lui aussi la possibilité de faire quelque chose pour les mort·es après leur mort ! J’en trouve l’expression pratique dans les liturgies protestantes des services funèbres qui prévoient une « remise du défunt », formulée par exemple dans ces termes :

« Remise du défunt ».« Pour remettre un défunt à Dieu »
« Seigneur, Dieu notre Père, toute notre espérance est en toi. C’est pourquoi nous te remettons N. [Tu connais sa foi.] Pardonne-lui toute faute, car tu es bon et tu aimes les hommes, et accueille-le/la auprès de toi dans l’attente de la résurrection. »« Dieu le Père t’a créé(e) à son image, Dieu le Fils t’a sauvé(e) par sa mort et sa résurrection, Dieu le Saint-Esprit t’a appelé(e) à la vie et t’a sanctifié(e). Que le Dieu de toute grâce te conduise à travers les ténèbres de la mort, qu’il te fasse miséricorde au jour du jugement et t’accorde la vie éternelle. Repose en paix. »
Liturgie des services funèbres selon les projets de 1993 et 1995 de la Communauté de travail des Commissions romandes de liturgieLe service funèbre. Églises luthériennes en France, Commission de Liturgie des Églises luthériennes en France, 1999

Mais que se passe-t-il alors si la personne défunte n’est pas remise ou mal remise à Dieu ? Dieu ne l’accueillerait-elle pas ? À mon avis, vouloir remettre le défunt à Dieu est une prétention illégitime. Les liturgies qui l’incluent ont tort. Elles ne devraient pas maintenir l’illusion que nous pourrions faire quelque chose pour les mort·es. Il faut les changer.

Pour une pratique plus protestante des services funèbres (ce qui signifie évidemment « plus conforme à ma théologie protestante »), on peut par exemple privilégier la liturgie de l’Église protestante unie de France dont le titre dit l’intention : Annonce de [la] Résurrection à l’occasion d’un décès [deuil] (disponible en libre accès sur le site de l’EPUdF). Elle aide les êtres humains à vivre leur deuil tout en laissant à Dieu le soin des mort·es.

Un certain retour des mort·es

Entraîné par le moment — Halloween, fête des Morts et Toussaint — je suis plus sensible à l’attention particulière portée à la mort et aux mort·es. Et je constate un certain retour de la mort et des mort·es dans les pratiques protestantes.

Or, traditionnellement, la théologie protestante sépare la vie et la mort. Elle affirme :

« Quand on est mort, on est mort. Tout se joue durant la vie. Chacun·e est responsable de son existence. On ne peut plus rien pour les personnes décédées. Il ne sert à rien de prier pour les mort·es, à rien de se faire baptiser en leur nom. Au cas où il y aurait quelque chose après la mort ou des quelques choses différents, qu’on en profite ou pas, qu’on soit récompensé ou puni, tout cela sera décidé au moment où l’on meurt. »

Dans la pratique, adoucissant l’ordre radical attribué à Jésus — « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t’en annoncer le règne de Dieu » (évangile de Luc, chapitre 9, verset 60) —, certaines Églises protestantes enterraient les mort·es au cimetière (parfois dans des « cimetières protestants » quand les catholiques refusaient d’enterrer des « hérétiques » dans la « terre sainte » des leurs). Cela fait, elles célébraient un culte avec les endeuillé·es pour remercier Dieu d’être vivant·e et pour rappeler à chacun·e son devoir de faire de sa vie une vie bonne et une vie belle.

Mais la pratique protestante a changé. Depuis longtemps, puisque j’ai le plus souvent vécu et célébré des services funèbres avant l’ensevelissement du corps ou le dépôt des cendres, devant ou derrière le cercueil. Depuis moins longtemps, puisque de nombreuses Églises ou paroisses protestantes célèbrent au mois de novembre, des cultes pour les familles endeuillées, pour faire mémoire des paroissien·nes décédé·es dans l’année.

Est-ce théologiquement juste ? Est-ce pastoralement utile ? Honnêtement, je n’en sais rien. C’est en tous cas dans l’air du temps. Mais que ça marche ne suffit pas à rendre la pratique légitime. Pour que les pratiques autour de la mort et du deuil soient utiles, il faut que les discours autour de la mort et du deuil soient justes. Il faut au moins annoncer ou rappeler :

  1. Que la mort représente la fin de cette vie.
  2. Qu’il est possible que la mort ne soit pas la fin de toute vie !
  3. Qu’on ne peut plus rien faire pour les personnes mortes sinon se souvenir d’elles !
  4. Que c’est avant de mourir qu’il faut chercher à mener une bonne vie !
  5. Qu’il faut se soucier des personnes vivant·es avant qu’elles meurent.

Sur la mort, on peut aussi lire trois articles de mon blogue: