Auteur : Olivier Bauer

Olivier Bauer est professeur ordinaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Lausanne.

Le Christ guérit-il tou·tes les malades?

Dans un colloque autour de la bénédiction, une jeune théologienne malgache propose de discuter une citation expliquant à la fois la possibilité du miracle et le fait qu’il n’arrive pas toujours:

« Le Christ guérit toutes les maladies, il ne guérit pas tous les malades. »

La citation me relève d’un processus d’immunisation, car elle empêche toute critique. Elle attribue une puissance absolue au Christ, tout en justifiant que des êtres humains continuent de souffrir. Mais elle ne répond pas aux questions fondamentales: Pourquoi le Christ ne guérit-il pas tou·tes les malades? Ou comment choisit-il les malades qu’il veut bien guérir?

Après réflexion, il m’est apparu qu’il vaudrait mieux reformuler la citation ainsi:

« Le Christ soigne tout·es les malades, ce qui ne signifie pas que toutes les maladies soient guéries. »

Est-ce dans le ventre que réside l’âme?

(Presque) tout au fond de la vallée de la Roya se trouve le gros village de La Brigue (voir sa page sur Wikipedia), près duquel se trouve une chapelle appelée Notre-Dame des Fontaines, dans laquelle on trouve de magnifiques fresques peintes par Jean Canavesio à la fin du 15e siècle; une inscription les date précisément du 12 octobre 1492, soit le jour même où Christophe Colomb débarque sur une île des Bahamas (voir la présentation de la chapelle sur le site de l’office de tourisme).

L’une de ces fresques représente la mort de Judas. Elle a tout pour faire peur et pour dissuader chacun·e de mentir, de trahir et de tromper!

« Judas scariotes ». Fresque de la chapelle Notre-Dame des Fontaines à la Brigue (Alpes maritimes, France)

Ce qui m’a particulièrement frappé sur cette œuvre d’art, c’est le petit homme que le diable tire du ventre de Judas. Cet homunculus m’a tout l’air d’être l’âme de Judas, son double miniature, son « mini me ». Je savais que nous avions un deuxième cerveau dans l’estomac. Je sais maintenant que s’y trouve aussi notre âme. Ce qui donne un nouveau sens à des expressions comme « on est ce que l’on mange » ou « tout ce qui entre fait ventre ».

J’ajoute la description de l’image par Paul Roque:

« Judas, pris de remords, s’est pendu à un arbre. Cheveux et barbe hirsutes, yeux exorbités ; la bouche crispée dans un dernier rictus laisse passer la langue.
Sous le choc de la pendaison, son ventre s’est déchiré (il “a éclaté par le milieu et toutes ses entrailles se sont répandues” [Actes I, 16-17]) de même que sa robe, et par l’ouverture béante pendent les viscères : intestins, estomac, foie, cœur et poumons sont visibles dans la cage thoracique. Leur représentation est très approximative — du point de vue anatomique ! Un démon ailé, noir, cornu et griffu extrait son âme de la tripaille pendante — et non de la bouche. Au sol, une inscription : Judas scariotes.
On remarque le dessin d’une figure sur l’arrière-train du diable — représentation courante, qui signifie que “les damnés ont déplacé le siège de leur intelligence, et mis l’âme au service des bas appétits”. Le corps de Judas pend à la branche d’un arbre [un olivier ?] devant un mur de pierres régulières ; cet arbre est planté de l’autre côté du même mur où s’étend un paysage simple, colline et autres arbres…
Canavesio a-t-il voulu donner à ce mur un sens symbolique : celui de la séparation entre le monde profane, le monde du visible, mais aussi du mensonge, de la trahison, et le monde sacré, le monde de l’invisible aux yeux, de l’harmonie. Des justes ?… Où vit l’olivier, arbre de la paix. »

Roque, Paul. Notre-Dame des Fontaines. La Brigue. 2e éd. L’Ancre Solaire. L’essentiel du sujet. Nice : Serre, 2018, p.31


Mon programme de novembre: alimentation et bénédiction

Ma théologie vous intéresse? Voici trois activités auxquelles je participe ou que j’organise en ce mois de novembre. Si vous êtes ou venez à Genève ou Lausanne, vous êtes les bienvenu·es.

Affiche des 30 ans de la Plateforme interreligieuse de Genève

« Religions et alimentation – se comprendre autour du repas »

Dimanche 6 novembre 2022, 10h45 à Genève pour les 30 ans de la Plateforme interreligieuse de Genève

Programme détaillé sur le site de la Plateforme interreligieuse de Genève.

Affiche du colloque universitiare Extravagantes bénédictions

« Extravagants bénédictions? Expériences et pratiques concrètes d’accompagnement nuptial de personnes LGBTQI+ en et hors Églises »

Jeudi 17 novembre 2022, de 13h15 à 18h00 à l’Université de Lausanne

Coorganisé par l’Institut lémanique de théologie pratique et la Société vaudoise de théologie.

Plus de renseignements sur le site de la Société vaudoise de théologie.

Affiche du colloque universitaire Qu'espère-t-on de la bénédiction?

« Qu’espère-t-on de la bénédiction ? Entre promesse et superstition ».

Vendredi 18 novembre 2022 de 9h15 à 17h00 à l’Université de Lausanne

Coorganisé par l’Institut lémanique de théologie pratique, l’Office protestant de formation et la revue Vie & Liturgie.

Plus de renseignements et inscriptions sur le site de l’Office protestant de formation.

Éclipse ou hostie?

Vu dans l’église catholique de Saint-Mandrier-sur-Mer (Var, France), cette étonnante décoration.

Non il ne s’agit pas d’une éclipse de la divine lumière, mais d’une hostie qui rayonne de cette même lumière divine.

J’allais titre mon billet « Quand le un·e sage [corrigé le 28.10] montre Jésus du doigt, l’idiot·e regarde l’hostie ». Mais ce ne serait pas du tout aimable pour mes frères et sœurs catholiques.

Ne pas lire mon blogue; des raisons proposées par des personnes rempli·es de l’amour de Dieu

Mon billet «Vers un “Notre Père-Mère” plus inclusif : 2 propositions» et ma tribune dans La Croix «Pour un Notre Père plus inclusif» m’ont valu une avalanche de commentaires souvent très désobligeants (on peut les lire à la suite du billet). Ils m’ont aussi valu quelques billets de blogues du même acabits. J’en ai repéré trois particulièrement intéressants.

  • Le site ripostecatholique.fr (le nom donne une indication sur ses convictions) pratique l’ironie en évoquant une transformation de l’Ave Maria «Priez pour nous pauvres pécheresses». J’en profite pour répondre à la question: « Le plus vite possible. »
  • Sur l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires (il les repère pour les dénoncer), Guillaume Pronesti consacre un long article en cinq points et une caricature — «Théologien “inclusif”, ou le Cuistre en croix» — pour dénoncer en bloc et de manière détaillée tout mon blogue, toute ma théologie, tout mon protestantisme, tout mon enseignement et toute ma vie spirituelle. Si vous n’aimez pas mon blogue, vous y trouverez des arguments confirmant que vous avez raison. Et si vous aimez mon blogue, je vous recommande de le lire attentivement pour développer votre esprit critique.
  • Sur Causeur.fr, Étienne Moreau me classe parmi les « Certains théologiens [qui] ont décidé de rompre avec la tradition chrétienne et de s’attaquer au “patriarche” suprême en réécrivant la prière fondamentale des fidèles, “Notre Père”. » Je n’ai pas pu lire l’article qui est réservé aux abonnés, mais j’ai apprécié le titre: « Pauvre prêcheur« . [ajout le 2 novembre]

La plupart des commentaires viennent de personnes qui s’affirment chrétiennes et qui les font au nom de la foi chrétienne. J’espère au moins que dire du mal leur fait du bien.

Suisse et/ou végane (buffet-conférence alimentation & spiritualité n° 3)

En septembre-octobre 2022, je donne quatre « buffet-conférences » à l’Espace Madeleine à Genève. Voici le troisème en image commentée.

Cliquer sur l’image pour l’agrandir. © Olivier Bauer 10/2022

Merci à Silvia pour la cuisine!