Auteur : Olivier Bauer

Olivier Bauer est professeur ordinaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Lausanne.

Dieu est un·e fromager·ère

Aux pasteures, diacres et prédicatrices laïques (à propos du féminin, découvrir le projet « Helvetia prêche! ») qui préparent une prédication ou un message pour la fête nationale suisse du 1er août, je propose d’évoquer Dieu comme la grande fromagère ou le grand fromager, à partir de cette question que Job lui pose:

« Ne m’as-tu pas coulé comme du lait, puis fait cailler comme du fromage ? » La Bible juive, livre de Job, chapitre 10, verset 10

Formulation étonnante, mais beau témoignage de ce qu’un être humain doit à Dieu. Nous lui devons tout, comme le fromage doit tout à la fromagère, tout au fromager. Mais nous, nous pouvons demander des comptes à qui nous a créé·es, ce qu’aucun fromage ne peut faire.


Post-scriptum: Si vous vous inspirez ou vous êtes déjà inspiré·e de ce verset, je serais curieux de savoir ce que vous avez dit ou écrit. Vous pouvez utiliser l’outil « Commentaire » pour me le partager.

Gastronomie spirituelle. 10 commandements pour les gourmet·tes.

Si la théologie et la pastorale était de la cuisine, voici les 10 commandements que je donnerais aux gourmet·tes (si le mot « gourmette » n’existait pas encore dans ce sens, je viens de l’inventer).

  1. Mangez quand vous avez faim !
  2. Privilégiez la qualité à la quantité !
  3. Réclamez si le repas n’est pas bon !
  4. Sachez distinguer ce qui n’est pas bon de ce que vous n’aimez pas !
  5. Ne vous laissez pas duper par les artifices !
  6. Apprenez à comprendre ce que vous mangez !
  7. Abusez si c’est trop bon !
  8. Osez découvrir de nouveaux goûts !
  9. Partez à la découverte d’autres cuisines et d’autres chef·fes !
  10. Mettez-vous au fourneau, devenez chef·fe !

Hier: Cuisine spirituelle. 10 commandements pour les chef·fes.

De l’Évangile dans le rugby

Regardez cette brève séquence d’une rencontre de rugby à 7 aux Jeux Olympiques de Tokyo! Elle oppose les Fidji à la Grande-Bretagne. Les Fidjiens marquent un essai et remportent le match. Et retrouvez les trois moments évangéliques:

Fidji-Grande-Bretagne, Tokyo 27 juillet 2021
  1. Le numéro 13 fidjien pourrait marquer l’essai, il préfère l’offrir au numéro 11.
  2. C’est en dessinant une croix que le numéro 11 Aminiasi Tuimaba marque son essai.
  3. Il lève ensuite les yeux au ciel pour remercier Dieu.

Cuisine spirituelle. 10 commandements pour les chef·fes.

Si la théologie et la pastorale était de la cuisine, voici les 10 commandements que je donnerais aux chef·fes.

  1. Faites une cuisine digeste !
  2. Reprenez ce que la tradition a de bon !
  3. N’hésitez pas à mettre du vôtre !
  4. Cuisinez un peu pour vous et beaucoup pour les autres !
  5. Cherchez plus souvent à nourrir qu’à éblouir !
  6. Faites plaisir !
  7. Variez vos plats !
  8. Proposez une cuisine fusion !
  9. Goûtez la cuisine de vos collègues… et de vos concurent·es !
  10. Partagez vos secrets !

Demain: Gastronomie spirituelle: 10 commandements pour les gourmet·tes.

Livre # 1 le 1er juillet 2021 : « Que ton règne vienne : les ennemis du Royaume »

Juillet 2021

Gregory Toussaint (2021), Que ton règne vienne, volume 3 : Les ennemis du Royaume. Pastor G Library, édition numérique, 199 pages.

Une citation percutante

« Lorsque nous tenons compte de ce contexte, les premiers versets de la Genèse deviennent plus intelligibles pour nous. Nous comprenons maintenant pourquoi la terre était « informe et vide », décrivant un état de «désolation». Le Dieu parfait ne l’a pas créé dans cet état. La terre originelle a été parfaitement créée. C’est la chute de Lucifer et son jugement consécutif qui ont transformé la terre en un tohu-bohu. De même, les ténèbres, pour lesquelles nous n’avions aucune explication dans la Genèse, en ont maintenant une. Elles ont également fait partie du jugement qui s’est abattu sur le royaume. » (1er septembre)

Le livre

Comme son titre l’indique, l’ouvrage est le troisième tome d’une série qui devrait logiquement en compter quatre. Il est publié simultanément en français et en anglais.

Organisé en réflexions journalières, il conduit du 1er juillet au 30 septembre. Chaque jour,, il propose une réflexion, une prière, une « application » – c’est-à-dire une question à laquelle répondre, un engagement à prendre ou une réflexion à mener – et l’indication des livres bibliques à lire en ce jour pour pouvoir lire « la Bible en un an ». Un lien pernet de soumettre en deux clics une « dévotion » ou une « prière » à Tabernacle of Glory, l’Église de Gregory Toussaint.

L’objectif du livre est donné à la fin :

« Apprenons comment nous pouvons être de bons citoyens du Royaume Céleste, et comment nous pouvons lui être utiles dès maintenant et pour l’éternité. (Épilogue)

Je reconstruis ainsi le contenu du livre.

1er-8 juillet : la thèse de Gregory Toussaint. La création racontée au début du livre de la Genèse n’est pas la première, mais la deuxième création ; le commencement est en fait un recommencement ; Dieu recrée une nouvelle terre à partir d’une « terre informe et vide ». Et si Dieu a dû créer une seconde terre, c’est que Lucifer ou Satan (qui forment une seule entité avec tout ce que la Bible juge mauvais : le serpent, le dragon, le Léviathan, Judas, etc.) s’était emparé de la première.

9-22 juillet : Qui est Lucifer ? Comme celui-ci se cache derrière des personnes, il est possible de lui attribuer ce que la Bible dit de Satan ou du diable, mais aussi – et l’auteur s’en inspire beaucoup – les reproches adressés aux rois de Tyr (livre d’Ézéchiel, chapitre 28) ou de Babylone (livre de Jérémie, chapitre 14). Il est un ange, créé par Dieu parfait, intelligent, beau, musical, puissant. Il était roi sur la Terre et comme prêtre, il « échangeait les bénédictions de Dieu contre l’adoration ». (22 juillet)

23 juillet-7 août : Lucifer se rebelle. Par orgueil, il veut s’emparer du royaume de Dieu. « Mais il s’est lourdement trompé ! » (31 juillet)

8-15 août : Dieu le punit. Il détruit son Royaume, rend la terre informe par un tremblement de terre, vide et obscure ; elle est inondée, les anges sont déchus.


16-30 août : Lucifer fonde son royaume sur la Terre. Il utilise le Léviathan, « serpent tortueux et orgueilleux », Rahab, « la grande prostituée » et le Béhémoth, « taureau satanique » qui vivent dans l’abîme ; il  confie des pouvoirs et des fonctions aux « anges déchus », aux « âmes déchues » et aux « hommes déchus ».

La Terre, et l’abîme dans lequel se trouve le Léviathan, le Béhémoth et Rahab
Les démons dans le Royaume de Satan: anges déchus, âmes déchues et hommes déchus

1er-6 septembre : Dieu « subjugue Satan » et assujettit le Léviathan (l’orgueil), Rahab (la luxure) et le Béhémoth (la cupidité). Il limite le Léviathan à la mer et à la nuit. Il limite Satan à régner sur les lieux arides et les montagnes.

7-13 septembre : Dieu crée Adam en tant que fils, que roi et que prêtre. Il lui confie la garde du jardin, la responsabilité de l’étendre et le pouvoir d’assujettir la terre.

14-18 septembre : Satan contre-attaque. Il suscite chez Adam et Ève – c’est la seule mention d’Ève – la convoitise de la chair (« satisfaire nos désirs légitimes et illégitimes »), des yeux (« l’avidité ou la cupidité ») et de la vie (l’orgueil, « être indépendant de Dieu »).

19-29 septembre : Adam trahit et Satan reprend le pouvoir. « Le jour où Adam a péché, il a remis le royaume à Satan » (20 septembre). Adam connaît alors la mort, la guerre, la pauvreté, les catastrophes naturelles et la maladie.

30 septembre. Gregory Toussaint finit son ouvrage par une promesse : « La postérité de la femme vaincra ».

Ce qui peut séduire

Depuis septembre 2020, c’est déjà le troisième « meilleur vendeur » rédigé pour une lecture quotidienne ; c’est sans doute que cette manière de faire plaît.

Paru à la fin du mois de juin, l’ouvrage était à acheter avant le 1er juillet… ou alors l’année prochaine… ou encore l’année suivante.

Comme le pasteur Grégory est une entreprise d’évangélisation – il dirige une grande Église haïtienne à Miami et possède une station de radio – j’imagine que ses fidèles achètent aussi ses livres. Et qu’il les incite à le faire !

Mon avis

Les +

  • J’ai apprécié la forme concise et pratique du livre. L’auteur va à l’essentiel ; il découpe son message en courte séquence pour proposer chaque jour une idée théologique ; il propose à la lectrice ou au lecteur de l’appliquer dans sa vie concrète. Faire figurer, jour après jour, un lien vers l’Église Tabernacle of Glory permet de mettre en réseau les différentes activité du pasteur Grégory Toussaint.
  • Théologiquement, j’ai par exemple apprécié qu’il élargisse la fécondité (Soyez féconds ! » Genèse 1,28 ) par-delà la procréation (12 septembre).

Les –

  • J’ai trouvé difficile d’entrer dans la pensée de l’auteur. Assumant ma théologie universitaire – ce qui, je le sais, la rend suspecte pour certain·es –, je ne parviens pas à considérer que tous les livres de la Bible disent la même chose et que n’importe lequel d’entre eux permet d’expliquer n’importe quel autre. Quand je pense qu’ils ont été écrits sur presque mille ans – environ entre -800 et +100 – et quand je réalise ce qu’on pensait en 1021 et ce qu’on pense aujourd’hui, je me dis que la pensée a forcément considérablement évolué entre les récits bibliques les plus anciens et les plus récents. Alors non, « Lucifer » n’est pas la même chose que « Satan » ; non, ce qui est attribué au roi de Tyr ne les concernent pas, au moins pas directement ; et non, l’auteur·e de la Genèse ne connaissait pas l’Apocalypse (mais l’auteur·e de l’Apocalypse connaissait la Genèse et il a pu s’en inspirer).
  • Au-delà des questions théologiques, j’ai été fortement dérangé par deux affirmations de Grégory Toussaint :
    • Alors que dans tout son livre, il dénonce l’orgueil de Lucifer qui cherche à prendre la place de Dieu, comment peut-il confondre l’autorité de Dieu et celle des dirigeants d’une Église ? Il écrit : « Vous arrive-t-il de remettre en question la décision d’un leader ou d’une personne en autorité et de dire du mal d’eux ? Si c’est le cas, vous avez peut-être la semence de la rébellion dans votre cœur. Priez pour que Dieu la déracine et la remplace par son Esprit » (27 juillet). Pour ma part, je demanderais plutôt à Dieu de donner à chacun·e la sagesse et le courage de remettre en question les mauvaises décisions, même si elles sont celles des pasteur·es… et de donner aux pasteur·es l’humilité d’accepter les critiques.
    • Dans un impératif très catégorique, Grégory Toussaint affirme : « Tout ce que vous touchez doit prospérer » (26 septembre). Et si ce n’est pas le cas ? Éternel reproche à cette exigence de prospérité, quel est l’impact d’une telle exigence sur celles et ceux qui malgré toute leur foi ne prospèrent pas ? Éternelle conséquence, elle ajoute à la pauvreté le poids de la culpabilité : Dieu fait prospérer ses enfants ; je ne prospère pas ; donc je ne suis pas un enfant de Dieu. Mais dans la théologie de Grégory Toussaint, il suffit de dire pour que les choses soient, d’où l’usage de performatifs, avec toute l’autorité pastorale – « Je déclare que Celui qui est capable de vous empêcher de trébucher gardera votre foi forte! » (7 juillet) – ou à titre personnel : « Je proclame ma guérison » (29 septembre).
  • La forme du livre est un peu bâclée. La mise en page et minimale, il manque des références, il reste des erreurs et des coquilles, etc.

L’auteur

Une biographie de l’auteur figure à la fin de l’ouvrage ; Grégory Toussaint y souligne ses succès :

« Gregory Toussaint est le pasteur titulaire du Tabernacle de Gloire à Miami. Cette église, qui compte plus de 12 campus dans différentes villes du monde. Pasteur Greg est connu pour être un talentueux enseignant et il prêche chaque semaine en quatre langues, le créole, l’anglais, le français et l’espagnol. Il est également un écrivain prolifique qui a produit plus de 30 ouvrages. Dix d’entre eux ont été des livres à succès sur Amazon. Gregory Toussaint est également un évangéliste qui organise des conférences et des croisades à grande échelle dans différentes parties du monde. Il agit puissamment dans le surnaturel, en particulier dans les domaines de la guérison, de la délivrance et du prophétique. Pasteur Toussaint est également impliqué dans l’humanitaire en Haïti, en République Dominicaine et au Ghana. Il est diplômé en commerce, en droit et en théologie. Il est marié à Patricia Toussaint et a deux enfants. Son but dans la vie est de montrer la gloire de Dieu partout où il va. »

La maison d’édition

Pastor G Library est la maison d’édition des livres de Grégory Toussaint et d’eux seulement. On trouve quelques titres sur ce site Internet.


Ouvrages déjà traités:

Aider saint Augustin à se montrer moins sexiste !

Cette année, ma lecture d’été, c’est la Cité de Dieu d’Augustin (1308 pages dans l’édition de la Pléiade ! Heureusement que l’été est long).

Le théologien chrétien nord-africain (il vivait à Hippone, actuellement Annaba en Algérie) consacre ses premiers « Livres » à dénigrer une religion romaine traditionnelle qu’il juge absurde. Il y pose une question ironique qui a déclenché mon avertisseur de sexisme (celui-ci devient de plus en plus sensible).

« À moins qu’il ne soit licite pour les dieux de coucher avec des femmes, et illicite pour les hommes d’en faire autant avec des déesses ? » Augustin, La Cité de Dieu, livre III, III. Gallimard, La Pléiade 2015, p. 93

La question est sexiste à deux niveaux. Augustin dénonce un premier sexisme, une conception sexiste de la religion où l’accouplement d’un dieu avec une femme est permis, tandis que l’accouplement d’une déesse avec un homme est interdit. Mais la dénonciation d’Augustin est elle-même sexiste, puis ce sont toujours les mâles, dieux ou hommes, qui couchent avec des femelles, femmes ou déesses. Pour respecter l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi qu’entre les déesses et les dieux, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les dieux de coucher avec des femmes, et illicite pour les déesses d’en faire autant avec des hommes ? »

Mais la question telle qu’Augustin la formule donne aux dieux et aux hommes une liberté de coucher, qu’il refuse au déesses et aux femmes. Pour donner la même liberté aux femmes et aux hommes, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les femmes de coucher avec des dieux, et illicite pour les hommes de coucher avec des déesses ? ».

Mais ainsi corrigée, la question pose encore un problème d’inclusivité. Car elle n’évoque que des relations hétérosexuelles : les femmes ne peuvent coucher qu’avec les dieux, les hommes seulement avec les déesses. Mais les préférences sexuelles étant diverses, il aurait fallu écrire : « À moins qu’il ne soit licite pour les femmes de coucher avec des déesses et des dieux, et illicite pour les hommes de coucher avec des déesses et des dieux ? ».

Mais même reformulée ainsi, la question n’inclut toujours pas qui ne se reconnaît ni dans « les femmes » ni dans « les hommes » (et ni dans « les déesses » ni dans « les dieux », ce qui me semble un problème moins important). Là, j’avoue mes limites et je vous laisse me faire des propositions.

Évidemment, pour Augustin la question n’est que rhétorique puisque la théologie chrétienne ne conçoit pas qu’un être humain puisse coucher avec Dieu et qu’elle ne reconnaît pas de déesse. Cependant, par honnêteté intellectuelle, il faut quand-même rappeler (et Augustin le fait) que la Bible juive raconte comment les fils des dieux ont couché avec les filles des êtres humains (sexisme un jour, sexisme toujours) pour engendrer des géants :

« Quand les êtres humains commencèrent à se multiplier sur la terre et que des filles leur naquirent, les fils des dieux constatèrent que ces filles étaient bien jolies, et ils en choisirent pour les épouser. Alors le Seigneur se dit : “Je ne peux pas laisser indéfiniment mon souffle de vie aux humains ; ils ne sont après tout que des êtres mortels. Désormais ils ne vivront pas plus de 120 ans.” C’était l’époque où il y avait des géants sur la terre – il en resta même plus tard. Ceux-ci étaient les héros de l’Antiquité, aux noms célèbres ; ils étaient nés de l’union des fils des dieux avec les filles des êtres humains. » La Bible, livre de la Genèse, chapitre 6, versets 1 à 4 (traduction de la Nouvelle Bible en français courant)


Correction le 10 juillet 2021 selon le commentaire de Laurence Feller: Hippone se situe dans l’actuelle Algérie et non pas en Tunisie.