cène

« Jolie bouteille, sacrée bouteille »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


6. « Jolie bouteille, sacrée bouteille »

Moi, ce que j’aime le plus dans le culte… c’est la cène ! Je m’y sens en communion avec mes sœurs et mes frères en Christ. Que nous y partagions du pain et du vin n’y est pas pour rien. Et que nous mangions ce pain partagé et que nous buvions ce vin partagé y est pour tout. Car la nourriture nous rapproche, car la nourriture nous rassemble. Car ce pain, car ce vin nous font goûter quelque chose de « Dieu » ; son envie que les êtres humains collaborent avec lui — de lui le blé et le raisin, de nous le pain et le vin — ; notre besoin d’être ensemble — un épi ne fait pas un pain, une grappe ne fait pas du vin — ; le souvenir d’unee mort — « ceci est mon corps donné pour vous » — et l’espérance d’un futur — « je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à ce que je le boive nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » ; ce qui nourrit et ce qui enivre.

Moi, ce que j’ai toujours aimé dans le culte protestant, c’est la liberté qu’il offre. Rien n’est sacré en soi — pas même la bouteille trop chère à Graeme Allwright —, tout peut devenir symbole. Et je ne m’en suis jamais privé.

J’ai célébré des cènes avec du pain de mie par solidarité avec les moins riches, avec de la brioche pour faire du dimanche un jour de fête, avec du pain de campagne pour conjoindre santés biologique et spirituelle, avec des hosties par esprit œcuménique, avec du pain challah — le pain juif du shabbat — par esprit interreligieux — mais il s’émiette quand il est trempé dans la coupe — ; avec de la tresse le dimanche de la Trinité — parfaite pour en indiquer tout le mystère, puisqu’une tresse qui paraît triple est formée de deux pâtons que l’on plie en quatre ! — ; mais aussi, au cours de mes voyages, avec de la baguette en France, avec un biscuit de mer sur une île — il m’a fallu mouiller mon doigt pour attraper la dernière miette —, avec du mil à Yaoundé, de la noix de coco à Papeete — comme Dieu s’approche des humbles, elle roule toujours au point le plus bas —, avec des galettes de sarrasin pour une paroissienne malade céliaque.

J’ai célébré des cènes avec du vin rouge pour nous transfuser à nous les communiant·es un sang qui nous fait vivre, avec du vin blanc pour nous rappeler que nous ne sommes pas des vampires ; avec de grands crus et des piquettes, avec des vins locaux — réalité de l’Église locale —, avec des vins étrangers — rappel de l’Église universelle —, avec le vin qu’offrent les vigneron·nes — quand les vignerons·nes offrent du vin —, avec du vin que j’achète aux vigneron·nes — parce qu’elles et ils doivent bien vivre et vivre bien — ; avec du jus de raisin parce que l’alcool peut être dangereux ; avec du vin et du jus de raisin biologique ou biodynamique — qu’importe l’ivresse pourvu qu’on ait la santé ! — .

Moi, ce que j’aime le plus dans les cultes, c’est la cène… et les après-cultes où l’on prolonge la cène en partageant ce qui reste à manger et à boire.


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Dansons, joue contre joue» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)

La cène pendant l’épidémie de coronavirus (3e article)

Pour celles et ceux qui seraient en manque de cène, je propose de commander cette boîte et de la célébrer chez elles et chez eux. L’hygiène est garantie, la communion ne l’est pas.


Sur la cène et le coronavirus, lire aussi sur mon blogue:

Fétichisme du pain et du vin

Dans un « Communiqué de l’Eglise protestante unie de France » publié le 14 mars à propos des activités ecclésiales en période d’épidémie de coronavirus, je lis ce passage qui me surprend:

« Pour la Cène, la recommandation donnée il y a deux semaines est bien sûr toujours valable : un jeûne de Cène en ce temps de Carême a tout son sens. Le pain et le vin peuvent être posés sur la table et un temps de prière avoir lieu, sans distribution. »

Le « jeûne de Cène » me paraît effectivement sensé. Mais je ne comprends pas ce besoin de poser sur la table du pain et du vin. À quoi bon, si on ne les consomme pas? N’est-ce pas du fétichisme?

Et d’autres questions me viennent: si l’on pose une image de pain et de vin, est-ce que la cène est valable? Et si l’on montre les mots « pain » et « vin », est-ce que la cène fonctionne encore? Faut-il mettre le vin dans un verre transparent pour qu’on puisse le voir? Mais si l’on ne peut pas goûter comment être certain.e qu’il s’agit bien de vin? Et que se passe-t-il si c’est une autre boisson?

Mais ces mesures et mes questions sont déjà obsolètes, puisque les cultes sont supprimés jusqu’à nouvel ordre.

Pour donner de l’autorité à mon opinion, j’ajoute une citation de Jean Calvin:

« Notre Seigneur, ayant commandé à ses disciples de manger le pain sanctifié en son corps, quand il vient à la coupe ne leur dit pas simplement : Buvez, mais il ajoute expressément que tous en boivent (Matth. 26: 27). Voudrions-nous une chose plus claire que celle-là ? Il dit que nous mangions le pain, sans user d’un mot universel ; mais il dit que nous buvions tous de la coupe. D’où vient cette différence, sinon qu’il a voulu aller au-devant de cette malice du Diable ? Et néanmoins l’orgueil du pape est tel qu’il ose dire : N’en buvez pas tous ! »

Jean Calvin, Petit traité de la Sainte Cène de notre Seigneur Jésus- Christ dans lequel sont montrés sa vraie institution, son profit et son utilité (1541), adaptation moderne d’Harald Châtelain, Jean Cadier et Pierre- Charles Marcel. Paris, Librairie protestante, 1959, p. 52-53


Sur la cène et le coronavirus, lire aussi sur mon blogue:

Comment célébrer la cène durant l’épidémie de coronavirus?

Pourquoi se poser la question? Parce que la cène exige des contacts et que les contacts augmentent les risques de transmettre et de contracter cette maladie.

Pourquoi chercher une réponse? Pour trouver une manière de faire qui respecte la dimension «communion» de la cène, tout en permettant à chaque participant·e de la vivre en paix.

Ma solution:

  • Pour le pain

Prédécouper des morceaux de pain en veillant aux conditions d’hygiène; les proposer dans des corbeilles; laisser les communiant·es les prendre.

  • Pour le vin

Remplir des gobelets individuels en veillant aux conditions d’hygiène; les proposer sur un plateau et laisser les communiant.es les prendre; préciser de ne pas boire immédiatement; quand tou·tes sont servi·es, inviter à boire tou·tes ensemble.


Sur la cène et le coronavirus, lire aussi sur mon blogue:

Le vin et le christianisme (sur cath.ch et reformes.ch)

On va trouver que je suis monomaniaque, mais je reviens encore sur la valeur théologique du vin.

Mais cette fois, je donne la parole à d’autres. Je rassemble des liens vers des articles parus cet été sur les sites des médias électroniques chrétiens suisses-romands: cath.ch (le portail catholique suisse) et reformes.ch (le portail des protestants réformés de Suisse romande) qui l’été dernier ont tous deux réfléchi sur cette fameuse valeur théologique du vin.

Cath.ch – Le vin et le divin: série d’été autour de la Fête des Vignerons

Reformes.ch – Le vin: plus social que jamais

L’ivresse de Noé à l’étude

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On a communié sur la lune

Dans le documentaire Les conquérants de l’espace: Gemini et Apollo diffusé sur France 5 à l’occasion du cinquantième anniversaire du premier alunissage, j’apprends que Buzz Aldrin, le deuxième être humain à poser le pied sur la lune a célébré une cène dans le module lunaire.

Comme j’ignorais totalement cet épisode, je cherche et j’en apprends plus sur le site de la chaîne de télévision History: «Buzz Aldrin Took Holy Communion on the Moon. NASA Kept it Quiet».

J’y trouve la photographie du Communion Kit emporté par l’astronaute :

The communion bag and chalice used by Buzz Aldrin during his lunar communion. (Credit: David Frohman, President of Peachstate Historical Consulting, Inc.)

Et un récit de l’événement dont je traduis quelques passages :

«L’astronaute était aussi un ancien de la Webster Presbyterian Church et, avant de partir pour l’espace en 1969, il reçut une permission spéciale de prendre du pain et du vin avec lui dans l’espace et de se donner la communion à lui-même. […]

Comme les hommes se préparaient pour l’étape suivante de leur mission, Aldrin enclencha le système de communication et s’adressa à l’équipage sur terre: “J’aimerais demander quelques instants de silence”, dit-il. “J’aimerais inviter chaque personne à l’écoute, où et qui qu’il soit à contempler un moment les événements des dernières heures et de dire merci, chacun à sa manière.”

Il prit ensuite le vin et le pain qu’il avait apporté dans l’espace — les premières nourritures jamais servies ou mangées sur la lune. “J’ai versé le vin dans la coupe que notre Église m’avait donnée. Dans la gravité six fois moindre de la lune, le vin a remonté gracieusement en formant des boucles sur les parois de la coupe”, écrivit-il plus tard. Ensuite, Aldrin lut quelques passages de la Bible et mangea. Armstrong le regarda tranquillement, mais ne participa pas.»