cène

Vendredi 13 : un peu de culture chrétienne

Nos sociétés occidentales sont sans doute plus influencées par la culture chrétienne qu’elles ne le savent. Ainsi, que le vendredi 13 soit réputé jour de chance doit beaucoup au christianisme.

  • Le chiffre 13 porte malheur parce que 13 convives ont partagé la Cène, le dernier repas que Jésus a pris avant d’être arrêté, torturé et exécuté et que l’un d’eux, le treizième forcément, Judas exactement, a trahi Jésus.
  • Le vendredi est un jour de malheur, puisque Jésus est exécuté la veille d’un sabbat, donc un vendredi. Pour mémoire, en judaïsme, le jour commence à la tombée de la nuit.

Mais pourquoi deux malédictions vaudraient-elles une bénédiction ? De la même manière que deux négations s’annulent, que moins par moins égale plus et que les ennemi·es de mes ennemi·es sont mes ami·es.


P.S. Selon les évangiles, Judas joue de malchance puisqu’il est celui qui il se sert à manger au moment où Jésus déclare que celui qui plonge la main dans le plat en même temps que lui le trahira.

De la théologie pratique inspirée par Netflix

Netflix propose une série intitulé The Midnight Club. (Mike Flanagan, Leah Fong. The Midnight Club. Netflix, 2022). Elle raconte l’histoire de grands adolescent·es atteint·es de maladies incurables qui vivent ensemble dans une grande maison de soins palliatifs.

Chaque nuit, à minuit, les jeunes se retrouvent autour d’une table devant un feu de cheminée, ouvrent une bouteille de vin volée et portent un toast qui conviendrait parfaitement pour une Cène ou une Eucharistie chrétienne.

En anglais dans la version originale:

“To those before. To those after.

To us now and to those beyond.

Seen or unseen. Here or not here”

En français, selon ma traduction:

« À celles et ceux qui nous ont précédé·es.

À celles et ceux qui nous suivront.

À nous maintenant. À celles et ceux qui sont au-delà.

Visibles ou invisibles. Ici sans être ici. »

Cette formule me semble une excellente manière de dire aujourd’hui ce que la théologie nomme « communion des saint·es », c’est-à-dire cette intime conviction que la communion dépasse largement le cercle des gens présents.

Comment la cène protestante répare trois injustices

Mis au défi par un étudiant, j’ai compris que la cène – l’eucharistie protestante, pour fair court et simpliste – répare trois injustices :

  1. Alors que l’eucharistie catholique réserve le plus souvent le vin au seul prêtre, la cène protestante propose à chacun·e de le boire.
  2. Alors que le vin discrimine les enfants et les personnes abstinentes par motif éthique ou pour raison de santé, la cène protestante offre (aussi) du jus de raisin, sans alcool.
  3. Alors que le vin est parfois un produit étranger qu’il faut importer, la cène protestante valorise (aussi) des boissons locales : bière de mil, eau de coco, cidre, etc.

J’aime… le vin, le jus de raisin, la bière de mil, l’eau de coco, le cidre, etc. J’aime… la cène aussi !

Au culte protestant, mes ami·es!

Où peut-on rencontrer des gens connus et inconnus, passer deux heures dans un lieu historique, voir des bouquets, trembler pour une funambule, découvrir un texte vieux de 2000 ans, écouter un discours de motivation, du Bach et du Brel, de la flûte traversière et de l’orgue, chanter, manger du pain et boire du vin, faire un don pour aider les autres?

Où peut-on se sentir membre d’une communauté et se sentir béni?

Au culte protestant, mes ami·es!


Un cours cet automne: « 808 images médiévales de la Cène »

Cet automne, je donne à l’Université de Lausanne un cours intitulé « 808+ images médiévales de la Cène ».

Pour la première fois, j’y partage les résultats d’une recherche débutée en 2011 à l’Université de Montréal; poursuivie à Tours au Centre d’études supérieures de la Renaissance et à l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation; menée sur Internet et dans les églises, les couvents, musées et les bibliothèques d’Allemagne, d’Angleterre, d’Autriche, de Belgique, du Canada, du Danemark, d’Espagne, des États-Unis, de France, d’Italie, des Pays-Bas, du Portugal et de Suisse; et donc conclue en 2021 à l’Université de Lausanne.

La voici résumée en une mosaïque!

© Olivier Bauer 2021

Le cours est hybride ou co-modal, à la fois en présence et à distance. Il a lieu les vendredis 24 septembre, 8 et 22 octobre, 5 et 19 novembre, 3 et 17 décembre 2021 de 12h15 à 16h00.

Voici le cours, résumé en une phrase :

« 10 années de recherche à propos des aliments figurant sur des images médiévales de la Cène m’ont permis d’identifier, documenter et analyser 808 représentations échelonnées entre 500 et 1500. Le cours permettra de parcourir cet inventaire en rapport avec trois cadres théoriques — l’histoire de l’alimentation, celle des images et celle de l’eucharistie — et d’évaluer la valeur théologique des images et de quelques-uns de leurs éléments : place de Jésus et de Judas, forme de la table, aliments, etc. »

Vous pouvez lire ou télécharger le plan de cours (format PDF) en cliquant sur ce lien: « 808 images médiévales de la Cène ».

Mon cours est destiné aux étudiant·es de Master des facultés de théologie des universités de Genève et Lausanne. Mais je vous y accueille volontiers en tant qu’auditrices et auditeurs libres, c’est-à-dire sans évaluation, quelque soit votre niveau d’études ou votre formation. Vous pouvez le suivre en présence à l’Université de Lausanne ou à distance sur Zoom.

Si vous êtes intéressé·e à participer au cours, remplissez ce formulaire en écrivant brièvement qui vous êtes et quel est votre intérêt pour ce cours.

En attendant le cours ou à la place du cours, vous pouvez consulter ce que j’ai écrit, dit ou montré sur la Cène et sur des Cènes, sur mon blogue, en consultant la page « La Cène » ou dans des publications en libre accès :

Une théologie de la planche à pain

Donnant un cours sur les rites et les sacrements à l’Université de Lausanne (télécharger le plan du cours Mettre nos hypothèses sur les rites et sacrements à l’épreuve de la théologie pratique), j’ai demandé aux étudiantes (seules des étudiantes suivent ce cours) de sortir et de visiter soit une église protestante — la cathédrale de Lausanne —, soit une église catholique — la basilique du Valentin — avec cette consigne :
« Durant votre visite, vous recueillerez le maximum d’indices immobiles (architecture, meubles, etc.), d’indices mobiles (objets, vêtements, décors, autres éléments matériels), éventuellement d’indices éphémères (paroles, musiques, gestes, autres éléments immatériels) à propos de tous les sacrements célébrés dans l’église que vous visiterez. Vous garderez les indices qu’il vous sera possible de garder (par photographies, enregistrements, documents, etc.). Attention, il vous est strictement interdit de voler des objets ou des fragments d’objet ! »
Je leur ai ensuite demandé de reconstruire la théologie des sacrements que ces indices révèlent et de partager le résultat de leur travail. Comme vous l’imaginez, elles ont très bien travaillé. J’ai fait le même travail et j’ai pris cette photographie dans la sacristie de la cathédrale de Lausanne. Comme je suis un piètre photographe, je précise qu’il s’agit d’une planche à pain avec un couteau à pain.
CathedraleLausanne_PlanchePain

Dans une armoire de la sacristie de la cathédrale de Lausanne

En cours, j’ai reconstruit la théologie que m’inspire cette planche à pain.
  1. S’il est nécessaire de conserver une planche et un couteau à pain dans la sacristie de la cathédrale de Lausanne, c’est certainement qu’on doit y couper du pain.
  2. Je sais par ailleurs que dans les cultes protestants, on célèbre la communion — qu’on appelle « cène » en protestantisme et « eucharistie » en catholicisme — avec du pain levé, du pain ordinaire, du pain de boulangerie ou du pain fait maison.
  3. La planche et le couteau à pain sont donc les indices mobiles que dans la cathédrale de Lausanne, on célèbre la cène et qu’on la célèbre avec du pain.
  4. Je n’exclus pas la possibilité que la planche et le couteau soient utilisés pour préparer les tartines de la pasteure ou les sandwichs de l’apéritif après le culte.
  5. Je me demande pourquoi il est nécessaire de couper le pain consommé lors de la cène.
  6. Il est possible, voire probable, que l’on coupe à l’avance des tranches ou des morceaux de pain pour faciliter la distribution et la consommation.
  7. Il est possible aussi que l’on prédécoupe la partie du pain que la pasteure va rompre dans un geste liturgique mimant le geste attribué à Jésus.
Voilà ce que la planche à pain me dit de la théologie et de la pratique du sacrement de la cène en vigueur dans la cathédrale de Lausanne en 2021. Et voilà comment je fais de la théologie pratique à partir du terrain.