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Vision helvétique contemporaine et politique du Jardin d’Éden

Lauriane Savoy, doctorante en théologie pratique et en études genres à  l’ILTP et à l’Université de Genève (elle travaille sur « L’ouverture du pastorat à la mixité hommes-femmes dans les Églises protestantes de Genève et Vaud »), me transmet cette image d’une publicité politique qu’elle a vue dans les rues de  Genève. Elle croit « reconnaître le style du dessinateur Exem« , mais sans avoir « trouvé de confirmation ».

Le théologien du quotidien se réjouit que le mythe du Jardin d’Éden reste significatif pour les Suisses en 2018 et qu’il reste une référence positive, l’affiche laissant penser que c’est une manière de vivre que certain·es Suisses pourraient vouloir adopter.

Mais le théologien du quotidien n’est pas dupe. Il voit que si le récit des chapitres 2 et 3 du livre de la Genèse inspire l’affiche, l’affiche réinterprète le récit. Le Jardin de l’affiche n’est pas exactement le Jardin d’Éden. Le théologien du quotidien a donc ajouté, directement sur l’affiche, ses propres commentaires.

On peut vouloir découvrir ma lecture théologique de quelques autres publicités à haute valeur théologique:

1 ange qui dicte quelque chose et 4 évangélistes qui écrivent d’autres choses

Faisons aujourd’hui un peu de théologie à partir d’une image vue sur la route des vacances!

Sur le socle de l’autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade figure une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l’évangéliste « Matthieu » une Bible ouverte au début de son évangile et les trois autres évangélistes – dans l’ordre « Luc », « Jean » et « Marc » – qui tiennent chacun en main une Bible ouverte au début de leur propre évangile.

Sur le socle de l'autel de l'église Santa Maria de la Alhambra à Grenade, on voit une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l'évangéliste Matthieu le début de son évangile; Marc qui caresse la tête du lion qui est son symbole et qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; Luc qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; et Jeran qui qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile.

Autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade (Espagne). (c) Olivier Bauer

On pourrait lire l’image comme une représentation de l’inspiration divine directe et littérale de la Bible, chaque évangéliste écrivant le même texte sous la dictée de l’ange. Sauf que…

  • Sauf que dans la Bible de « Matthieu » figurent les mots suivants:

« Liber generationis lesu Christi filii David, filii Abraham. » (« Livre des générations de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham », premier verset de l’Évangile attribué à Matthieu.)

  • Sauf que dans la Bible de « Luc » figurent les mots suivants:

« Quoniam quidem multi conati sunt ordinare narrationem, quae in nobis completae sunt, rerum. » (« De nombreuses personnes ont entrepris de composer un récit à propos des choses qui ont été accomplies parmi nous », premier verset de l’Évangile attribué à Luc.)

  • Sauf que dans la Bible de « Jean » figurent les mots suivants:

« In principio erat verbum, et verbum erat apud Deum. et Deus erat. » (« Au commencement était la Parole et le verbe était auprès de Dieu et le verbe était Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Jean.)

  • Sauf que dans la Bible de « Marc » figurent les mots suivants:

« Initium Evangelii lesu Christi, Filii Dei. » (« Début de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Marc.)

Quatre évangélistes, quatre évangiles et quatre textes différents. Il me semble que cela remet en cause le principe d’une inspiration divine directe et littérale du texte biblique.

On n’osera pas penser que les évangélistes ont vraiment de mauvaises oreilles…

On pourrait interpréter l’image comme une tentative de donner une préséance à « Matthieu » qui lui seul aurait écrit exactement ce que l’ange a dicté. On n’aurait sans doute pas entièrement tort.

Pour ma part, je considère que l’image illustre parfaitement ce que je crois: chaque évangéliste est responsable de son texte; chaque évangéliste a écrit librement et différemment ce qu’il comprenait ce qu’il gardait de la vie, de la mort et de la résurrection d’un certain Jésus. Et je crois que j’ai raison…

Une boîte d’œufs comme microcosme d’un monde idéal

Une boîte d’œufs pour confesser ma foi:

« Je crois en un monde ou les œufs blancs et les œufs bruns vivent ensemble.

Je crois en un monde où les œufs cassés ont leur place.

Je crois en un monde où les œufs qui sont dans la lumière ne font pas d’ombre aux autres oeufs.

Je crois en un monde où le sexe des œufs n’a pas d’importance.

Je crois en un monde qui aide les œufs à tenir debout. »

Faire de la théologie, c’est penser ce que l’on croit

Lorsque j’ai vu cette affiche à la Gare de Lyon à Paris, je me suis immédiatement senti concerné. Souscrivant aux deux affirmations de Jean-Michel Ribes (lire sa biographie sur Wikipedia), j’ai eu envie de la compléter pour rappeler que faire de la théologie, c’est penser ce que l’on croit. Et qu’on fait de la théologie dès qu’on pense ce que l’on croit.

Illustration de Stéphane Trapier d’après une citation de Jean-Michel Ribes; photographiée le 1er février 2018 à la Gare de Lyon (Paris); retravaillée par Olivier Bauer. Crédit: Olivier Bauer

On trouvera plus de renseignements sur l’artiste (Stéphane Trapier, pas Olivier Bauer) sur son site: Illustrissimo.


Pour une réflexion sur la théologie, on peut lire sur mon blogue:

« Une légèreté céleste. Du chocolat à se damner »

Depuis quelques temps, on voit en Suisse cette publicité pour le chocolat Kägi Mäx. Je la reproduis avec quelques commentaires:

Publicité Kägi Mäx. Crédit: Olivier Bauer

Je l’ai soumise aux étudiant·es de mon cours « Introduction à la théologie pratique » à l’Université de Lausanne. La discussion a été animée.

À la question: « Cette affiche constitue-t-elle une pratique théologique? », les étudiant·es ont répondu:

« Non. Comme elle vise à vendre du chocolat, c’est une pratique commerciale ou économique. »

À la question: « Quelle représentation de l’Absolu propose-t-elle? », ils et elles ont notamment répondu:

« C’est du folklore religieux, inspiré d’un catholicisme occidental. L’ange et le démon sourient, signe de leur connivence. La limite entre le ciel et la terre ou l’enfer reste floue. »

À la question: « Que faudrait-il pour que cette affiche devienne une pratique théologique? », ils et elles ont eu de la peine à répondre qu’il faudrait l’utiliser dans une activité théologique: un culte, une rencontre d’éducation chrétienne… ou un cours d’introduction à la théologie pratique!

Ensemble, nous avons retrouvé deux références à des images bibliques, mais avec des distinctions majeures.

Michel Ange (1481-1482). Le jugement dernier (détail). Rome, Chapelle Sixtine

Mais sur la publicité Kägi Mäx, la transmission va de la terre (ou de l’enfer) vers le ciel.

Lukas Cranach l’Ancien (1513). Adam et Ève (détail). Würzburg, Mainfränkisches Museum

Mais sur la publicité Kägi Mäx, la tentation va de l’homme vers la femme.