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Livre # 4 le 1er mai 2021 : « la Bible de ma communion »

Campagnac, F., Raimbault, C., Py-Renaudie, F., & Vanvolsem, É. (2015). La Bible de ma communion. Mame. 312 pages.

Une citation percutante

« Le peuple d’Israël sait que Dieu est avec lui. Quand il lui arrive un événement important, il pense que Dieu y est pour quelque chose. Alors, il réfléchit et il cherche à comprendre ce que Dieu a fait pour lui. Pour ne rien oublier, les parents racontent et répètent tout cela à leurs enfants, puis aux enfants de leurs enfants. Un jour, des savants décident de rassembler et d’écrire toute cette mémoire du peuple d’Israël. C’est un très gros et un très long travail : il dure plusieurs siècles. » (page 9)

Le livre

Appartenant au genre des « beaux livres », la Bible de ma communion se range dans un élégant coffret blanc. Sa couverture est rigide, avec un titre en lettres dorées et une tranche de la même couleur (ou de la même matière ?). Ses pages sont épaisses, son papier est glacé. Chaque page contient une ou des illustrations.

Côté contenu, elle propose une sélection d’histoires bibliques — 14 passages pour chacun des deux Testaments ; 101 des 141 pages du Nouveau Testament sont consacrées à Jésus, de sa naissance à son ascension — réécrites pour des enfants, raccourcies, simplifiées et toujours au présent : « Pendant cette période, il y a d’autres juges comme Gédéon. Il y a même une femme, Débora, dont tout le monde admire le courage » (page 72). Tous les passages sont introduits par un titre et par l’indication de la référence biblique, ce qui est pratique pour relire le texte dans une autre version. Certains passages sont des citations complètes de la Bible de la Liturgie et les paraphrases sont parfois entrecoupées de citations :

« Paul invente une image. Notre corps a plusieurs membres : une tête, deux jambes, deux bras, etc. Est-ce que cela fait plusieurs corps ? Non, bien sûr ! Eh bien, dit Paul, c’est pareil pour nous les chrétiens. Nous sommes tous différents, comme les membres, et nous sommes tous unis en un seul corps. “Or. Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps.” (1 Co 12,27). » (page 287)

Outre les récits bibliques, l’ouvrage contient des introductions, des commentaires des explication sur les « mots compliqués », des « pages spéciales [qui] aident à comprendre dans quel monde vivaient les gens de la Bible », et des annexes, notamment un index des personnages et des épisodes et un lexique des mots expliqués.

Au-delà de la qualité du livre — un beau livre est-il un bon choix ? J’y reviendrai —, ce qui compte dans une Bible pour enfants, c’est la qualité du texte et des illustrations. Pour les évaluer, je choisis un récit de circonstance, celui du don de l’Esprit à la Pentecôte.

Le texte

La Pentecôte Ac 2, 1-13

Cinquante jours après la Pâques, c’est la fête de la Pentecôte. Les apôtres sont tous réunis dans une maison de Jérusalem. Soudain, un grand bruit venant du ciel, semblable à un violent coup de vent, remplit toute la maison. Les apôtres voient apparaître une sorte de feu : il se sépare en petites flammes, en forme de langues qui se posent sur chacun d’eux.

Tous sont alors remplis de l’Esprit Saint. Voilà qu’ils ouvrent portes et fenêtres et qu’ils se précipitent dehors ! Et surtout, ils se mettent à parler à pleine voix en différentes langues, des langues de toute la terre !

Or la ville de Jérusalem est remplie de pèlerins. Ce sont des Juifs venus de tous les pays du monde pour la fête de la Pentecôte. En entendant le bruit, les gens se rassemblent devant la maison des apôtres. Ils n’en croient pas leurs oreilles : « Que se passe-t-il ? Ces hommes qui nous parlent sont des Galiléens, or chacun de nous les entend chanter la gloire de Dieu dans sa propre langue ! Pourtant, nous appartenons à tant de peuples différents. Parthes, Grecs, Égyptiens, Libyens, Romains, Arabes… » Mais d’autres personnes ricanent : « Ils ont bu trop de vin, voilà tout ! » (page 260)

Le choix d’inclure le récit de la Pentecôte est un bon choix, puisqu’il indique la manière de croire en Dieu en l’absence de Jésus. Et c’est ce la condition de l’enfant qui communie. La paraphrase me semble proche du texte biblique et les modifications me paraissent presque toutes justifiables ; à peine, l’ajout d’une mention sur l’ouverture des portes et des fenêtres me paraît inutile, celle des « langues de toute la terre » doit renforcer la valeur du miracle. L’évocation de la fête de la Pentecôte est un ajout qui prend son sens dans la note qui l’accompagne « La Pentecôte est une fête juive qui a lieu cinquante jours après la fête de la Pâque ». Je regrette que les « Juifs de naissance » ait disparu de la liste des personnes qui entendent chanter la gloire de Dieu dans leur propre langue.

L’illustration

À côté du texte figure cette illustration :

L’illustration est peinte à l’aquarelle, dans un style réaliste, à peine un peu enfantin. Ce qu’elle reprend, c’est certains points du texte : la maison — elle paraît petite et sans fenêtre —, la réunion des douze apôtres — à ce moment, Matthias a déjà remplacé Judas — et les flammes sous la forme desquelles se donne l’Esprit Saint. Ce qu’elle précise, ce sont les attitudes variées des apôtres : certains en prière, d’autre les yeux tournés vers le ciel, etc. Ce qu’elle ajoute, c’est la présence de Marie identifiable à la couleur bleue de sa robe bleue. Placée au milieu du groupe des apôtres, les mains jointes dans une position typique de prière catholique, elle est au centre de l’attention, de l’attention des apôtres comme de l’attention de celle ou celui qui regarde l’image.

Textes et images

C’est l’occasion de rappeler et de se rappeler que comme les traductions, les réécritures et les images interprètent et réinterprètent les textes « originaux » et leur donnent un autre sens, un nouveau sens, un sens différent.

Ce qui peut séduire

Le mois de mai représente sans doute le pic des ventes du livre. Car elle est faite pour être offerte à des enfants qui « font leur première communion », un sacrement célébré entre Pâques et Pentecôte. Les éditions Mame ont tout fait pour que leur Bible de ma communion — comme leur Petit catéchisme de ma communion ou leur Missel de ma communion — plaise. Mais comme beaucoup de livres d’enfants, elle doit plaire, non pas aux enfants, mais aux parents, aux marraines et aux parrains, à celles et ceux qui sont susceptibles de l’acheter pour l’offrir. C’est un cadeau catholique, mais pas trop — le petit catéchisme et le missel le sont évidemment plus —, avec lequel la personne qui l’offre manifeste un intérêt — réel ou de circonstance — pour la chose religieuse. La qualité du livre et son prix en font un cadeau tout à fait acceptable, pour qui l’offre et pour la famille qui le reçoit.

Mon avis

(+) Sachant que les éditions Mame proposent dans la même collection deux autres ouvrages, un catéchisme et un missel, je me réjouis que ce soit la Bible qui s’achète le plus ! J’apprécie le mélange de paraphrases et de citations. La paraphrase permet à l’enfant de comprendre ce qu’elle ou il lit. Les citations la ou le familiarisent avec les textes lus au cours de la messe. Comme toujours, j’aime les explications qui désacralisent des livres qu’il ne faudrait jamais nommer « Écritures Saintes ».

(–) La Bible de ma communion est un beau livre qui fait incontestablement un beau cadeau et un bel objet à placer dans une bibliothèque. Mais cette qualité et son prix la font-ils lire plus ou moins ? J’aurais tendance à dire plutôt moins et à penser qu’une Bible moins chère et même moins belle, une version plus pratique pourrait faire un meilleur cadeau. Elle serait peut-être moins intimidante, deviendrait peut-être un objet plus usuel qu’un enfant ouvrirait peut-être plus facilement et plus souvent pour la lire et la relire.

Les auteur·es

La Bible de ma communion mentionne et présente brièvement trois auteur·es : François Campagnac est un prêtre « passionné par la Bible », responsable de catéchèse et de formation biblique ; Christophe Raimbault est docteur en théologie et exégète biblique ; Fabienne Py-Renaudie est une docteure en histoire religieuse qui a mené des recherches sur les Bibles pour enfants. Leur rôle n’est pas précisé, mais j’imagine qu’elle et ils ont sélectionné les textes, les ont réécrits pour des enfants, ont rédigés les introductions, les notes et les commentaires.

Les illustrations sont l’œuvre d’Émilie Vanvolsem qui n’est pas présentée. En consultant son site Internet, j’ai appris qu’elle est une illustratrice jeunesse née en Belgique en 1978 et découvert qu’elle a illustré plusieurs ouvrages pour enfants parus aux éditions Mame, en particulier Le petit catéchisme de ma communion et Le missel de ma communion. Pour plus de renseignements, je vous recommande de consulter sa « bio dessinée par moi-même ».

La maison d’édition

Sur leur site Internet, les éditions Mame annoncent qu’elle publient des « livres de référence pour vivre, célébrer, penser et transmettre la culture et la foi chrétienne en famille comme en Église, d’une façon toujours nouvelle. » Elles sont une maison d’édition catholique qui publie deux livres à succès qui lui assurent une rente de situation : La Bible, traduction officielle liturgique et Le Catéchisme de l’Église catholique.


Ouvrages déjà traités:

Où sont les femmes… pasteures?

J’ai reçu le dernier livre de mon collègue à l’Université de Strasbourg Jérôme Cottin: Cottin, J. (2020). Les pasteurs. Origines, intimité, perspectives. Labor et Fides (découvrir le livre sur le site de l’éditeur). Je me réjouis de le lire. Mais avant de l’ouvrir, je vois la couverture et là, je tique!

Couverture du livre Cottin, J. (2020). Les pasteurs. Origines, intimité, perspectives. Labor et Fides.

Je sais par expérience (je voulais que mon livre « Les cultes des protestants » s’intitule « Les cultes des protestant·e·s« ) que les éditions Labor et Fides refusent d’utiliser le langage inclusif, d’où le « pasteurs » seulement au masculin. Malheureusement la caricature renforce l’exclusivisme masculin et redouble l’invisibilisation des femmes pasteures.  D’autant plus dommage que Jérôme Cottin indique que son livre propose une étude complète du ministère pastoral et qu’il

« prend en compte ses évolutions récentes (sa féminisation) » 4e de couverture.

Dommage de ne pas le donner à voir!


Correction d’une coquille le 15 mars: « Malheureusement » au lieu de « Mais heureusement ». (Maudit soit le correcteur orthographique)

À Chantilly, la crème des vitraux

De passage à Chantilly (oui, j’ai évidemment mangé de la crème du même nom), j’ai visité l’église anglicane St Peters et j’ai admiré ce vitrail. C’est la première fois que je voyais un·e artiste intégrer dans son dessin les cloisons en métal. Je trouve que c’est très réussi.

Idole + icône = Idôle

Ayant vu cette publicité pour un nouveau parfum

je me suis demandé pourquoi il s’appelait « Idôle » avec un accent circonflexe sur le « o ».

Pour justifier mon statut de brillant théologien, j’ai élaboré une splendide théorie:

« Idôle » est un mot valise, la contraction de « idole » et de « icône ». « Idôle » est donc un subtil message du parfumeur qui, dans une perspective juive, musulmane… ou protestante, rappelle que toute image est un faux dieu!

Après réflexion, j’ai compris que le « ô » de « Idôle » rappelle celui de « Lancôme ».

Du poisson dans le tabernacle (théologie fiction)

De temps en temps, j’aime faire de la théologie fiction. Ça me détend. Et c’est la seconde fois que je vais en faire sur l’Eucharistie (Lire mon polar théologique Sur la piste du bretzel).

Lors d’une visite dans la ville du Havre, en France, j’ai visité l’étrange et belle église Saint-Joseph (la découvrir sur le site de l’Unesco) et, dans la chapelle du Saint-Sacrement, au centre du mur du fond, j’ai vu ceci:

Le Havre, église Saint-Joseph, chapelle du Saint-Sacrement. (c) Patricia Bauer

En voyant le poisson sur le tabernacle, je me suis demandé ce qu’il y faisait. D’où ma…

Théologie fiction:

Pourquoi un poisson figure-t-il sur le tabernacle? Suivez bien ma logique:

  1. Le poisson sur le tabernacle est un symbole du Christ, puisque le terme grec Ichtus peut se lire comme l’acronyme de l’expression « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur ».
  2. Comme l’indique la lumière rouge de la présence perpétuelle, le tabernacle de la chapelle du Saint-Sacrement contient des hosties consacrées.
  3. La consécration du prêtre provoque la transsubstantiation de l’hostie, c’est à dire que sa substance change de « galette de farine de pur froment » en « corps du Christ ».
  4. C’est ce que souligne le crucifié qui surmonte le tabernacle.
  5. On a toujours postulé que ce corps du Christ était de la chair humaine, c’est-à-dire de la viande.
  6. Mais traditionnellement, l’Église catholique romaine interdit la consommation de viande certains jours de la semaine – en particulier le vendredi, jour de la crucifixion – et certains jours de l’année – en particulier pendant le carême, les 40 jours avant Pâques -.
  7. Pour que les catholiques puissent communier tous les jours de la semaine et tous les jours de l’année, la consécration du prêtre transsubstantifie bien l’hostie en « corps du Christ », mais sous la forme de chair de poisson.
  8. Et c’est ce qu’indique le poisson sur le tabernacle de la chapelle du Saint-Sacrement, dans l’église Saint-Joseph du Havre.

Note: « chair » au lieu de « chaire » corrigé deux fois le 12 août 2019 après le commentaire pertinent de Jean-Paul Guisan.

1 ange qui dicte quelque chose et 4 évangélistes qui écrivent d’autres choses

Faisons aujourd’hui un peu de théologie à partir d’une image vue sur la route des vacances!

Sur le socle de l’autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade figure une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l’évangéliste « Matthieu » une Bible ouverte au début de son évangile et les trois autres évangélistes – dans l’ordre « Luc », « Jean » et « Marc » – qui tiennent chacun en main une Bible ouverte au début de leur propre évangile.

Sur le socle de l'autel de l'église Santa Maria de la Alhambra à Grenade, on voit une image sculptée et peinte. On y voit de gauche à droite: un ange qui présente à l'évangéliste Matthieu le début de son évangile; Marc qui caresse la tête du lion qui est son symbole et qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; Luc qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile; et Jeran qui qui tient en main une Bible ouverte au début de son évangile.

Autel de l’église Santa Maria de la Alhambra à Grenade (Espagne). (c) Olivier Bauer

On pourrait lire l’image comme une représentation de l’inspiration divine directe et littérale de la Bible, chaque évangéliste écrivant le même texte sous la dictée de l’ange. Sauf que…

  • Sauf que dans la Bible de « Matthieu » figurent les mots suivants:

« Liber generationis lesu Christi filii David, filii Abraham. » (« Livre des générations de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham », premier verset de l’Évangile attribué à Matthieu.)

  • Sauf que dans la Bible de « Luc » figurent les mots suivants:

« Quoniam quidem multi conati sunt ordinare narrationem, quae in nobis completae sunt, rerum. » (« De nombreuses personnes ont entrepris de composer un récit à propos des choses qui ont été accomplies parmi nous », premier verset de l’Évangile attribué à Luc.)

  • Sauf que dans la Bible de « Jean » figurent les mots suivants:

« In principio erat verbum, et verbum erat apud Deum. et Deus erat. » (« Au commencement était la Parole et le verbe était auprès de Dieu et le verbe était Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Jean.)

  • Sauf que dans la Bible de « Marc » figurent les mots suivants:

« Initium Evangelii lesu Christi, Filii Dei. » (« Début de l’Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu », premier verset de l’Évangile attribué à Marc.)

Quatre évangélistes, quatre évangiles et quatre textes différents. Il me semble que cela remet en cause le principe d’une inspiration divine directe et littérale du texte biblique.

On n’osera pas penser que les évangélistes ont vraiment de mauvaises oreilles…

On pourrait interpréter l’image comme une tentative de donner une préséance à « Matthieu » qui lui seul aurait écrit exactement ce que l’ange a dicté. On n’aurait sans doute pas entièrement tort.

Pour ma part, je considère que l’image illustre parfaitement ce que je crois: chaque évangéliste est responsable de son texte; chaque évangéliste a écrit librement et différemment ce qu’il comprenait ce qu’il gardait de la vie, de la mort et de la résurrection d’un certain Jésus. Et je crois que j’ai raison…