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Qui décide de la réalité d’une présence? #SITP2016

Au cours du 10e congrès de la Société Internationale de Théologie Pratique: « Découvrir, vivre et annoncer l’Évangile dans un monde transformé par les nouveaux médias numériques », un journaliste catholique pose la question de la présence réelle du Christ dans une Eucharistie retransmise par un média électronique.

Pour mémoire, rappelons que la théologie catholique postule que, lorsqu’un prêtre prononce certaines paroles et performe certains gestes, il transsubstantifie des hosties qui deviennent « réellement et substantiellement » le corps du Christ et une coupe de vin qui devient « réellement et substantiellement » le sang du Christ. Cette doctrine de la transsubstantiation a été promulguée par le 4e Concile de Latran en 1215.

On permettra au théologien protestant que je suis de trouver la question peu pertinente. Car la réalité d’une présence dépend toujours de celui ou celle qui la reçoit ou de celui et celle qui la perçoit. Le Christ n’est ni plus ni moins présent dans l’hostie que sur l’écran. Sa présence n’est ni plus ni moins réelle dans la bouche que dans les yeux. Le Christ n’est réellement et substantiellement présent – que ce soit dans une hostie, dans la Bible, dans le mot « Christ » ou partout ailleurs – que pour celui et celle qui croit qu’il y est présent.

Dieu dans l’église: à voir et à manger

Bauer, O. (19 mars 2016). Dieu dans l’église: à voir et à manger. Eglise du Pasquart, Bienne (Suisse).

Ce n’est «Pâques» du chocolat!

Dieu soit loué, le carême finit toujours par prendre fin et Pâques succède toujours à Vendredi-saint! Et le dimanche de Pâques, plus question de se priver. Ce jour-là, les chrétiens, qu’ils aient ou non jeûné, passent à table. Du chocolat, évidemment. Mais pas seulement! Car si «ce n’est Pâques du chocolat», c’est que la résurrection est aussi transmise autrement, dans d’autres nourritures comme des pains briochés en veux-tu en voilà (Kulich, Paska, Lämmele, Colomba, etc.), des œufs durs (rouges comme ceux que Marie aurait laissés au pied de la croix et que le sang de Jésus aurait teintés) ou des viandes (agneau, cabri, jambon), des betteraves rouges en Haïti.
Mais pourquoi diable, Pâques et la résurrection sont-ils (aussi mais pour certains surtout ou uniquement) une affaire de goût? Je crois, profondément presque viscéralement, que c’est d’abord pour en faire goûter la nécessité. Comme le rappelle le philosophe français Olivier Assouly (dans Les nourritures divines), manger est un besoin vital et quotidien. En inscrivant Pâques dans des pratiques alimentaires, le christianisme s’assure donc (pourvu que ça dure!) de rendre cette fête à la fois inévitable et nécessaire. Il est facile de ne pas croire à la résurrection, il est difficile d’échapper aux goûts de Pâques. C’est ensuite pour faire goûter l’immédiateté de la résurrection. Comme l’exprime l’écrivain suisse Georges Haldas (dans Mémoire et Résurrection), on «accède à l’éternité vivante» (ce sont ses mots) non pas après la mort, mais ici et maintenant. Et des aliments qui entrent, plaisent, nourrissent et ressortent paraissent le moyen idéal pour le signifier.
Mais que diable la résurrection a-t-elle à faire, précisément, avec ces goûts-là? Ce sont toutes des nourritures à forte valeur symbolique des nourritures qui reçoivent leur valeur de trois systèmes symboliques qui tous, astucieusement combinés donnent son sens à Pâques:

  • Une symbolique religieuse: consommer de nourritures que valorise le judéochristianisme, les œufs du Seder, le pain et le vin du Repas du Seigneur;
  • Une symbolique culturelle: consommer des nourritures qu’une culture valorise, les betteraves rouges en Haïti;
  • Une symbolique cosmique: consommer les nourritures de saison, agneau printanier nouveau-né, jambon enfin arrivé à maturité, pain gonflé par le levain, «pourriture noble», additif vivant qui fait revivre ce qui est mort.

Pâques n’est donc pas anecdotiquement une histoire de goût. Il l’est substantiellement, y compris pour le chocolat. Mais justement, comment choisir son chocolat? Je vous suggère de le prendre suffisamment amer pour ne pas oublier la cruauté de la crucifixion, mais suffisamment sucré pour vous donner le goût de la résurrection.
Joyeuses Pâques!

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« Écoute ta bouche. ». Un bon slogan pour la Cène?

Voici un slogan publicitaire qui me paraît récupérable pour la Cène (« l’Eucharistie des protestants », en quelque sorte…). À une seule condition: que le pain et le vin soit bon!

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Ça jeûne et ça ne fait rien!

Alors que débute le Carême, je cherche à plaire à l’immense majorité de celles et ceux qui ne le font pas et à déculpabiliser les chrétiens qui éprouveraient quelques remords à en faire partie.

À quoi bon jeûner? À quoi bon se priver? À quoi bon suivre le Carême, faire le Ramadan, respecter la Cacherout? À quoi bon se priver pour toujours, pour un mois, pour un jour? À quoi bon s’interdire la viande mais s’autoriser le poisson? À quoi bon s’interdire le porc, mais s’autoriser le bœuf? À quoi bon renoncer au sucre, parce qu’il est solide, mais consommer du sirop d’érable parce qu’il est liquide? À quoi bon se permettre de manger la nuit, mais s’obliger à jeûner le jour? À quoi bon se refuser un steak le vendredi? À quoi bon manger gras le mardi et maigre le mercredi? À quoi bon être végétarien, végétalien ou frugivore? À quoi bon faire preuve de tempérance? À quoi bon consommer avec modération? À quoi bon manger cru, manger moins, manger rien?
À quoi bon? Ou pourquoi? Ou plutôt pour qui? Pour moi? Oui, sans doute. Car il est bon pour moi que je ne mange pas ce que je n’aime pas, que je mange ce qui me fait me sentir mieux, ou peut-être, dans une version franchement masochiste, que je me prive de ce que j’aime. Mais pour qui d’autre? Pour «les autres», sans plus de distinction? À quoi bon? Me priver du superflu pourrait-il leur assurer le nécessaire? Pour Dieu? À quoi bon? Pourrait-il éprouver du plaisir à ce que je me prive du mien? À quoi bon jeûner? À quoi bon se priver?
Jeûner ne rend ni les gens, ni le monde meilleur. Remarquez, ne pas jeûner non plus! Devant Dieu, peu importe que je me prive un peu, que je me prive un temps ou que je mange de tout, que je mange toujours. Littéralement, ça ne fait rien, ça ne change rien à l’affaire, «rien à l’à faire», rien à qui je suis vraiment. Déjà Paul l’a écrit:

« Ce n’est pas un aliment qui nous rapprochera de Dieu: si nous n’en mangeons pas, nous ne prendrons pas de retard; si nous en mangeons, nous ne serons pas plus avancés. » (1 Corinthiens 8, 8).

Alors à quoi bon manger? À quoi bon jeûner? À quoi bon, sinon pour soi-même. Car le profit ou le danger est toujours pour celui ou celle qui jeûne ou qui mange. On se fait du bien, dans son corps ou dans son âme, dans son corps et dans son âme. Oui, dans son âme, car on mange aussi comme on croit. Alors, qui croit que Dieu aime que l’on jeûne, jeûne! Qui croit que Dieu aime que l’on se prive, se prive! Qui croit que Dieu aime que l’on mange, mange!
Quant à moi, dans le temps du Carême, je lirai, relirai, méditerai, appliquerai ces versets de l’Ecclésiaste:

« Va, mange avec joie ton pain et bois de bon cœur ton vin, car déjà Dieu a agréé tes œuvres. Que tes vêtements soient toujours blancs et que l’huile ne manque pas sur ta tête! Goûte la vie avec la femme que tu aimes durant tous les jours de ta vaine existence, puisque Dieu te donne sous le soleil tous tes jours vains; car c’est là ta part dans la vie et dans le travail que tu fais sous le soleil. Tout ce que ta main se trouve capable de faire, fais-le par tes propres forces; car il n’y a ni œuvre, ni bilan, ni savoir, ni sagesse dans le séjour des morts où tu t’en iras. » (Qohélet 9, 7-10)

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Chronique publiée sur le site de l’Agence de presse protestante de Suisse romande Protestinfo le 6 mars 2014