théologie

Pourquoi est-ce « à ce moment-là » que Dieu a montré qui il était ?

D’où que viennent les étudiant·es, de théologie ou d’autres facultés, ielles apportent dans mes cours leurs savoirs, leurs expériences, leur curiosité et parfois leur naïveté. Ielles me font réfléchir, me font grandir.

Ainsi, alors que je présente comment on conçoit Dieu en Polynésie et en Océanie, un étudiant en géosciences me demande : « Pourquoi Dieu s’est-il révélé à ce moment-là ? », « à ce moment-là » valant pour « vers les années 3750-3800 du calendrier juif, au temps de la vie et de la mort de Jésus ». Il me prend de court ; je ne sais pas que dire. Mais comme je trouve sa question pertinente, je réfléchis et je profite de mon blogue pour répondre, en mêlant ce que je sais et ce que je crois.

  1. Dieu ne s’est pas seulement révélé « à ce moment-là ». Je ne suis pas assez sectaire pour penser que Dieu n’est révélé·e que par Jésus. Dieu a aussi montré qui était Dieu avant, après, ailleurs. Et je suis assez sage pour savoir que différentes personnes dans différentes époques et différentes cultures ont une perception différente de ce « que Dieu est », s’en font des images diverses, lui attribuent des qualités variées. Juste un exemple : « Dieu » n’est Dieu que pour les francophones ; pour d’autres, il s’appelle God, Dio, Te Atua, Allah; d’autres ne l’appellent tout simplement pas.
  2. Seules certaines personnes croient que Dieu s’est révélé « à ce moment-là ». Pas celles et ceux qui ne croient pas qu’il existe un Dieu. Pas celles et ceux qui croient que Dieu ne se révèle pas. Pas non plus celles et ceux qui croient que Dieu s’est révélé à un autre moment. Seul·es les chrétien·es croient que c’est « à ce moment-là » que Dieu se révèle, « à ce moment-là » seulement ou « à ce moment-là » surtout ou « à ce moment-là » aussi.
  3. Quelles sont les spécificités de cette révélation « à ce moment-là » ? Si l’on croit que Dieu s’est révélé·e dans la vie et la mort d’un homme nommé Jésus, si l’on croit que Dieu l’a fait « Christ » — « oint d’huile », une onction qui marque sa royauté et sa sainteté donc sa divinité —, c’est dans la vie de cet homme qu’il faut chercher Dieu. On ne sait presque rien de ce que Jésus a dit ou a fait. Mais on dit qu’il respectait celles et ceux que d’autres traitaient avec mépris, avec dégoût, avec condescendance. Mais on dit qu’il a évoqué un nouveau monde plein d’amour. Mais on dit même qu’il a rendu ce monde possible.

Les cours sont maintenant presque terminés. Mais il me reste une leçon pour répondre à la question de l’étudiant en géosciences. Mardi prochain, je lui dirai que Dieu ne s’est pas révélé « à ce moment-là ». Mais qu’« à ce moment-là », certaines personnes ont eu une intuition : ce que disait Jésus pouvait bien être la parole de Dieu ; ce que Jésus faisait pouvait bien être ce que Dieu voulait. Ielles ont cru que Dieu s’était révélé·e. Et ielles à leur tour ont révélé Dieu en redisant ce que Jésus leur avait dit en refaisant ce que Jésus leur avait fait.

Un cours cet automne: « 808 images médiévales de la Cène »

Cet automne, je donne à l’Université de Lausanne un cours intitulé « 808+ images médiévales de la Cène ».

Pour la première fois, j’y partage les résultats d’une recherche débutée en 2011 à l’Université de Montréal; poursuivie à Tours au Centre d’études supérieures de la Renaissance et à l’Institut européen d’histoire et des cultures de l’alimentation; menée sur Internet et dans les églises, les couvents, musées et les bibliothèques d’Allemagne, d’Angleterre, d’Autriche, de Belgique, du Canada, du Danemark, d’Espagne, des États-Unis, de France, d’Italie, des Pays-Bas, du Portugal et de Suisse; et donc conclue en 2021 à l’Université de Lausanne.

La voici résumée en une mosaïque!

© Olivier Bauer 2021

Le cours est hybride ou co-modal, à la fois en présence et à distance. Il a lieu les vendredis 24 septembre, 8 et 22 octobre, 5 et 19 novembre, 3 et 17 décembre 2021 de 12h15 à 16h00.

Voici le cours, résumé en une phrase :

« 10 années de recherche à propos des aliments figurant sur des images médiévales de la Cène m’ont permis d’identifier, documenter et analyser 808 représentations échelonnées entre 500 et 1500. Le cours permettra de parcourir cet inventaire en rapport avec trois cadres théoriques — l’histoire de l’alimentation, celle des images et celle de l’eucharistie — et d’évaluer la valeur théologique des images et de quelques-uns de leurs éléments : place de Jésus et de Judas, forme de la table, aliments, etc. »

Vous pouvez lire ou télécharger le plan de cours (format PDF) en cliquant sur ce lien: « 808 images médiévales de la Cène ».

Mon cours est destiné aux étudiant·es de Master des facultés de théologie des universités de Genève et Lausanne. Mais je vous y accueille volontiers en tant qu’auditrices et auditeurs libres, c’est-à-dire sans évaluation, quelque soit votre niveau d’études ou votre formation. Vous pouvez le suivre en présence à l’Université de Lausanne ou à distance sur Zoom.

Si vous êtes intéressé·e à participer au cours, remplissez ce formulaire en écrivant brièvement qui vous êtes et quel est votre intérêt pour ce cours.

En attendant le cours ou à la place du cours, vous pouvez consulter ce que j’ai écrit, dit ou montré sur la Cène et sur des Cènes, sur mon blogue, en consultant la page « La Cène » ou dans des publications en libre accès :

Gastronomie spirituelle. 10 commandements pour les gourmet·tes.

Si la théologie et la pastorale était de la cuisine, voici les 10 commandements que je donnerais aux gourmet·tes (si le mot « gourmette » n’existait pas encore dans ce sens, je viens de l’inventer).

  1. Mangez quand vous avez faim !
  2. Privilégiez la qualité à la quantité !
  3. Réclamez si le repas n’est pas bon !
  4. Sachez distinguer ce qui n’est pas bon de ce que vous n’aimez pas !
  5. Ne vous laissez pas duper par les artifices !
  6. Apprenez à comprendre ce que vous mangez !
  7. Abusez si c’est trop bon !
  8. Osez découvrir de nouveaux goûts !
  9. Partez à la découverte d’autres cuisines et d’autres chef·fes !
  10. Mettez-vous au fourneau, devenez chef·fe !

Hier: Cuisine spirituelle. 10 commandements pour les chef·fes.

Cuisine spirituelle. 10 commandements pour les chef·fes.

Si la théologie et la pastorale était de la cuisine, voici les 10 commandements que je donnerais aux chef·fes.

  1. Faites une cuisine digeste !
  2. Reprenez ce que la tradition a de bon !
  3. N’hésitez pas à mettre du vôtre !
  4. Cuisinez un peu pour vous et beaucoup pour les autres !
  5. Cherchez plus souvent à nourrir qu’à éblouir !
  6. Faites plaisir !
  7. Variez vos plats !
  8. Proposez une cuisine fusion !
  9. Goûtez la cuisine de vos collègues… et de vos concurent·es !
  10. Partagez vos secrets !

Demain: Gastronomie spirituelle: 10 commandements pour les gourmet·tes.

Plutôt une théologie métissée qu’une théologie pure!

Quand on est théologien, on l’est dans tous les moments de son quotidien! J’ai dû l’être quand une connaissance m’a demandé si j’enseigne une « théologie pure ». Vaste question que celle de la pureté de la théologie…

Est-ce une question de référence? Une théologie pure serait alors celle qui serait « purement biblique », « purement fondée sur les enseignements de l’Église » ou « purement inspirée par l’Esprit ». Si c’est bien ça, alors, une théologie ne peut jamais être pure. Car la Bible n’est ni uniforme ni univoque, les Églises ont profondément évolué au cours du temps et l’Esprit n’inspire pas les mêmes choses ni partout, ni tout le temps, ni à tout le monde. La théologie n’est jamais pure, car ce que nous sommes et ce que nus ne sommes pas, ce que nous voulons ou ne voulons pas vient toujours s’interposer entre nous et la Bible, entre nous et l’Église, entre nous et l’Esprit.

Est-ce une question de méthode? Une théologie pure serait alors celle qui ne sortirait pas de son cadre de référence, qui ne ferait que répéter les textes bibliques ou les doctrines de l’Église ou les inspirations de l’Esprit sans rien ajouter. Si c’est bien ça, alors, une théologie ne peut jamais être pure. Car on n’accède ni à la Bible, ni à la doctrine de l’Église, ni à l’Esprit sans des médiations culturelles, à commencer par des langues qu’il est préférable de comprendre, des contextes historiques qu’il est préférable de connaître, des interprétations dont il est préférable de tenir compte. Elle n’est jamais pure, car nos expériences, nos connaissances et nos ignorances viennent toujours s’interposer entre nous et la Bible, entre nous et l’Église, entre nous et l’Esprit.

S’il ne peut exister de théologie pure, alors la théologie est forcément métissée (j’avais envie d’écrire « bâtarde », mais cela sonne un peu trop péjoratif). Elle est toujours un mélange de confiance et de doute, de foi et d’idolâtrie, de savoir et d’ignorance, de fantasme et de vérité, de culture et d’inculture collectives et personnelle, d’expériences heureuses et malheureuses, de d’espoir et de désespoir… (à vous de compléter la liste). Elle est forcément purement humaine et c’est la seule théologie que nous pouvons faire. Et c’est la meilleure théologie que nous pouvons faire. Et c’est la théologie la plus évangélique que nous pouvons faire.

(Légèrement modifié le 14 mai 2021)

Dieu « qui voit dans le secret » porte-t-il: a) un regard bienveillant b) un regard déshumanisant?

Travaillant sur les rites célébrés à distance pendant les périodes de confinement, je me plonge dans un ancien article qui m’a été recommandé par le journaliste et théologien suisse Michel Kocher (lire sa brève présentation sur Réformés.ch) . En 1978, le professeur de théologie pratique Jean-Marc Chappuis (lire sa notice dans le Dictionnaire historique de la Suisse) réfléchissait sur la réalité de la présence de celles et ceux qui écoutent et/ou regardent le culte ou la messe à la radio ou à la télévision.

J’y lis ces lignes qui me semblent rester d’actualité, tant dans la constance du regard bienveillant de Dieu que dans le renforcement de la technologie omnivoyante et déshumanisante.

« La question n’est plus en effet aujourd’hui de savoir comment je puis me comporter devant le regard omniscient de Dieu. Cette question est deux fois dépassée. Elle est dépassée parce que l’Evangile nous a révélé que le regard de Dieu « qui voit dans le secret » est un regard aimant qui ne fait pas de nous des objets inertes et manipulables, mais des sujets actifs et responsables. Elle est dépassée parce que la technologie moderne a extériorisé le péril de l’omnivoyance. Le regard intérieur de Dieu est relayé par le regard extérieur de la société. À tout moment, je puis sans m’en douter être réduit à l’état d’objet, et d’objet « dépouillé et possédé » à quoi le regard d’autrui sur moi me condamne selon l’analyse sartrienne. » Jean-Marc Chappuis (1978). « La Téléprésence réelle », Positions Luthériennes, 26/2, page 161.


Je recommande très vivement la lecture de la petite fiction de Jean-Marc Chappuis Ecclesiastic Park, Histoire fantastique de William Bolomey, dernier pasteur chrétien, paru chez Labor et Fides en 1984 et réédité en 1998.

« Que peut-il se passer au XXIe siècle lorsque sociologues, ethnologues, psychoallergologues et autres savants découvrent parmi les anciennes cures métamorphosées en centres culturels une communauté chrétienne oubliée où le pasteur William Bolomey (2021-2102) continue fidèlement d’officier ? Tout simplement une cascade de conséquences plus imprévisibles les unes que les autres, qui éclairent d’un humour discret la fin du XXe siècle. »


Oui, les professeurs de théologie pratique peuvent avoir des visions prophétiques… Et pour ne pas laisser d’ambiguïté, je précise que le prophète annonce un avenir possible pour nous inciter à l’empêcher d’arriver.


Ajout à 16h40: Michel Kocher évoque la téléprésence réelle dans un entretien avec Joël Burri: « La radio permet de vivre un événement de la Parole », Réformés.ch, 13 mars 2020.