théologie

Le culte, ce n’était pas mieux avant!

© Olivier Bauer, 2018

Faire de la théologie, c’est penser ce que l’on croit

Lorsque j’ai vu cette affiche à la Gare de Lyon à Paris, je me suis immédiatement senti concerné. Souscrivant aux deux affirmations de Jean-Michel Ribes (lire sa biographie sur Wikipedia), j’ai eu envie de la compléter pour rappeler que faire de la théologie, c’est penser ce que l’on croit. Et qu’on fait de la théologie dès qu’on pense ce que l’on croit.

Illustration de Stéphane Trapier d’après une citation de Jean-Michel Ribes; photographiée le 1er février 2018 à la Gare de Lyon (Paris); retravaillée par Olivier Bauer. Crédit: Olivier Bauer

On trouvera plus de renseignements sur l’artiste (Stéphane Trapier, pas Olivier Bauer) sur son site: Illustrissimo.


Pour une réflexion sur la théologie, on peut lire sur mon blogue:

Pourquoi refuser à la théologie, à la foi et aux Églises le droit de changer?

Préparant un séminaire de Master que je donnerai ce printemps à l’Institut lémanique de théologie pratique au sein des Universités de Lausanne et de Genève que j’ai intitulé: «491 ans de théologie pratique et de pratiques théologiques protestantes en Suisse romande» (titre un peu long, je vous l’accorde), je tombe sur une citation de Voltaire ironisant contre une théologie devenue libérale à Genève:

«Il y a à peine vingt genevois qui n’ont pas renié Calvin autant que le pape.» Cité par Favre, O. (2006). Les Églises évangéliques de Suisse: origines et identités. Genève: Labor et Fides, p. 74

«Et alors?», ai-je envie de répondre.

Voltaire (1694-1778) aurait préféré avoir en face de lui Calvin (1509-1564) plutôt que celles et ceux qui pensaient la théologie dans le contexte du 18e siècle. Des clones du Réformateur auraient sans doute fait des adversaires plus faciles à battre!

Pour ma part, je suis heureux que la théologie, la foi et les Églises puissent et sachent évoluer, changer et se renouveler à mesure — trop souvent avec du retard, mais parfois avec un peu d’avance — que les êtres humains et les sociétés évoluent, changent et se renouvellent. Et je sais quelles le doivent aussi à des gens comme Voltaire! Qui aurait plutôt dû se réjouir que les Genevois aient changé!

Et c’est pour partager cette conviction que je vais montrer aux étudiant·es comment on peut faire et comment on ne doit pas faire de la théologie pratique après 491 ans d’histoire protestante en Suisse romande.

Découvrir le protestantisme. Un parcours de formation

La Réforme protestante a 500 ans. Joyeux anniversaire la Réforme!

Je saisis l’occasion pour vous proposer de découvrir ou de redécouvrir le protestantisme dans un parcours de formation en sept étapes:

Découvrir le protestantisme: Accueil

  1. « Histoire protestante » pour apprendre d’où vient le protestantisme et comment il s’est diffusé sur les cinq continents.
  2. « Théologie protestante (1) » pour découvrir cinq grands principes de la théologie protestante.
  3. « Théologie protestante (2) » pour s’apercevoir qu’il y a deux grandes manières très différentes d’être protestant·e.
  4. « Ecclésiologie protestante » pour comprendre qu’en protestantisme, l’Église est toujours secondaire, mais jamais inutile.
  5. « Éthique protestante » pour savoir ce qu’un·e protestant·e doit faire pour bien faire.
  6. « Esthétique protestante » pour voir et entendre que les protestant·e·s aiment aussi ce qui est beau.
  7. « Spiritualité protestante » pour partager quelques aspects de la relation protestante avec Dieu.

Pour simplifier votre apprentissage, j’ai adopté la même structure pour chaque étape:

  • « Découvrir »: réfléchir à partir d’une image ou d’une musique, parfois surprenante.
  • « Apprendre »: étudier grâce à un diaporama présentant les principales informations.
  • « Approfondir et partager »: découvrir et discuter un avis autre que le mien.

Je ne prétends pas tout vous enseigner sur le protestantisme, ni vous enseigner tout le protestantisme, mais simplement vous faire découvrir la théologie qui me fait vivre: croire par soi-même, avec les autres et grâce à Dieu.

Bon parcours!

« Tu es pour, alors je suis contre! » « Tu es contre, alors je suis pour! »

Dimanche 24 septembre, j’ai vécu la messe à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Ce jour-là, l’Église catholique prescrivait de lire l’histoire des ouvriers de la onzième heure:

Un vigneron décide de vendanger sa vigne. Le matin, il engage des vendangeurs et fixe leur salaire. Vers midi, comme la vendange est loin d’être finie, il engage des vendangeurs supplémentaires. Et à la fin de l’après-midi, il en engage encore quelques autres. L’histoire est d’une banalité consternante. Sauf qu’à la fin de la journée de travail, le,vigneron décide de donner le même salaire à tous les vendangeurs, peu importe leur temps de travail. Et quand un vendangeur lui reproche son injustice, il lui répond: « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? ». (Évangile attribué à Matthieu, chapitre 20; traduction de la Bible de la liturgie)

Remarque purement économique. Le vigneron me paraît sympathique, je me demande cependant ce qui s’est passé le lendemain quand il a décidé d’engager des vignerons pour vendanger sa seconde vigne. A-t-il trouvé des gens assez bêtes pour commencer à travailler tôt le matin?

La formulation de la conclusion m’a surpris. Car j’ai l’habitude d’une autre traduction de la dernière question: « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? ». (Traduction de la Bible Segond 21)

J’ai vérifié comment différentes bibles traduisaient cette dernière question et j’ai découvert que la traduction dépendait de la confession.

Traductions catholiques de la Bible

  • « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? » Bible de la liturgie
  • « N’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon? » Bible de Jérusalem

Traductions protestantes de la Bible

  • « Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Nouvelle Bible Segond
  • « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Bible Segond 21

La traduction œcuménique de la Bible correspond aux versions catholiques : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon? ». Et la traduction juive faite par André Chouraqui aussi : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est à moi? Ou bien ton œil est-il mauvais parce que, moi, je suis bon? ».

Je trouve la différence existentiellement importante.

  • Dans les versions protestantes, le mauvais œil est simplement un jugement porté sur la bonté. Celui où celle qui n’en profite pas ne l’apprécie pas.
  • Mais les traductions catholiques font du regard mauvais, de la jalousie et du mauvais œil une conséquence de la bonté. C’est l’attitude du vigneron qui détermine celle du vendangeur. Si le vigneron avait peu payé les derniers ouvriers, l’œil du vendangeur aurait peut-être été tout autant mauvais, parce qu’il lui aurait reproché de ne pas se montrer assez généreux.

Cette version catholique me plaît. Car elle dénonce un risque que nous courons toutes et tous et moi le premier. Nous avons tendance à déterminer par rapport aux autres: « Tu es pour, alors, je suis contre! ». « Tu es contre, alors, je suis pour! ». Ce qui n’est pas forcément négatif, car la critique oblige à chercher à faire mieux, à être mieux. Mais ce qui se révèle stérile comme position de principe. Et je pense à certaines relations personnelles ou à certains débats institutionnels.

N’éprouvant pas le besoin de reprocher aux catholiques leur traduction, le théologien protestant du quotidien évite de tomber dans le travers dénoncé par l’histoire des ouvriers de la onzième heure. Ce qu’évidemment, il ne fait pas toujours! Et il remercie les catholiques qui ont traduit la Bible et l’Oratoire Saint-Joseph qui lui a permis d’entendre cette traduction.

Mes cours à l’Université de Lausanne: « Ritualités » et « Introduction à la théologie pratique »

Au semestre d’automne, je donne deux cours de Bachelor à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne. Et tout le monde (ou presque) peut les suivre comme auditeur ou auditrice libre (voir les conditions d’admission). Pour obtenir plus d’information ou pour vous inscrire, contactez le secrétariat de l’Institut lémanique de théologie pratique (envoyer un courriel au secrétariat de l’ILTP)!

Bauer, O. (Automne 2017). Les ritualités. Apprentissage par problème, Bachelor, Université de Lausanne. Le vendredi de 9h15 à 11h00; du 22 septembre au 15 décembre.

Les rites sont à la mode ! Mais quelles fonctions leur sont-elles accordées ou refusées ? Dans la partie cours, nous découvrirons ce que différentes approches incluent sous le vocable « ritualité » et nous comprendrons les différentes manières d’analyser les rites religieux. Dans la partie séminaire, chaque étudiant·e travaillera en groupe pour appliquer les théories de la ritualisation et du meaningless et créer un rite autour de la naissance selon la demande de Marie Ndongo.

Bauer, O. (Automne 2017). Introduction à la théologie pratique I: Maîtriser la praxéologie pastorale, Bachelor, Université de Lausanne. Le mercredi de 13 h 15 à 15 h; du 20 septembre au 20 décembre.

Au terme du cours, les étudiant·es

  • Sauront que la théologie pratique porte sur « les pratiques évangéliques ».
  • Auront interprété une pratique chrétienne à l’aide de la méthode de praxéologie théologique.
  • Auront jugé la fidélité et l’efficacité d’une activité de l’aumônerie universitaire.
  • Maîtriseront les cinq étapes de la méthode empirico-herméneutique et pourront l’appliquer à d’autres pratiques.
  • Auront articulé des référents en théologie et des référents en sciences humaines.

Pour connaître mes cours à l’UNIL, consulter la page: « À l’Université de Lausanne: les syllabus de mes cours«