foi

Trop de foi nuit à la santé spirituelle. Trop de chrétien-ne-s rend la terre indigeste. Et c’est Jésus qui le dit!

Dans les évangiles, Jésus utilise trois fois la métaphore du sel.

« C’est vous qui êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, avec quoi le salera-t-on? Il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les gens. » Évangile attribué à Matthieu, chapitre 5, verset 13

« Le sel est une bonne chose; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi l’assaisonnerez-vous? Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. » Évangile attribué à Marc, chapitre 9, verset 50

« Le sel est une bonne chose; mais si le sel devient fade, avec quoi l’assaisonnera-t-on? Il n’est bon ni pour la terre, ni pour le fumier; on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende! » Évangile attribué à Luc, chapitre 14, versets 34 et 35

Évidemment, Jésus s’est trompé. Le sel ne peut pas perdre sa saveur, il ne peut pas devenir fade. Car c’est le chlorure de sodium, c’est-à-dire le sel, qui fait le goût de sel et le goût du sel (d’autres minéraux peuvent donner à chaque sel un goût particulier). Ou alors, Jésus ne s’est pas trompé. Mais alors, il faut prendre sa métaphore au sérieux et admettre que, comme le sel, son/sa disciple ne risque pas de perdre sa saveur ni de devenir fade, qu’il n’a pas besoin de se faire assaisonner ni saler. Ce qu’il est, il le reste. Il ne sera jamais jeté dehors; il ne sera même jamais utilisé pour la terre ou le fumier.

Mais la métaphore soulève un deuxième problème, celui de la quantité.

Elle se pose sur un plan individuel. Car chez « Marc », la métaphore du sel concerne des individus. Jésus dit à ses disciples: « Ayez du goût! Soyez savoureux! Épicez votre existence! ». Et je trouve que Jésus a raison. Mais je sais que l’abus de sel est dangereux pour la santé. Et j’entends Jésus dire: « Ayez du sel en vous-mêmes… mais pas trop! ». Trop de foi (et je me refuse d’ajouter un qualificatif: une foi trop aveugle ou trop fanatique) nuit à la santé spirituelle.

Mais le risque vaut aussi collectivement. Car chez « Matthieu », la métaphore du sel concerne le monde et la société. Jésus dit à ses disciples: « C’est à vous de donner du goût, de la saveur au monde! C’est à vous d’épicer la société, d’y mettre votre grain de sel! ». Et je trouve que Jésus a raison. Mais je sais que trop de sel rend les plats immangeables. Et j’entends Jésus dire: « C’est vous qui êtes le sel de la terre… mais ne soyez pas trop nombreux! ». Trop de chrétien-ne-s rend la terre indigeste. Et je n’ai pas besoin de convertir tout le monde; et je peux même me réjouir qu’il y ait, là où je vis, moins de chrétien-ne-s.

Les quatre grands principes du protestantisme

Selon la tradition, Martin Luther, un moine allemand, aurait, le 31 octobre 1517, affiché 95 thèses contre les indulgences sur la porte de la chapelle du château de Wittemberg, en Allemagne (le Musée virtuel du protestantisme décrit l’événement et propose le texte français des 95 thèses).

Pour apporter ma contribution à la commémoration, je recopie la présentation des quatre grands principes du protestantisme par le théologien français André-Numa Bertrand (1876-1946). Le livre duquel je tire ce texte n’est pas tout jeune (le livre est paru en 1930!). L’écriture peut paraître surannée, mais la citation montre clairement et simplement comment les grands principes du protestantisme répondent à quatre questions humaines et spirituelles fondamentales.

  1. Quelle est la réalité fondamentale de la vie chrétienne? Dieu veut nous réintroduire par Jésus-Christ dans la vie supérieure à laquelle il nous destine; qu’est-ce qui nous y fera pénétrer? À cette question, les Réformateurs répondent par le principe du salut par la foi, qui fait du protestantisme une religion de la vie profonde.
  2. Ce salut est-il octroyé au fidèle comme la rémunération de son effort moral, le fruit naturel de son obéissance à l’Église? Ou bien est-il une réalité vers laquelle doit tendre le chrétien, mais qui reste toujours un don, tant elle dépasse l’homme, l’Église et ce que l’un et l’autre peuvent atteindre ou mériter? À cette question, les Réformateurs répondent par le principe du salut gratuit qui fait du protestantisme une religion de l’humilité et du désintéressement.
  3. Cette vie que Dieu fait naître en lui, comment le fidèle assurera-t-il sa conformité avec la vie issue de Jésus-Christ? En trouvera-t-il le type et la norme dans les documents bibliques ou dans la tradition de l’Église? Quelle autorité décidera ce qui est authentiquement chrétien? À cette question, les Réformateurs répondent par le principe de l’autorité des Écritures, qui fait du protestantisme une religion de la Bible.
  4. Enfin, cette autorité étant reconnue en principe, qui formulera pratiquement ces décisions? Ce type de vie chrétienne que nous dégageons des Écritures, qui nous garantira sa valeur, sa conformité avec la volonté de Dieu à notre égard? À cette question, les Réformateurs répondent par le principe du témoignage intérieur du Saint-Esprit, qui fait du protestantisme une religion de la liberté, ou plus exactement de l’inspiration individuelle.

Bertrand, A.-N. (1985). Protestantisme. Genève & Paris: Labor et Fides & La Librairie protestante, p. 106.


Sur le protestantisme, lire aussi sur mon blogue:

Lire dans la parole de Dieu?

J’avais dit que j’écrirais deux articles sur la Bible, mais je ne peux m’empêcher d’en ajouter un troisième.

J’ai lu un jour, affiché dans un temple réformé français, un excellent petit texte sur le rapport entre la Bible et la parole de Dieu. L’auteur-e (je crois qu’il ou elle était anonyme, mais s’il/elle se reconnaît qu’il me fasse signe) commentait une phrase rituelle du culte protestant, souvent prononcée au moment de lire la Bible: «Nous lisons dans la parole de Dieu». On serait en droit de juger une telle formule paradoxale, disait-il/elle. Car une parole (fût-elle celle de Dieu) ne se lit pas. Elle s’entend ou elle s’écoute. Mais si elle est paradoxale, c’est volontairement, précisait-il/elle. Car la brève formule décrit exactement ce qui se passe quand on lit la Bible. Elle exprime en peu de mots une profonde vérité théologique. Lire la Bible, concluait-il/elle, c’est lire un texte en espérant qu’il devienne une parole, une parole vivante, une parole de Dieu. Ce qui n’est jamais certain, mais qui est toujours possible!

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt.

Après sa subordonnée hypothétique «Si Dieu existe», Joann Sfar n’ajoute rien. Pas même trois points de suspension.

«Le carnet s’appelle Si Dieu existe. Je me suis dit qu’avec un titre aussi con, j’allais attirer du monde. »

Et d’ailleurs:

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p.212

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p.212

À 43 ans, Joann Sfar devrait avoir tout pour être heureux : ses bandes dessinées ont du succès – lire notamment sa série Le chat du Rabbin –, ses films ont du succès – voir notamment son Gainsbourg (Vie héroïque), – il collabore au Huffingtonpost.fr et il publie Si Dieu existe, son onzième carnet, un mélange de dessins (des crobars !) et de textes manuscrits où «il évoque son quotidien, sa famille, ses passions, ses coups de foudre et ses coups de gueule» et il «est en bonne santé». Seulement voilà, « il y a un an, [il] s’est séparé», « il y a six mois [son] papa est mort», et puis le 11 janvier 2015, «l’anniversaire de la mort de [sa] mère», «c’était le défilé pour les copains de CHARLIE HEBDO» (p. 6).

Il me semble que, dans ce contexte personnel et collectif, Joann Sfar met en évidence ce qui dans le quotidien fait changer le cours des choses: pour lui, pour les musulmans, pour la France. Serait-ce ce qui pourrait faire que «Dieu» existe? J’y reviendrai en conclusion.

Qu’est-ce qui change le cours des choses?

Pour Joann Sfar:

  • Esther qui le «sauve» en lui suggérant de se mettre à la capoeira.
  • Les chansons de Charles Trenet, un Big Band qui joue du jazz qui l’aident à pleurer.
  • La beauté des mannequins qu’il connaît, qu’il dessine et qui «ont toutes un côté premières de la classe.» (p. 87)
  • Marceline Loridan (86 ou 87 ans), une rescapée d’Auschwitz qui veut «parler du nazisme d’aujourd’hui.» (p. 200)
  • Sa «capuche de racaille» qui le «protège de la pluie.» (p. 221)

Pour les musulmans:

  • Des «voix musulmanes» venant «du Golfe» et disposant «de beaucoup de pétrodollars» qui peuvent apaiser l’islam (p. 16).
  • La génération future qui «aura soif d’émancipation.» (p. 127)
  • Un musulman qui «dit: “Le blasphème, c’est pas ma culture. Mais je suis ulcéré qu’on tue”.» (p. 193)

Pour la France (sous la forme d’un vœu ou d’un devoir):

  • Que «ce pays» parvienne à «créer pour ses enfants une cause plus attractive que l’islam fondamentaliste.» Car «la République aussi […] c’est une grande religion» (p. 70)
  • Qu’elle reste «un pays où la liberté des uns n’est pas limitée par la croyance des autres.» (p. 125).

Qu’est-ce qui peut changer le cours des choses (ou de qui «Dieu» est-il le nom)?

  • Les idées: «En France, grâce aux grecs, grâce à Spinoza, grâce aux Lumières, nous habitons les habitants du ciel des IDÉES. Nous savons que ces dieux, les IDÉES, sont des outils pour appréhender le monde. Ces éléments sont sacrés à mes yeux mais chacun a le droit de s’en emparer, de les discuter, de les nier ou d’en rire.» (p. 27)
  • Les personnages imaginaires que Joann Sfar se crée en vis-à-vis: le chat du Rabbin qui l’aide à dessiner… le chat du Rabbin; un corbeau qui «incarne à la fois [son] chagrin et aussi les ailes noirs des bigots.» (p. 40); un rabbin de sexe féminin («my own private Rabbi… with benefits») inspirée par Barbara Streisand, qui «couche avec [lui] dans ses dessins et à qui [il] parle tout le temps.» (p. 110-117).
  • Et Dieu! Quel Dieu? Ce Dieu!

«Las de prier mon amour du prochain, je rêve simplement d’un peu de justice divine. Ce Dieu dont on m’a dit pendant toute mon enfance qu’il punissait les méchants, où est-il? Je n’ai pas besoin, dans mes moments de désarroi, du Dieu absent et en creux de Levinas. Je veux le Dieu des petits enfants, avec une barbe de Père Noël, une main qui caresse et aussi une panoplie de Batman au cas où on le ferait vraiment chier.» (p. 205)

Peut-on faire quelque chose dans le cours des choses?

Faire confiance: «La foi peut se concevoir sans Dieu, sans corpus religieux. Elle tient dans cet espoir qui rend la vie paisible: Lorsque je ferai un pas en avant, la terre ne se dérobera pas sous mes pieds.» (p. 68)

«Parvenir à sortir d’une lecture religieuse du monde.» Mais «ça n’arrivera pas. Pardon. […] Je rêve que les fondamentalistes abandonnent leurs croyances et il se produit l’inverse: par désespoir, c’est moi qui me remets à faire des prières.» (p. 204)

Et peut-être, mais c’est l’ajout du pasteur qui sommeille en moi, faire advenir Dieu aux autres, sinon le faire exister (comme Levinas, je crois en un Dieu absent et creux; en ce sens, il «n’existe» pas). Comme un certain chat, comme un certain corbeau, comme une certaine rabbin… Comme un certain Joann Sfar!

Et de toutes façons:

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p. 1

Sfar, J. (2015). Si Dieu existe: les carnets de Joann Sfar. Paris: Delcourt. p. 1

Le sang de Jean-Paul II à Montréal

Je viens de vivre un échange de gazouillis un peu surréaliste, dont voici le résumé en image.

 

Me voilà maintenant bien informé. Mais je me pose encore trois questions, auxquelles je prendrai bien garde de répondre, si ce n’est par d’autres questions…

  1. D’où vient ce sang du pape Jean-Paul II?  Y aurait-il une sorte de banque du sang des papes, dans lesquelles le Vatican conserverait des échantillons au cas où un sang révélerait des pouvoirs exceptionnels? Ou quelqu’un de l’entourage de Jean-Paul II lui aurait-il soutiré quelques gouttes de sang, peut-être en toute discrétion, avec le projet d’une telle exploitation?
  2. Quel est l’intérêt de faire voyager cette relique de cathédrales en églises catholiques-romaines? Autrement dit de quel pouvoir cette relique est-elle investie? Et dans quel but? Puis-je rappeler que la Réforme protestante s’est (aussi) faite contre une telle exploitation de fidèles que certain-e-s préfèrent crédules? (Lire à ce propos le Traité des reliques par Jean Calvin)
  3. Question protestante donc totalement iconoclaste qui révèle le fond de ma pensée sur ce sujet: si un prêtre effectuait le bon rite, ce sang pourrait-il se transsubstantifier en vin?