culte

Le culte, ce n’était pas mieux avant!

© Olivier Bauer, 2018

Le Christ se trouve-t-il dans le pain ou dans le sel?

La théologie pratique part toujours d’une expérience. Laissez-moi vous raconter celle que je viens de faire!

Le pasteur Jean-François Ramelet m’invite à prêcher à l’Esprit sainf, lieu phare de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud, dans un cycle de cultes sur le goût. Je choisis d’évoquer le sel. Et je décide de partir d’un petit verset dans lequel trois évangiles font dire à Jésus: «Vous êtes le sel de la terre.» (Matthieu 5,13), «Ayez du sel en vous!» (Marc 9,49-50) et «Le sel est une bonne chose.» (Luc 14,34-35).

Le samedi précédent ma prédication (le culte a lieu le samedi soir), je me rends à Saint-François pour le culte consacré à l’acide. Au moment de la Cène, j’ai la surprise de découvrir que le pain a un goût de safran (pour celles et ceux qui connaissent, c’est une cuchaule).

Lundi en terminant ma prédication, je réalise que je suis un peu dur avec le sel. Je dis en substance que trop de sel est mauvais pour la santé, pour la foi et pour la terre. Je suggère donc de célébrer la Cène avec du pain sans sel. Après avoir vérifié que l’on va trouver du pain sans sel, l’idée est acceptée.

Mardi matin, je reçois un courriel d’un officiant laïc. Il craint que la célébration de la Cène avec du pain sans sel soit mal vécue. Car les trois évangiles font aussi dire à Jésus: «Si le sel perd son goût, il ne sert à rien et il ne reste plus qu’à le jeter.» Je reconstruis son raisonnement : un pain sans sel, c’est un pain sans goût; donc un pain sans sel, c’est un pain sans Christ.

Mercredi matin, nous avons une conversation téléphonique et nous clarifions le malentendu. Nous garderons le pain sans sel et je présenterai dans le culte la raison qui me l’a fait choisir.

L’expérience se termine ici et la théologie pratique s’en empare.

Le Christ est-il dans le pain où dans le sel? La théologie pratique répond que la question n’est pas pertinente. Dans une perpective protestante réformée, le Christ n’est présent ni dans le pain, ni dans le sel. S’il est présent dans la Cène, il l’est dans le geste de partager une nourriture. Peu importe que le pain soit de la cuchaule ou du pain de campagne; peu importe qu’il soit assaisonné de safran; peu importe qu’il soit avec ou sans sel; et même, peu importe que ce soit du pain ou un autre aliment! Mais l’expérience montre que le goût des aliments n’est pas sans importance. Pour l’officiant laïc, il n’est pas indifférent que le pain contienne ou ne contienne pas du sel. Plus généralement, manger du pain, du riz ou de la noix de coco n’a pas la même valeur théologique.

Samedi soir, j’espère qu’en mangeant du pain sans sel, les célébrantes et les célébrants ressentiront un manque et qu’ils auront envie de devenir le sel de la terre. Pour saler, un peu, la terre, pour donner du goût à la vie, faire fondre les regards, les mots et les gestes qui glacent, assaisonner les débats, conserver ce qui risque de pourrir. J’espère qu’ils et elles auront envie d’offrir le sel de leurs larmes, de leur sueur et de leur sang.

Comme le culte a lieu ce soir, je ne sais encore rien de l’effet d’une Cène célébrée avec du pain sans sel.

Mieux vaut s’asseoir derrière! Sauf si…

On constate que les paroissien·nes qui assistent au culte préfèrent s’asseoir en arrière, sur les bancs du fond et de laisser libres, et donc vides, les places à l’avant. On en cherche les raisons: timidité, modestie, désir de rester près des portes, etc. Certain·es (pasteur·es, théologien·nes, etc.) leur adressent des reproches. Certain·es (pasteur·es, théologien·nes, etc.) les encouragent ou les forcent à s’asseoir devant.

Mais un dimanche matin de janvier, j’ai compris qu’on a tort. Et j’ai réalisé ce qui m’empêche de m’asseoir au premier rang.

Quand les lieux où se déroule le culte sont organisés en rangées de bancs ou de chaises, alignées les unes derrière les autres, m’asseoir au premier rang, c’est me condamner à ne voir personne d’autre que les officiant·es, c’est me faire me sentir seul. M’asseoir derrière, c’est me permettre de voir au moins des dos, des épaules, des nuques, bref, des gens. M’asseoir derrière, c’est me faire sentir membre d’une communauté.

Mais on ne peut pas toutes et tous s’asseoir derrière. Et il y a toujours des gens qui se retrouvent devant. Alors, que faut-il faire?

Il faut changer la disposition des bancs ou des chaises. Les disposer en carré ou en «U» pour que, même assis au premier rang, les paroissien·nes puissent voir des gens: les officiant·es et d’autres paroissien·nes. Pour qu’ils et elles puissent voir  des visages plutôt que des dos. Pour leur permettre, pour me permettre, pour nous permettre de participer au culte avec et dans une communauté.


P.S. Comme la même remarque vaut pour les étudiant·es qui assistent aux cours, c’est décidé. J’organiserai toujours mes classes en carré ou en «U» pour permettre et faciliter les échanges entre étudiant·es, pour leur permettre de participer au cours plutôt que d’y assister. C’est un engagement!

Mon nouveau livre: Les cultes des protestant·e·s

Le 8 mars paraitra mon nouveau livre: Bauer, O. (2017). Les cultes des protestant·e·s. Méthodes originales pour approcher les rites (Labor et Fides). Genève: 148 pages.

 

Enfin un livre qui expose ce que les cultes sont avant de prescrire ce qu’ils devraient être ! Enfin un livre qui fait place à la diversité des cultes que célèbrent les protestant.e.s ! Enfin un livre qui explore comment les cultes sollicitent ou ne sollicitent pas les différents sens de l’être humain ! Dans cet ouvrage, Olivier Bauer parcourt l’ensemble du culte avec neuf articles consacrés aux cultes, neuf articles nourris par trente ans d’expérience comme théologien et comme pasteur en Suisse, en France, en Polynésie française, aux États-Unis et au Canada, neuf articles publiés entre 2001 et 2014 en Europe et en Amérique du Nord.

Qui célèbre des cultes y trouvera des propositions pratiques. Qui s’intéresse aux coulisses y trouvera des informations inédites. Qui se pose des questions de fond – à quoi sert le culte ? La foi vient-elle seulement de ce que l’on entend ? Quel est le statut des médiations théologiques ? – y trouvera des réponses. Qui étudie le rite y trouvera des outils méthodologiques et des concepts : observation sensorielle, théorie des jeux, ritualisation, actions liturgiques. Qui aime les débats y trouvera la lettre qu’Olivier Bauer a envoyé à Joseph Ratzinger (Benoît XVI) pour critiquer sa conception de la messe.

On peut le commander tant chez Labor et Fides qu’auprès d’une librairie « dans la rue » ou « en ligne ».

Humour et prédication

Pour marquer le début de mon cours intensif d’homilétique, voici cinq anecdotes sur la prédication. À certain-e-s, elles paraîtront éculées (et c’est vrai qu’elles ne sont pas neuves), mais elles me paraissent encore formatrices.

  • Une paroissienne fait remarquer au pasteur qui lit ses prédications: «Si vous ne pouvez vous souvenir de votre prédication, comment voulez-vous que nous y parvenions?»
  • Une pasteure répond à ses paroissiens qui lui reprochent de prononcer trop souvent la même prédication: «Quand vous appliquerez la première, j’en ferai une seconde!»
  • Jaloux de son collègue pentecôtiste qui improvise ses prédications, un pasteur décide de ne rien préparer et de prêcher ce que Dieu lui inspirera. Le dimanche matin, quand il monte en chaire, il entend une petite voix qui lui répète: «Tu es paresseux, tu es paresseux.»
  • Une professeur d’homilétique enseigne à ses étudiant-e-s: «Il vaut mieux que le soupir qui suit la fin de votre prédication soit d’étonnement plutôt que de soulagement!»
  • Un pasteur explique sa méthode de prédication: «Quand je lis un texte biblique, je me demande ce qu’un pasteur dirait… Et je prêche exactement le contraire!»

À compléter par vos propres anecdotes…

Quel goût a le Christ?

On sait probablement que le christianisme établit des liens entre le pain et le corps du Christ. Des liens sont aussi divers que les pains utilisés. Jean-Jacques Agbo, un prêtre catholique suisse venu à Montréal pour mener des recherches sur la messe et les six sens, m’apprend que si l’hostie est insipide, c’est pour éviter que l’on n’attribue un goût au Christ. Il me fait réaliser que le protestantisme exprime autrement la même altérité. Il varie les pains: blanc, brun ou noir; de campagne ou brioché; complet ou sans gluten; plat ou levé; de blé, de seigle ou d’épeautre. Sucré-salé, aigre-doux, umami et pimenté, le Christ est toujours ailleurs sur la palette des goûts, sur l’échelle des saveurs.