culte

Carte d’identité des protestant·es français·es

Vu le succès de ma « Carte d’identité des protestant·es suisses », je propose de dresser celle des protestant·es français·es. Les chiffres proviennent d’une Enquête auprès des protestants réalisée par l’Institut de sondage Ipsos pour l’hebdomadaire protestant Réforme et la Fédération protestante de France. On verra que les intérêts sont différents selon les pays et selon celles et ceux qui « commandent » l’enquête.

Réalisée entre le 5 septembre et le 3 octobre 2017, elle porte sur un échantillon de « 500 personnes âgées de 15 ans et plus se déclarant de confession protestante ou évangélique ». Je me concentre sur les protestant·es « non-évangéliques ».

Je recopie les chiffres bruts en les classant dans l’ordre décroissant.

« Profil des répondants »

  • 53 % des protestant·es sont des hommes. 47 % des femmes.
  • 56 % des protestant·es ont entre 34-64 ans. 25 % ont 65 ans et plus. 19 % ont moins de 35 ans.
  • 35 % des protestant·es sont « retraité ». 20 % « employé ». 13 % « cadre supérieur ». 13 % « profession intermédiaire ». 9 % « ouvrier ». 5 % « artisan, commerçant, chef d’entreprise ». 1 % « inactif ».
  • Politiquement, 21 % des protestant·es ne sont proches d’aucun parti. 20 % sont proches des Républicains. 18 % du Parti socialiste/Europe Écologie les Verts. 17 % de La République en Marche/MoDem. 12 % du Front National. 10 % de la France Insoumise/Parti Communiste.
  • 87 % des protestant·es sont né·es en France métropolitaine. 12 % dans un autre pays. 1 % en France d’outre-mer.

« Rapport à la religion »

  • 80 % des protestant·es sont « né·es dans une famille protestante ». 20 % sont « devenu·es protestant au cours de son adolescence ou à l’âge adulte ».
  • Parmi les converti·es, 70 % viennent du catholicisme. 26 % n’avaient pas de religion. 2 % viennent « de la religion musulmane ». 1 % « de la religion juive ». 1 % « d’une autre religion ».
  • 74 % des protestant·es disent « qu’il faut poursuivre le rapprochement actuel entre les confessions chrétiennes sans pour autant chercher à les réunir ». 19 % « qu’il ne faut pas aller plus loin dans le rapprochement entre les confessions chrétiennes ». 7 % « qu’il faut désormais réunir les confessions chrétiennes en une seule église ».

« Niveau de pratique »

  • « D’habitude », 57 % des protestant·es ne vont jamais à un « office religieux » ou « uniquement pour les cérémonies, mariages, enterrements… ». 28 % y vont « une ou deux fois par mois » ou « de temps en temps, aux grandes fêtes ». 15 % « plusieurs fois par semaine » ou « une fois par semaine ».
  • « Chez elles ou eux », 64 % des protestant·es ne lisent jamais la Bible ou « plus rarement ». 20 % la lisent « au moins une fois par semaine » et « quelques fois par an ». 16 % la lisent « au moins une fois par semaine » ou « plusieurs fois par mois ».
  • 21 % des protestant·es appartiennent à une « association caritative ».

« Grands enjeux politiques »

  • Les protestant·es sont « d’accord ou plutôt d’accord » avec les affirmations suivantes à…
90 %« Il faudrait faire davantage pour lutter contre le réchauffement climatique »
79 %« Dans certaines circonstances, chacun devrait pouvoir choisir le moment de sa mort »
64 %« L’ouverture des droits au mariage aux couples homosexuels est une bonne chose »
63 %« Il y a trop d’immigrés en France »
60 %« C’est un devoir pour la France d’accueillir les réfugiés des pays en guerre »
60 %« Les couples homosexuels devraient pouvoir être bénis par les Églises »
58 %« En France, la laïcité prend trop souvent la forme d’un rejet des religions de la vie sociale »
57 %« Pour relancer la croissance, il faut limiter au maximum le rôle de l’État dans l’économie française et donner aux entreprises le plus de liberté possible »
56 %« À terme, il faut abandonner la production d’énergie nucléaire en France »
54 %« Les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment »
51 %« La Procréation Médicalement Assistée devrait être étendue aux couples de femmes »
46 %« La Gestation Pour Autrui (GPA) devrait être autorisée en France »

Lire aussi: Carte d’identité des protestant·es suisses

Carte d’identité des protestant·es suisses

Le 14 décembre 2020, l’Office fédéral de la statistique en Suisse a publié les « Premiers résultats de l’Enquête sur la langue, la religion et la culture 2019 ». Ils concernent la « Population résidante permanente âgée de 15 ans ou plus ».

Il m’a semblé utile d’en extraire les chiffres concernant la « Communauté protestante ». Elle réunit les « Églises nationales protestantes ou Réformés » distinguées des « Autres communautés évangéliques ou évangéliques libres » (1,5 %) et des « communautés luthériennes et des autres églises remontant à la Réforme ou des communautés chrétiennes internationales » (1,1 %) incluses parmi les « Autres communautés chrétiennes ».

Je recopie les chiffres bruts (complétés par quelques « données relatives au graphique ») en les classant dans l’ordre décroissant.

« Appartenance religieuse »

  • La communauté protestante représente 23,1 % de la population suisse.
  • Les 65 ans ou plus représentent 34,5 % de la communauté protestante. Les 50-64 ans 25,3 %. Les 15-34 ans 21,4 %. Les 35-49 ans 18,8 %.
  • La communauté protestante se compose à 87,2 % d’une « population non issue de la migration ». À 10,7 % d’une « population issue de la migration de 1re génération ». À 2,1 % d’une « population issue de la migration de 2e génération ou plus ».

« Pratiques religieuses et spirituelles » pendant les 12 deniers mois

  • 49,1 % de la communauté protestante a participé « aux services religieux collectifs » entre une et cinq fois par année. 24,6 % n’y a jamais participé. 19,6 % a participé entre six fois par an et au moins une fois par mois. 6,7 % au moins une fois par semaine.
  • 28,2 % de la communauté protestante a suivi une célébration religieuse « au moins sur un média ». 20,8 % « à la TV ». 9,2 % « à la radio ». 7,9 % « sur Internet ».
  • 38,1 % de la communauté protestante n’a « jamais prié ». 22,7 % a prié « tous les jours ou presque ». 21,6 % a prié « entre au moins une fois par semaine et au moins une fois par mois ». 14,1 % a prié « entre une et onze fois par année ». 3,1 % a prié « plusieurs fois par jour ».
  • Les membres de la communauté protestante ont déclaré être des personnes :
 TrèsPlutôtPlutôt pasPas du tout
Religieuses11,7 %28,3 %40,4 %19,6 %
Spirituelles6,7 %24,2 %35,0 %34,0 %
  • 22,3 % de la communauté protestante a « pratiqué de façon rituelle une technique basée sur le mouvement/la respiration ». 20,3 % a « utilisé des objets apportant chance, protection ou guérison ». 20,0 % a « entrepris des démarches allant dans le sens du développement personnel ». 15,9 % a « lu régulièrement un ou des livre(s) religieux, tels que la Bible, le Coran, la Torah ou un autre livre sacré ». 10,6 % a « lu régulièrement un ou des livre(s) ou magazine(s) traitant d’ésotérisme ou de spiritualité ». Personne n’a « recouru à un/une guérisseur/-euse », « demandé à se faire établir son horoscope ou recouru à un/e voyant/e », ni « participé à un rituel ésotérique, magique ou chamanique ».

« Croyances »

  • 39,7 % de la communauté protestante croit en un Dieu unique. 31,3 % ne croit « ni en un Dieu unique ni en plusieurs dieux », mais croit « en une puissance supérieure ». 18,9 % ne sait pas « si un Dieu unique ou plusieurs dieux existent » et ne croit pas « qu’on puisse le savoir ». 9,1 % ne croit « ni en un Dieu unique ni en plusieurs dieux ». 1,1 % croit « en plusieurs dieux ».

« Importance de la religion ou de la spiritualité »

  • 19,0 % des parents de la communauté protestante déclarent que leurs enfants appartiennent à la communauté protestante.
  • Pour 59,8 % de la communauté protestante, la religion ou la spiritualité joue « un rôle plutôt pas important ou aucun rôle » dans l’éducation des enfants. Pour 40,2 %, elles jouent « un rôle plutôt ou très important ».
  • 49,1 % de la communauté protestante « tient à transmettre d’autres valeurs qui ne soient ni religieuses ni spirituelles à ses enfants ». 22,9 % « tient à éduquer ses enfants selon les principes de sa religion ». 16,3 % n’est d’accord avec aucune des trois affirmations. 11,7 % « tient à transmettre des valeurs spirituelles à ses enfants ».

« Valeurs et attitudes »

  • 4,6 % de la communauté protestante a « fait l’expérience de la discrimination au cours des douze derniers mois dans au moins une situation concrète ».

Lire aussi: Carte d’identité des protestant·es français·es

Livre # 1 le 1er décembre 2020 : « Missel des dimanches 2021 »

Décembre 2020

Missel des dimanches 2021 : Nouvelle traduction liturgique. (2020). Cerf, 688 pages.

Une citation percutante

«Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’Univers : nous avons reçu de ta bonté le vin que nous te présentons, fruit de la vigne et du travail des hommes, il deviendra pour nous le vin du Royaume éternel.» (page 28) Présentation des dons, nouvelle traduction

Le livre

Le missel des dimanches se compose de deux grandes parties :

  • la «liturgie de la messe» et les «prières eucharistiques», c’est-à-dire la liturgie immuable, dimanche après dimanche (on verra que ce n’est pas tout à fait exact) ;
  • les textes variables pour chaque dimanche et chaque fête de l’année liturgique.

On y trouve aussi quelques textes explicatifs et quelques «prières des chrétiens» — par exemple le Notre Père, l’Ave Maria ou des prières avant les repas —, ainsi qu’une procédure d’examen de conscience dans le cadre du «sacrement de la réconciliation». Je présente les deux parties principales.

La liturgie de la messe

La messe dominicale est organisée en deux grandes parties «après l’ouverture de la célébration» (page 12) : la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique. Chacune de ces parties est réglée par une liturgie qui en fixe précisément le déroulement, les paroles et les gestes les plus importants. Voici comment s’ouvre la célébration :

«Le chant d’entrée achevé, tous, debout, se signent tandis que le prêtre dit :

Au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit.

Amen. » (page14) Les textes en gras doivent être prononcés par les participant·es

J’ai écrit que la liturgie de la messe est immuable, mais ce n’est pas exact. Il existe des variantes entre lesquelles le prêtre doit choisir : il peut faire demander au Seigneur de prendre pitié en français ou en grec, «Kyrie eleison» ; il peut faire prononcer la profession de foi selon le Symbole de Nicée Constantinople (le lire sur le site catholique.org), le Symbole des apôtres (le lire sur le site catholique.org) ou selon «un autre formulaire […] prévu par exemple pour la confirmation» (page 23) ; il peut même, lui « ou un autre membre de l’assemblée », « exprimer par une courte monition un aspect propre à la célébration du jour » (page 14). Il doit construire la prière eucharistique, c’est-à-dire la liturgie de l’eucharistie proprement dite, à partir des variantes proposées, selon les périodes — on trouve 3 préfaces pour Noël, 3 autres pour le carême, 5 pour la semaine pascale et 8 pour les « dimanches du temps ordinaire » — ou selon les circonstances : aux 4 prières eucharistiques s’ajoutent 2 versions «pour la réconciliation», 2 autres «pour les assemblées avec enfants» ainsi que des variantes «pour des circonstances particulières ». Il peut enfin, choisir quelques extraits de la nouvelle traduction du Missel romain (à paraître en 2021) qui s’annonce plus inclusif puisqu’il élargit les «frères» aux «frères et sœurs».

Les messes des dimanches et fêtes en 2021

Comme l’indique le titre, cette seconde partie propose les éléments propres à chaque dimanche ainsi qu’aux fêtes. Elle commence avec le premier dimanche de l’année liturgique (le premier dimanche de l’Avent). Pour ce dimanche et tous les suivants, le missel reproduit les 3 textes bibliques retenus : un de «l’Ancienne Alliance» (Bible juive), un des «Écrits des Apôtres» et, point culminant, un de «la Bonne Nouvelle de Jésus, l’Évangile» (page 12). Il propose en outre et entre autres une courte méditation sur ces textes, des prières spécifiques, des suggestions de chants, la présentation des saint·es de la semaine et une citation édifiante

Ce qui peut séduire

Le missel des dimanches contient l’ensemble de la liturgie de la messe catholique romaine. Il permet à celles et ceux qui vont à la messe d’y participer activement et d’en suivre le déroulement. En reproduisant les textes bibliques retenus pour chaque dimanche, en proposant des textes liturgiques, il facilite aussi la piété personnelle ou familiale. Sans aller à la messe, on peut construire et animer son propre moment de célébration.

Que le missel des dimanches 2021 ait été numéro 1 le premier décembre n’est pas étonnant. Car il est un produit de saison. Comme me l’a rappelé Denis Ramelet de la librairie Le Valentin à Lausanne, un calendrier, un agenda ou un missel s’achètent au début de l’année. Or l’année liturgique commençait en 2020, le dimanche 29 novembre.

Mon avis

(+) J’apprécie beaucoup le fait que l’Église catholique romaine aide ses fidèles à participer activement — et j’ajoute intelligemment — à la messe. Le protestantisme a trop souvent critiqué le cléricalisme et le ritualisme de la messe, pour ne pas souligner que le missel fait exactement l’inverse. Suivant la ligne tracée lors du Concile Vatican II dans la Constitution Sacrosanctum concilium (1963, en lire le texte complet sur le site du Vatican), il encourage une participation «active», «communautaire», «plénière», «extérieure, visible et intérieure», «assumée» et «fructueuse» (page 101). Il permet à chacune et chacun de lire, de relire et de comprendre ce que le prêtre fait et ce qu’il dit ; il permet à chacune et chacun de savoir ce qu’elle ou il doit faire. Les Églises protestantes pourraient s’en inspirer.

(-) Ce que j’aime moins et que révèle le missel, c’est la rigidité de la messe catholique romaine qui laisse peu de place à la créativité des communautés. Par comparaison, un «missel protestant du dimanche» devrait être réécrit chaque dimanche ou presque, puisque les cultes sont chaque fois différents et, au moins un peu, originaux. Ce que j’aime moins, c’est le langage solennel, vieillot, traditionnel, ampoulé de la liturgie. Mais je sais que la forme rigide de la messe et le langage solennel de la liturgie sont des choix qui plaisent à de nombreuses chrétiennes et de nombreux chrétiens. Et je suis heureux que l’Église catholique romaine leur offre ce qu’elles, ce qu’ils cherchent.

Les auteur·es

La maison d’édition

Comme j’ai déjà présenté les éditions du Cerf dans mon article sur l’ouvrage Du fanatisme par Adrien Candiard, je signale que la publication du missel des dimanches fait l’objet d’une lutte entre les éditeurs catholiques français. Car les éditions Bayard proposent aussi le leur (le découvrir sur le site de l’éditeur), à peine plus cher que la version du Cerf. Évidemment, le texte de la liturgie ne varie pas, la présentation générale non plus. Mais le format change : un peu plus gros, rouge aux coins carrés au Cerf, anthracite aux coins ronds chez Bayard qui le vend à peine plus cher. Et surtout, chaque maison d’édition propose ses propres suppléments, rédigés par des auteurs différents. Pour dynamiser ses ventes, le Cerf n’hésite pas à recourir à un argument publicitaire éculé : «Souvent imité, jamais égalé.»


Ouvrages déjà  présentés:

Pour un usage politique des paraboles bibliques

On gagne toujours à participer au culte. Moi, j’y nourris ma foi et j’y réfléchis sur ma foi (ce qui est une façon de la nourrir).

Dimanche dernier, j’ai entendu un prédicateur prêcher sur « la parabole des ouvriers de la onzième heure » et affirmer que cette parabole n’est pas politique, puisqu’elle est introduite par la phrase « Le royaume de Dieu est semblable à… ».

Il est peut-être nécessaire de rappeler le contenu de cette parabole : elle raconte l’histoire d’ouvriers viticoles engagés à des heures différentes, mais tous payés au même salaire ; elle raconte la déception des journaliers ayant travaillé toute la journée et recevant la même somme que ceux engagés le soir, à la « onzième heure » ; elle raconte la liberté d’un patron qui revendique le droit de se montrer généreux, parce qu’il « fait ce qu’il veut de son argent » (évangile de Matthieu, chapitre 20, versets 1-16)

On peut spiritualiser cette parabole et limiter son message aux relations entre Dieu et les êtres humains: Dieu est bon puisqu’il  fait grâce plutôt que de rétribuer chacun·e selon ses mérites. Mais il est évident que cette parabole est aussi et surtout politique.

  • Elle est politique parce qu’elle suggère qu’il est évangéliquement juste de permettre à chacun·e de vivre, sans tenir compte du travail effectué. Elle est politique, car elle demande à celles et ceux qui suivent Jésus de contribuer à mettre en place une société fondée sur ce principe. Elle est politique, car elle suggère que c’est ça, que c’est là le Royaume de Dieu. Moi, pendant toute la prédication, j’ai pensé au revenu universel ; et je n’étais pas le seul : à l’issue du culte, une dame m’a spontanément parlé du chômage partiel.
  • Mais cette parabole soulève encore une autre question tout aussi politique, moins évidente, en tous les cas moins discutée : le patron a-t-il vraiment le droit de faire ce qu’il veut de son argent ? La parabole pousse à répondre « oui », parce qu’il l’utilise généreusement ; mais politiquement, il faut répondre « non ». Le patron a des obligations : dans la parabole, il doit payer aux ouvriers engagés les premiers le salaire convenu avec eux ; plus généralement, il doit, par exemple, payer des impôts. Le patron dispose seulement du reste et la parabole justifie seulement qu’il utilise ce reste pour le bien.

On gagne toujours à participer au culte. Dimanche dernier, c’est d’engagement politique que ma foi a été nourrie.


  • Mon collègue Simon Butticaz, professeur de Nouveau Testament et traditions chrétiennes anciennes à l’Université de Lausanne, évoque l’engagement de Jésus en faveur des artisans et paysans dans le chapitre qu’il a rédigé pour l’ouvrage collectif Esprit du vin, Esprit divin.

Quand et comment les chrétien·nes célèbrent-elles et ils la résurrection de Jésus?

  • Par une célébration hebdomadaire, appelée culte, messe ou divine liturgie, fixée au dimanche parce que Jésus est ressuscité dans la nuit qui suit le sabbat.
  • Par une célébration annuelle, celle de Pâques, fixée au premier dimanche après la première pleine lune de printemps (une date astucieuse qui combine des symboliques religieuse – Pâques est fixée en fonction de la Pâque juive et de la crucifixion de Jésus –, cosmique – Pâques est une fête du printemps – et culturelle – Pâques ne pouvait pas tomber en même temps que les fêtes de la fondation de Rome).

Pour en savoir plus sur la fixation de la date de Pâques, lire Declercq, G. (2000). Anno Domini: Les origines de l’ère chrétienne. Brepols.

Fétichisme du pain et du vin

Dans un « Communiqué de l’Eglise protestante unie de France » publié le 14 mars à propos des activités ecclésiales en période d’épidémie de coronavirus, je lis ce passage qui me surprend:

« Pour la Cène, la recommandation donnée il y a deux semaines est bien sûr toujours valable : un jeûne de Cène en ce temps de Carême a tout son sens. Le pain et le vin peuvent être posés sur la table et un temps de prière avoir lieu, sans distribution. »

Le « jeûne de Cène » me paraît effectivement sensé. Mais je ne comprends pas ce besoin de poser sur la table du pain et du vin. À quoi bon, si on ne les consomme pas? N’est-ce pas du fétichisme?

Et d’autres questions me viennent: si l’on pose une image de pain et de vin, est-ce que la cène est valable? Et si l’on montre les mots « pain » et « vin », est-ce que la cène fonctionne encore? Faut-il mettre le vin dans un verre transparent pour qu’on puisse le voir? Mais si l’on ne peut pas goûter comment être certain.e qu’il s’agit bien de vin? Et que se passe-t-il si c’est une autre boisson?

Mais ces mesures et mes questions sont déjà obsolètes, puisque les cultes sont supprimés jusqu’à nouvel ordre.

Pour donner de l’autorité à mon opinion, j’ajoute une citation de Jean Calvin:

« Notre Seigneur, ayant commandé à ses disciples de manger le pain sanctifié en son corps, quand il vient à la coupe ne leur dit pas simplement : Buvez, mais il ajoute expressément que tous en boivent (Matth. 26: 27). Voudrions-nous une chose plus claire que celle-là ? Il dit que nous mangions le pain, sans user d’un mot universel ; mais il dit que nous buvions tous de la coupe. D’où vient cette différence, sinon qu’il a voulu aller au-devant de cette malice du Diable ? Et néanmoins l’orgueil du pape est tel qu’il ose dire : N’en buvez pas tous ! »

Jean Calvin, Petit traité de la Sainte Cène de notre Seigneur Jésus- Christ dans lequel sont montrés sa vraie institution, son profit et son utilité (1541), adaptation moderne d’Harald Châtelain, Jean Cadier et Pierre- Charles Marcel. Paris, Librairie protestante, 1959, p. 52-53


Sur la cène et le coronavirus, lire aussi sur mon blogue: