Université de Lausanne

Mes cours à l’Université de Lausanne: « Ritualités » et « Introduction à la théologie pratique »

Au semestre d’automne, je donne deux cours de Bachelor à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne. Et tout le monde (ou presque) peut les suivre comme auditeur ou auditrice libre (voir les conditions d’admission). Pour obtenir plus d’information ou pour vous inscrire, contactez le secrétariat de l’Institut lémanique de théologie pratique (envoyer un courriel au secrétariat de l’ILTP)!

Bauer, O. (Automne 2017). Les ritualités. Apprentissage par problème, Bachelor, Université de Lausanne. Le vendredi de 9h15 à 11h00; du 22 septembre au 15 décembre.

Les rites sont à la mode ! Mais quelles fonctions leur sont-elles accordées ou refusées ? Dans la partie cours, nous découvrirons ce que différentes approches incluent sous le vocable « ritualité » et nous comprendrons les différentes manières d’analyser les rites religieux. Dans la partie séminaire, chaque étudiant·e travaillera en groupe pour appliquer les théories de la ritualisation et du meaningless et créer un rite autour de la naissance selon la demande de Marie Ndongo.

Bauer, O. (Automne 2017). Introduction à la théologie pratique I: Maîtriser la praxéologie pastorale, Bachelor, Université de Lausanne. Le mercredi de 13 h 15 à 15 h; du 20 septembre au 20 décembre.

Au terme du cours, les étudiant·es

  • Sauront que la théologie pratique porte sur « les pratiques évangéliques ».
  • Auront interprété une pratique chrétienne à l’aide de la méthode de praxéologie théologique.
  • Auront jugé la fidélité et l’efficacité d’une activité de l’aumônerie universitaire.
  • Maîtriseront les cinq étapes de la méthode empirico-herméneutique et pourront l’appliquer à d’autres pratiques.
  • Auront articulé des référents en théologie et des référents en sciences humaines.

Pour connaître mes cours à l’UNIL, consulter la page: « À l’Université de Lausanne: les syllabus de mes cours« 

Une communauté de chercheur.e.s (Ecclésiologie et évangélisation cinquième et dernier cours)

Résumé des épisodes précédents:

Le professeur Olivier Bauer a décidé de donner un cours de théologie vraiment pratique. Avec les pasteurs de Saint-Laurent Église, il a lancé un défi aux étudiant.e.s de Master: «Transformer les portes en seuils et les seuils en passage» (voir la présentation du cours).

La première semaine, les quatorze étudiant.e.s ont proposé à Saint-Laurent Église sept idées. Trois ont été retenues: créer un chemin qui conduise dans l’église et qui montre dehors ce qui se passe dedans; installer une communauté; organiser des combats de boxe pour symboliser les luttes spirituelles (voir le récit du premier cours).

La deuxième semaine, les étudiant.e.s ont commencé à transformer leur idée en projet. Dans un premier temps, ils ont cherché à savoir comment ils pouvaient rendre leur projet plus fidèle à l’Évangile, dans son interprétation réformée (voir le récit du deuxième cours).

La troisième semaine, les étudiant.e.s ont cherché à rendre leur projet plus efficace par rapport aux personnes qui fréquentent ce « lieu-phare » de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud ou qui pourraient le fréquenter (voir le récit du troisième cours).

La quatrième semaine, les étudiant.e.s ont mis au point leur projet pour qu’il puisse convenir à Saint-Laurent Église tout en respectant leur propre théologie (voir le récit du quatrième cours).


Ma boîte aux lettres, jeudi 28 avril, 10h45.

Je reçois Bonne Nouvelle, le mensuel de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud et j’y lis un bel article où Stéphanie Billeter relate notre cours: « Apprendre à franchir les seuils« .

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 3 mai 2016, 9h15.

Début du cours. La tâche des étudiant.e.s est simple. A 10h30, il leur faudra présenter le projet aux deux pasteurs de Saint-Laurent Eglise. Il n’est plus temps de réviser leur projet, mais d’en soigner la communication. Travail en groupe, mais aussi soucis personnels. C’est le dernier cours et les étudiant.e.s pensent à la validation du cours, ce qui engendre des questions (« Puis-je encore corriger mon travail? » « Quand allez-vous l’évaluer? ») et génère des démarches administratives. Bref, je ne chôme pas.

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 3 mai 2016, 10h30.

Les pasteurs Jean Chollet et Daniel Fatzer arrivent. Le temps d’un café et nous rejoignons la salle de cours. Les étudiant.e.s sont prêt à défendre leur projet. Il y du théâtre, de la musique; il y a du témoignage, des informations. Je ne peux pas vous faire vivre le temps de présentations, mais je peux vous donner à lire les résumés des trois projets. ce sont eux les héros de la journée (avec les étudiant.e.s qui les ont conçus, évidemment).

Le projet « Communauté »

Le projet « Ring »

Le projet « Chemin »

Les pasteurs réagissent. Avec leur regard pratique, fort de leurs expériences, heureuses et malheureuses. Ils abordent notamment la question de l’accueil radical. Il est souhaitable mais est-il possible? Et les nuisances d’un grand magasin qui a fait de l’arrière de l’église son quai de déchargement. J’avais rêvé qu’ils adopteraient au moins l’un des projets avec enthousiasme, et que, de concert avec les étudiant.e.s, ils le mettraient en œuvre le soir-même. Il faut me faire une raison, ce ne sera pas le cas. Mais au moins un élément émerge: la possibilité d’engager (et de payer) un ou deux étudiant.e.s pour renforcer l’équipe de Saint-Laurent Église et pour développer de nouveaux projets. Un tel modèle existe déjà (qui disait qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil?) dans l’Espace de la Fusterie, au sein de l’Église protestante de Genève. Un exemple à suivre?

Le groupe qui a travaillé sur la communauté termine sur un vibrant plaidoyer en faveur de la communauté. Ils/elles témoignent, chacun.e à son tour, de la manière dont ils/elles sont devenus une communauté de chercheur.e.s au fil du cours.

Avec des hauts et des bas;

Avec la nécessité de demander pardon et de pardonner;

Avec des charismes particuliers, avec une diversité enrichissante;

Avec un droit à la parole qu’il a parfois fallu revendiquer;

Avec des rythmes particuliers qu’il a fallu apprendre à respecter;

Avec des projets personnels qu’il a fallu intégrer.

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 3 mai 2016, 13h15.

Après un repas communautaire, je dispense mon dernier enseignement. Je transmets aux étudiant.e.s ma propre vision d’une Église, celle que j’ai développée comme professeur de théologie pratique, à partir de mon expérience de pasteur de l’Église protestante francophone de Washington, DC Centre (entre 2003 et 2006): Bauer, O. (2007). Vers une communauté d’individus. Le cas de l’Église protestante francophone de Washington, DC. In J. Richard & M. Dumais (éd.), Église et communauté (p. 59‑78). Montréal: Fides. En voici le résumé:

De 2003 à 2006, j’ai été le pasteur de l’Église protestante francophone de Washington, DC (EPFW). Fondée en 1927, l’EPFW est une Église complètement autonome sur les plans institutionnel, financier et théologique. Elle compte une centaine de foyers-membres et une centaine de foyers-amis: Européens, Africains et Américains. Deux forces opposées s’exercent dans l’EPFW: une force centrifuge qui sépare les individus et une force centripète qui les réunit en communauté. La force centripète comprend, entre autres, le protestantisme, le désir de se retrouver entre gens de la même origine, la volonté de continuer à utiliser la langue française, le goût pour les rencontres interculturelles et le climat religieux américain. La force centrifuge se compose notamment de la diversité des origines ethniques et religieuses, de la dispersion géographique, de la brièveté des séjours à Washington et de l’hyperactivité généralisée. Dans cet article, je présente la manière dont nous – pasteur, Conseil de paroisse, responsables-laïcs et communauté – avons essayé de rassembler des individus en une communauté et les références théologiques qui m’ont aidé dans mon travail.

UNIL, bureau 5059, mercredi 4 mai 2016, 17h56.

Fatigué mais heureux, je termine le dernier article sur mon cours « Ecclésiologie et évangélisation ». J’ai relevé mon défi, celui de publier chaque mercredi le compte-rendu du cours de la veille.

  • Merci aux pasteurs de Saint-Laurent Église d’avoir pris le risque de participer au projet.
  • Merci aux étudiant.e.s d’avoir accepté une forme inhabituelle d’enseignement.
  • Merci à Stéphnaie Billeter et à Bonne Nouvelle d’avoir suivi et médiatisé le cours.
  • Merci à vous d’avoir lu l’un, l’autre ou tous ces articles.

« Si la porte est fermée, entrez par la fenêtre! » (Ecclésiologie et évangélisation, quatrième cours)

Résumé des épisodes précédents:

Le professeur Olivier Bauer a décidé de donner un cours de théologie vraiment pratique. Avec les pasteurs de Saint-Laurent Église, il a lancé un défi aux étudiant.e.s de Master: «Transformer les portes en seuils et les seuils en passage» (voir la présentation du cours).

La première semaine, les quatorze étudiant.e.s ont proposé à Saint-Laurent Église sept idées. Trois ont été retenues: créer un chemin qui conduise dans l’église et qui montre dehors ce qui se passe dedans; installer une communauté; organiser des combats de boxe pour symboliser les luttes spirituelles (voir le récit du premier cours).

La deuxième semaine, les étudiant.e.s ont commencé à transformer leur idée en projet. Dans un premier temps, ils ont cherché à savoir comment ils pouvaient rendre leur projet plus fidèle à l’Évangile, dans son interprétation réformée (voir le récit du deuxième cours).

La troisième semaine, les étudiant.e.s ont cherché à rendre leur projet plus efficace dans le contexte socio-culturel de Saint-Laurent Église, mais aussi par rapport aux personnes qui fréquentent ce « lieu-phare » de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud ou qui pourraient le fréquenter (voir le récit du troisième cours).


Sur les réseaux sociaux: vendredi 22 avril 2016, 6h53.

Je reçois un long commentaire sur mon blogue. Il vient de « Marcel Raymond Vonnez, pasteur retraité de l’EERV, 83 ans » qui tient à apporter sa contribution au défi et à réagir aux propositions des étudiant.e.s. Je leur transmets aussitôt son commentaire. Une étudiante prend la peine de lui répondre. Merci à Marcel Vonnez et merci à Agnès.

Sur les réseaux sociaux: vendredi 22 avril 2016, 10h01.

@UNIL, le compte Twitter de l’Université de Lausanne gazouille ceci:

unil
#FF @Bauer_Olivier, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions, qui blogue ses cours: https://t.co/ENfsSxi6R4
22.04.16 10:01

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 26 avril 2016, 9h15.

Je commence le cours en partageant avec mes étudiant.e.s un article de Protestinfo, l’agence suisse de presse protestante. Sous le titre « Un banc se promène au Val-de-Travers« , il raconte une initiative stimulante de la paroisse du Val-de-Travers dans l’Église réformée évangélique du canton de Neuchâtel: sortir de l’église un banc d’église!

Crédit: David Allisson

Crédit: David Allisson

Sa mission est d’aller à la rencontre des personnes qui ne viennent pas volontiers à l’église. En effet, «des gens préfèrent croire à leur façon ou ne veulent absolument pas entrer dans une église, et c’est une manière de les rejoindre», confie David Allisson. Il est très important de «ne pas avoir d’idées préconçues lors des rencontres», poursuit-il. Promeneurs, passants, pratiquants ou non, ayant une vie spirituelle ou pas, tous sont invités à s’asseoir sur ce banc, pour converser ou partager un moment. «Il n’y a pas l’idée d’évangéliser, mais d’écouter et d’échanger», précise le pasteur.

Une excellente manière de « Transformer les portes en seuil et les seuils en passage »! David, j’aime bien ce que tu fais! (Je sais qu’il lit parfois ce blogue; on peut le suivre sur son compte Twitter @DavidAllisson). Le temps d’une discussion et le cours continue. Aujourd’hui, les étudiant.e.s ont 90 minutes pour mettre en commun leurs découvertes, issues de leurs lectures en histoire, en sociologie, en psychologie, en anthropologie, en gestion, etc. C’est un avantage du travail en groupe, on mobilise plus de connaissances que si l’on était seul. Cette semaine, ils/elles ont pour tâche de rendre leurs projets plus efficaces dans le contexte socio-culturel de Saint-Laurent Église. Chaque groupe s’égaille pour travailler dans son environnement préféré. Mais cette fois, je connais leurs habitudes et je sais où les retrouver. Tous, sauf un. Et je passe les rencontrer en leur demandant si tout va bien et si je peux leur être utile. Tous répondent oui à la première question et non à la seconde. Moment d’humilité du professeur… Mais moment de joie et de fierté quand un étudiant me confie en aparté que la brièveté du travail demandé pour valider le cours l’a frustré; le sujet l’a passionné, il aurait voulu en écrire plus. Et quand je lui demande si cela lui arrive souvent, il réfléchit un instant et répond que non, que c’est la première fois.

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 26 avril 2016, 11h30.

Tour à tour, chaque groupe vient présenter son projet. Ils ont beaucoup évolué depuis l’idée imaginée la première semaine. Ils sont  plus aboutis, mais ils sont aussi parfois très différents. Le passage par la double interprétation en théologie et en sciences, sciences humaines et sciences sociales a porté du fruit. Je maintiens le suspens. Vous ne connaîtrez les projets que mercredi prochain, après qu’ils auront été présentés à Saint-Laurent Église.

Vient l’heure de la pause de midi. Pour les un.e.s, repos ou repas; pour les autres, étude biblique dans le cadre de l’aumônerie universitaire; pour le professeur, entretien avec le quotidien français La Croix (sur le pain, ça ne se refuse pas) et rencontre avec le doyen de la faculté, le sociologue des religions Jörg Stolz.

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 26 avril 2016, 13h15.

L’après-midi est consacrée à un retour sur le thème du cours: trois questions à débattre en plénum: « À quelles portes fermées vous êtes-vous heurté.e.s? Quels seuils avez-vous passés? Quels passages avez-vous trouvés ou creusés? » Les réponses évoquent le contenu, mais elles s’orientent vers une réflexion fondamentale, sur l’idée même d’une porte grande ouverte: sur quoi? pour qui? pourquoi? À l’appui, deux références bibliques, qui pourraient remettre en cause le défi. (Heureusement, personne ne cite la conclusion de la parabole des invités au banquet: 23Le maître dit alors au serviteur: “Va-t’en par les routes et les jardins, et force les gens à entrer, afin que ma maison soit remplie. Évangile attribué à Luc, chapitre 14.)

13Entrez par la porte étroite. Large est la porte et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et nombreux ceux qui s’y engagent; 14combien étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et peu nombreux ceux qui le trouvent. Évangile attribué à Matthieu, chapitre 7.

20Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi. Apocalypse, chapitre 3.

Je me rassure: si la porte est étroite, au moins elle peut s’ouvrir… Le professeur serait-il un peu désabusé? Pour nous tou.te.s, c’est le quatrième cours intensif consécutif. En 22 jours: 36 heures de cours sur le même sujet, plus la préparation, plus les travaux. C’est long… Mais une belle expression de l’un des groupes me redonne de l’énergie: « La porte était fermée et nous sommes entrés par la fenêtre ». Et de fait, ce groupe a littéralement retourné l’église. (Mais si c’est possible! Vous saurez comment la semaine prochaine.)

 UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 26 avril 2016, 14h30.

IltpCh
Cours Ecclesiologie et évangélisation: @bauer_olivier reçoit le pasteur et théologien Virgile Rochat, pour parler d’une Église publique.
26.04.16 14:58

Les thèses de son livre « Le temps presse! » ayant été quelque peu discutées (voir le compte-rendu du troisième cours), j’ai invité Virgile Rochat (pasteur, théologien, ancien aumônier de l’Université, un ami aussi), pour qu’il puisse exposer sa version d’une Église de service publique.

Difficile de résumer ses propos (mieux vaut lire son livre), mais je peux redire quelques idées fortes:

« La religion, c’est la gestion historique et sociale du spirituel. Elle s’est construite comme une langue, du cri primitif au langage articulé. »

« Une Église publique a comme mission de gérer le sacré endémique. » (Celui de la région où vit cette Église)

« En tant que pasteur, je suis reçu comme quelqu’un qui a une relation particulière avec Dieu. »

« Jésus dit: Tu as une chance, tu as le droit, tu peux. »

UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 26 avril 2016, 15h40.

J’ai juste le temps de rappeler que mardi prochain, il faudra présenter les projets à Saint-Laurent Église. Il faudra convaincre et peut-être séduire…


Et rendez-vous sur mon blogue pour le compte-rendu du cinquième e dernier cours: mercredi 4 mai.

Une église au centre-ville (Ecclésiologie et évangélisation, troisième cours)

Résumé des épisodes précédents:

Le professeur Olivier Bauer a décidé de donner un cours de théologie vraiment pratique. Avec les pasteurs de Saint-Laurent Église, il a lancé un défi aux étudiant.e.s de Master: «Transformer les portes en seuils et les seuils en passage» (voir la présentation du cours).

La première semaine, les quatorze étudiant.e.s ont proposé à Saint-Laurent Église sept idées. Trois ont été retenues: créer un chemin qui conduise dans l’église et qui montre dehors ce qui se passe dedans; installer une communauté; organiser des combats de boxe pour symboliser les luttes spirituelles (voir le récit du premier cours).

La deuxième semaine, les étudiant.e.s ont commencé à transformer leur idée en projet. Dans un premier temps, ils ont cherché à savoir si leur idée résistait à l’épreuve de la théologie ou comment ils pouvaient la rendre fidèle à l’Évangile, dans son interprétation réformée, vu le contexte théologique de la Faculté et de Saint-Laurent Église, un cadre large, je vous l’assure… (voir le récit du deuxième cours).


UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 19 avril 2016, 9h15.

Le cours commence et j’ai le réflexe de demander aux étudiant.e.s leur actualité en théologie pratique. Deux  me disent avoir prêché récemment, dans le cadre du séminaire d’homilétique que donne ma collègue de l’Université de Genève Élisabeth Parmentier. Après avoir réglé les problèmes informatiques, je donne les consignes (ce cours sera partiellement autogéré) et les étudiant.e.s se réunissent en groupe. Leur mission: mettre en commun les résultats  de leurs lectures théologiques et formuler une première version du projet qu’ils présenteront à Saint-Laurent Église (dans deux semaines déjà!). Pendant ce temps, j’accueille Stéphanie Billeter, journaliste à Bonne Nouvelle, le mensuel de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud. Elle fait un reportage sur le cours et surtout sur les projets des étudiant.e.s (ce sera à lire dans le prochain numéro). Je lui fais rencontrer deux groupes, dont celui qui a eu le réflexe de m’informer par courriel de l’endroit où il travaillait (remarquez, c’est le premier endroit où je les aurais cherché.e.s!).

Concision, précision!

UNIL, bâtiment Anthropole: 11h30.

Tout semble rouler, tout semble sous contrôle. Mais tout à coup, la discussion s’anime à ma grande surprise. Elle s’anime autour des sept thèses que j’ai tirées d’un livre du pasteur et théologien vaudois Virgile Rochat (lire son portrait dans le quotidien suisse 24 Heures): Rochat, V. (2012). Le temps presse ! : réflexions pour sortir les Églises de la crise (Labor et Fides). Genève. Je pensais qu’elles feraient consensus. Ce n’est pas, mais alors pas du tout! Pour que vous puissiez vous faire une idée, je vous propose le même exercice qu’aux étudiant.e.s. Répondez au sondage, votre avis m’intéresse aussi!

«Dans son ouvrage, Virgile Rochat, indique en sept points ce que des Églises qui se voudraient publiques devraient offrir à la société. Non pas simplement pour continuer à exister, mais parce que «dans la pluralité des offres religieuses présentes dans notre société, et parmi elles, il est important que demeurent vivantes et accessibles…» (pages 10-11). Quelles sont les trois offres qui vous paraissent les plus importantes à la fois pour l’Église et pour la société?

J’étais tellement convaincu que les étudiant.e.s seraient en accord avec ces thèses que je n’avais pas même pensé leur demander s’ils/elles étaient en désaccord avec l’une, l’autre ou toutes les thèses. Et pourtant, les critiques sont sévères et profondes (je vous avais prévenu.e.s: « l’interprétation réformée de l’Évangile » s’inscrit dans un large cadre!). Un peu désemparé, je suis sauvé par la pause de midi. Ouf de soulagement, repos, répit.

UNIL, bâtiment Anthropole: 13h15.

C’est l’heure pour le professeur d’apporter sa contribution. Aujourd’hui, elle porte sur les autorités en théologie pratique. Il y a la Bible bien sûr, surtout en contexte protestant; mais il y a aussi la (ou les) tradition(s), c’est-à-dire nos héritages, ceux du christianisme et d’une confession particulière; mais il y a aussi « la raison », tout ce qu’apportent les sciences, les sciences sociales, les sciences humaines, y compris la théologie; mais il y a enfin notre propre expérience, tout ce que nous avons vu, entendu, fait, éprouvé. Mon idée est de faire réfléchir les étudiant.e.s: Comment décidez-vous de faire ce que vous faites? Qu’est-ce qui vous influence? Comment articulez-vous ces différentes autorités? Et comment les hiérarchisez-vous? Je leur propose un exercice et trois réponses classiques. La discussion est vive! L’auriez-vous cru?

UNIL, bâtiment Anthropole: 14h15.

Carte conceptuelle des contextes autour de Saint-Laurent ÉgliseRetour aux trois projets avec une nouvelle question: comment les rendre efficaces dans le contexte des Saint-Laurent Église? Première réponse, logique, évidente: il faut d’abord connaître le contexte de Saint-Laurent Église! Alors, nous dressons la carte conceptuelle du contexte de Saint-Laurent Église.

Nous savons maintenant ce que nous devons savoir. Il faut encore l’apprendre et c’est la dernière étape du troisième cours. Alors, je montre aux étudiant.e.s quelques moyens pour trouver des références pertinentes: livres, articles scientifiques, thèses de doctorat. Et je les laisse trouver les ressources qui pourront leur être utiles.

UNIL, dans mon bureau: 15h40.

Je reçois par courriel les objectifs d’apprentissage de chacun des trois groupes. Certains étudiant.e.s en sont restés à des thématiques encore générales:

  • La présence de l’Église dans la ville et le lien social (approche sociologique).
  • Enjeux politiques et culturels d’une église au centre de la ville. Héritage (approche historique).
  • Développer les notions de rencontre et de dialogue (approche anthropologique.
  • Le positionnement de la personne au sein de la communauté ( approche psychologique).
  • Marge de manœuvre et mentions légales, fouiller du côté du SIPAL (Service immeubles, patrimoine et logistique, canton de Vaud).

D’autres ont déjà trouvé des références précises:

Mardi 26 avril, les étudiant.e.s pourront partager ce qu’ils auront appris.


Et rendez-vous sur mon blogue pour le compte-rendu du quatrième cours: mercredi 27 avril.

Une Eglise attractive, ludique et interactive (Ecclésiologie et évangélisation, deuxième cours)

Résumé des épisodes précédents:

Le professeur Olivier Bauer a décidé de donner un cours de théologie vraiment pratique. Il a demandé aux deux pasteurs de Saint-Laurent Église, Daniel Fatzer et Jean Chollet, de lancer un défi aux étudiant.e.s de Master: « Transformer les portes en seuils et les seuils en passage » (voir la présentation du cours).

La semaine dernière, les quatorze étudiant.e.s ont proposé à Saint-Laurent Église sept idées. Daniel Fatzer en a retenu trois, celles qu’il a jugées les plus intéressantes, les plus originales et, pour l’une d’entre elles, la plus folle: créer un chemin qui conduise dans l’église et qui montre dehors ce qui se passe dedans; installer une communauté; organiser des combats de boxe pour symboliser les luttes spirituelles (voir le récit du premier cours).


UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 12 avril, 9h15.

Je commence le cours. Tous les étudiant.e.s sont là, tous sauf un qui m’a prévenu de son retard.Je l’ai été. Car je lui donne raison. La théologie pratique ne s’apprend pas seulement en classe! (Mais elle s’apprend aussi en classe). J’écris et je réalise que je n’ai pas présenté les étudiant.e.s qui suivent mon cours. Voici une photographie qui devrait combler ce manque. (Si elle est surexposée, c’est que mes étudiant.e.s sont brillant.e.s.)

Cours de master "Ecclésiologie et évangélisation". UNIL, printemps 2016

Cours de master « Ecclésiologie et évangélisation ». UNIL, printemps 2016

UNIL, bâtiment Anthropole: 9h35

Croquis du chemin qui pourrait conduire à l'intérieur de saint-Laurent Église

Croquis du chemin qui pourrait conduire à l’intérieur de saint-Laurent Église

Aujourd’hui le cours est autogéré. J’informe les étudiant.e.s des objectifs et ils se mettent au travail en trois groupes, un par idée. À 10h 45 (pause comprise), ils doivent venir dans mon bureau pour me dire les forces et les faiblesses de chacune des trois idées, ainsi que les opportunités et les menaces qui peuvent favoriser ou freiner leur réalisation. Mais dans un premier temps, ils doivent s’approprier les idées et identifier ce qui « fait » porte, seuil et passage dans chacune d’elle. J’écris et je réalise que je ne vous ai pas donné les détails des idées. Ce n’est pas un oubli, mais une volonté. Comme à Las Vegas, « ce qui se passe dans mes cours reste dans mes cours ». Cette stratégie me paraît être la meilleure pour que les étudiant.e.s osent dire ce qu’ils pensent et ce qu’ils croient. Mais je fais une petite exception et je vous expose le croquis qui accompagne le projet du chemin. (Les étudiant.e.s en théologie pratique doivent être créatifs.)

Aux heures prévues, les trois groupes viennent me rapporter leurs réflexions. Échange de bons procédés, les étudiant.e.s partagent leurs idées, je les nourris (un peu).

Joindre l'utile à l'agréable

  • Le premier groupe confirme que l’idée du chemin est faisable, attractive, ludique et interactive. Sa principale faiblesse? Son coût qui pourrait être très élevé. Mais elle correspond bien à cette notion de lieux phares, voulus par l’Église évangélique réformée du canton de Vaud.
  • Pour le deuxième groupe, installer une communauté vivante à Saint-Laurent permettrait de se montrer fidèle à l’Évangile. On ferait vivre le lieu la semaine en prévenant les risques d’épuisement pastoral (ou en y répondant). Le projet pourrait s’appuyer sur les réalités de Saint-Laurent Église: des repas communautaires, l’installation d’un salon et d’un bar, une église ouverte en semaine, etc.
  • Le troisième et dernier groupe évoque les combats physiques servant d’image aux conflits spirituels. La grande inquiétude, c’est évidemment la question du défi et de la violence: Est-ce compatible avec le christianisme? Est-ce acceptable dans une église? Il faudra convaincre et probablement conduire le projet dans une version à bas seuil de violence. Des pistes existent: des parodies de combat, des combats chorégraphiés, un accent mis sur l’entraînement (qui développerait ses propres valeurs spirituelles).

Et une question, récurrente: qui construit les portes? ceux du dedans (pour que « d’autres » ne puissent pas entrer) ou ceux du dehors (pour ne pas avoir à entrer chez « les autres »)? Mais il est l’heure de s’arrêter. Pour manger? Oui, mais aussi pour participer à la Lectio Divina qu’organise une étudiante. Décidément, la théologie pratique ne s’apprend pas que dans les cours…

UNIL, bâtiment Anthropole: 13h15.

Mon  exposé a l’objectif suivant: « À 14h15, chaque étudiant.e saura à quoi sert l’Église du point de vue de la théologie réformée ». C’est à coup sûr un peu ambitieux. Mais je m’y emploie: rapport de l’Église à elle-même avec le sociologue Max Weber et le théologien protestant André Gounelle (dont les travaux sur l’Église sont disponibles en ligne); rapport de l’Église à ses membres sur la base des réflexions de la sociologue Danielle Hervieu-Léger; rapport de l’Église aux autres religions; rapport de l’Église au monde sur la base du livre au titre interminable mais qui dit bien ce qu’il veut dire: McLaren, B. D. (2006). A generous orthodoxy: why I am a missional, evangelical, post/Protestant, liberal/conservative, mystical/poetic, biblical, charismatic/contemplative, fundamentalist/Calvinist, Anabaptist/Anglican, Methodist, Catholic, green, incarnational, depressed-yet-hopeful, emergent, unfinished Christian. El Cajon, CA: Youth Specialties. Le sétudiant.e.s écoutent, commentent, complètent, critiquent. bref, ils/elles font leur travail d’étudiant.e.s. Mais il leur reste encore un dernier effort. Chaque groupe doit identifier les questions théologiques que posent les idées et qu’il pose aux idées. Encore une fois, je leur propose une démarche et je les laisse travailler de manière autonome.

Plan de la troisième période du cours

Plan de la troisième période du cours

Les résultats sont intéressants. Les étudiant.e.s vont notamment:

  • Chercher « le rôle de la porte dans l’Ancien et le Nouveau Testament: ouverture et fermeture »(estimation du temps de travail: 20 heures);
  • Lire De la vie communautaire par Dietrich Bonhoeffer pour comprendre « la tension entre individu et communauté » (3 heures);
  • Lire des documents et rencontrer des pasteur.e.s pour « expliciter le projet ecclésiologique de l’EERV pour le lieu-phare » (10 heures);
  • Trouver des ressources pour permettre aux « ministres/accueillants d’être prêts à être en contact avec les Roms, les alcooliques ou les toxicos » et à « défendre une théologie face à d’éventuelles provocations ou agressions » (sans estimation du temps de travail).

Avant le prochain cours, chaque étudiant.e doit faire ses recherches (j’évaluerai ces travaux) et transmettre ses résultats aux autres membres du groupe. Quant à moi, je me réjouis de les lire. Je sais que je vais encore apprendre.

UNIL, bâtiment Anthropole: 15h45.

Je mets fin au cours.


Rendez-vous sur mon blogue pour le compte-rendu du troisième cours: mercredi 20 avril.

« Ceci n’est pas une porte! » (Ecclésiologie et évangélisation, premier cours)

Résumé des épisodes précédents:

Le professeur Olivier Bauer a décidé de donner un cours de théologie vraiment pratique. Il a demandé aux deux pasteurs de Saint-Laurent Eglise, Daniel Fatzer et Jean Chollet, de lancer un défi aux étudiant.e.s de Master: « Transformer les portes en seuils et les seuils en passage » (voir la présentation du cours).


Twitter: lundi 4 avril, 15h02.

Je prépare mon cours et je gazouille cet appel (je n’ai reçu aucune réponse):

bauer_olivier
Selon vous, quel est le livre ou l’article le plus important sur le thème de mon cours: Ecclésiologie et évangélisation? @IltpCh
04.04.16 15:02

Université de Lausanne à Dorigny: mardi 5 avril, 9h15.

Je veux mettre mes quatorze étudiant.e.s sous pression. Ils ont moins de cinq heures pour relever le défi de Saint-Laurent Église (SLE). À 14h00, ils devront proposer à Daniel Fatzer une idée pour « transformer les portes en seuils et les seuils en passage ». Mais ce sont eux qui me stressent  Je présente mon plan de cours et les procédures d’évaluations et les questions fusent: sur la méthode (est-ce vraiment de la théologie pratique?), sur l’Église choisie (que dois-je faire si je ne suis pas d’accord avec le projet de SLE?), etc. Le temps passe, trop vite. Je dois renoncer à faire lire onze articles de journaux qui nous auraient permis de reconstruire la manière dont Saint-Laurent Eglise conçoit l’Église (et l’église). J’ai à peine le temps de présenter SLE.

Saint-Laurent au centre-ville de Lausanne: 11h00.

Un église et un chantier: une parabole?

Un église et un chantier: une parabole?

Nous sommes devant l’église. Les portes, les fameuses portes sont fermées. En plus, il pleut. On fait le tour, on hésite, on attend. Je retrouve Stéphanie Billeter, journaliste à Bonne Nouvelle. Elle couvrira le cours pour son mensuel. Le temps passe, j’invite les étudiant.e.s à prendre un café quand un étudiant m’appelle : la porte est ouverte ! (Mais tout était prévu. Les étudiant.e.s devaient faire l’expérience de cette porte fermée, savoir combien il est pénible de ne pas pouvoir entrer dans une église quand on en a envie ou besoin). On entre, on s’installe et Daniel se met à raconter SLE.

« Nous ne sommes pas une paroisse, ni un territoire ni une communauté. Nous sommes une plate forme, comme un aéroport. Les gens peuvent venir, interagir et repartir. Mais moi, qui suis un pasteur plutôt communautaire, je m’épuise. Car je ne suis pas un directeur d’aéroport. »

« SLE dépend directement du Conseil synodal. Elle est dirigée par un conseil de six sept personnes. Elle implique entre 30 et 50 bénévoles qui tournent. Mais il n’y a pas de gens qui me disent : “Dimanche, je serai là, tu peux compter sur moi!”. »

« Comment aller dehors pour donner envie aux gens d’aller dedans? »

Les étudiant.e.s lui posent des questions. La discussion s’engage. Pendant ce temps, je prends des libertés (privilège du professeur). Je me lève, je me promène. Je photographie.

À 12h15, je décide de mettre un terme à la discussion. Les étudiant.e.s n’ont plus qu’une heure et quarante-cinq minutes pour finaliser (ou ébaucher) leur idée. Et il faut bien manger!

Saint-Laurent: 14h00.

Deux par deux, les étudiant.e.s présentent leurs idées. Elles sont toutes originales, toutes géniales, certaines plus abouties. Voici ce que j’entends, ce que je retiens:

  1. Créer un chemin extérieur qui reflète ce qui se passe à l’intérieur et qui y conduise.
  2. S’inspirer de la croix comme point de rencontre entre un développement personnel humainement possible et divinement inspiré.
  3. Célébrer les principales fêtes liturgiques sur la place devant l’église.
  4. Créer une communauté à SLE pour passer des « pasteurs » aux « passeurs ».
  5. S’inspirer de Ben et Magritte et afficher un panneau au-dessus de la porte: « Ceci n’est pas une porte ».
  6. Ouvrir l’église à des associations pour travailler avec les Roms, les migrant.e.s, les requérant.e.s d’asile, etc.
  7. Organiser des combats de boxe entre communautés associées à SLE pour transformer les affrontements en combats intérieurs.
"Ceci n'est pas une porte". Bricolé en 10 minutes par Philippe

« Ceci n’est pas une porte ». Bricolé en 10 minutes par Philippe

Daniel en choisit trois (il avait pour consigne d’en retenir une ou deux, mais quand il y a trop de bonnes d’idées…). Lesquelles?

  • Le chemin extérieur;
  • La communauté;
  • Et les combats de boxe.

Comme les étudiant.e.s se sentent motivé.e.s à travailler sur les trois projets, je les retiens tous les trois. Nous formons trois groupes, un par idée. Chaque groupe aura pour tâche de transformer une idée en un projet. Et la pression demeure! Car c’est déjà mardi 3 mai que les trois groupes devront présenter leurs projets à SLE.

Saint-Laurent: 15h15.

Je mets fin au cours. Rendez-vous à l’UNIL pour le deuxième cours: mardi 12 avril à 9h15!


Et rendez-vous sur mon blogue pour le compte-rendu du deuxième cours: mercredi 13 avril.