Université de Lausanne

Qu’est-ce que ça fait de ne pas être baptisée?

Avec quelques étudiant·es de la Faculté de théologie et de sciences des religions, le théologien du quotidien a imaginé, organisé et tenu un atelier «Bonheurs et peurs, les émotions en religion» dans le cadre des «Mystères de l’Unil» (journées portes ouvertes de l’Université de Lausanne). Nous avons proposé aux enfants de faire des expériences religieuses sensorielles, d’exprimer leurs émotions et de découvrir pourquoi et comment les religions utilisent ces goûts, ces images, ces musiques, ces parfums, ces textures, faisaient prendre des postures.

Cet après-midi, un événement est arrivé dans le quotidien du théologien. Après avoir fait l’atelier vue, une petite fille d’environ huit ans, lui demande abruptement :

– Monsieur, j’ai une question.

– Oui.

– Qu’est-ce que ça fait de ne pas être baptisée?

Il croit avoir bien répondu en lui demandant:

– À toi, qu’est-ce que ça fait?

Surtout qu’elle lui répond:

– Moi, je m’en fiche.

Mais si vous imaginez une meilleure réponse, n’hésitez pas à me la communiquer!

L’hypothèse « il faut rire pour survivre » résiste-elle à l’épreuve de la réalité? [2/2]

Je ne sais toujours pas si les étudiant·es à qui j’enseigne la théologie pratique lisent mon blogue.

Mais ce deuxième article pourrait lui aussi intéresser celles et ceux qui suivent mon cours «Education à/de/dans/par la foi. Pédagogie, adogogie, anthropogogie de la religion». Je rappelle que nous y discutons méthode en posant des affirmations à propos de la catéchèse comme des hypothèses et en regardant si elles résistent à l’épreuve de la réalité. C’est la méthode du rationalisme critique, adaptée à la théologie par Pierre Paroz, notamment dans son ouvrage Foi et raison, Labor et Fides, 1985).

Dans un livre un peu étrange, un dialogue me fournit un exemple de cette démarche.

– « Parfois, dit-il, je ne comprends pas comment nous tenons.

Mue par une longue habitude de la compassion, Bernard pose une main rassurante sur son épaule.

— Nous continuons parce que nous n’avons pas le choix, dit-il.

Master B. le regarde avec de grands yeux tristes et soupire.

— Le meilleur moyen de tenir est peut-être de considérer l’existence sur Terre comme une vaste blague, une création d’une stupidité tellement énorme que la seule façon de vivre est de rire jusqu’à en perdre haleine. »

Meg Rosoff, Au commencement, il y avait Bob. Hachette 2012, p. 321

Je me demande si l’hypothèse « la seule manière de tenir ou de continuer dans une création d’une énorme stupidité, c’est d’être capable de rire jusqu’à en perdre haleine » résiste à l’épreuve de la vérité ! Et je propose une démarche en deux temps :

  1. La première partie — la création dans laquelle nous vivons est d’une énorme stupidité — ne me semble pas entièrement démentie par les faits (évidemment, écrire « création » est une confession de foi en un créateur ou une créatrice, une affirmation que je devrais aussi mettre à l’épreuve de la réalité).
  2. Ce qui devrait se discuter, c’est premièrement de savoir si rire jusqu’à perdre haleine est une bonne manière de tenir ; et deuxièmement, si c’est la meilleure manière de tenir.

Lors du prochain cours, je demanderai à mes étudiant·es ce qu’ils et elles en pensent.

Faire de la théologie pratique avec des hypothèses. David Lodge à ma rescousse [1/2]

Je ne sais pas si les étudiant·es à qui j’enseigne la théologie pratique lisent mon blogue. Ils et elles n’y sont pas tenu·es. Je ne les sanctionne pas s’ils et elles ne le font pas et je ne les récompense pas s’ils et elles le font.

Mais cet article pourrait intéresser celles et ceux qui suivent mon cours «Education à/de/dans/par la foi. Pédagogie, adogogie, anthropogogie de la religion». Nous y discutons catéchèse, mais aussi méthode. Nous posons des hypothèses à propos la catéchèse et nous regardons si elles résistent à l’épreuve de la réalité. C’est la méthode du rationalisme critique, adaptée à la théologie par Pierre Paroz, notamment dans son ouvrage Foi et raison (Labor et Fides, 1985).

En relisant un livre de David Lodge, j’ai trouvé cette citation où une romancière explique brillamment, ce que je tente d’expliquer laborieusement.

«Sans doute ai-je toujours cru que la conscience était le territoire de l’art, principalement de la littérature, particulièrement du roman. La conscience est en somme ce dont traitent la plupart des romans, en tous cas les miens. La conscience est mon gagne-pain. C’est peut-être pour cette raison qu’elle ne m’est jamais apparue sous l’aspect d’un phénomène problématique. La conscience est simplement le siège de la vie, là où réside le sentiment de l’identité. Le problème consiste à en dépeindre le cheminement, surtout chez des êtres différents de soi. En ce sens, les romans pourraient être qualifiés d’expériences sur la pensée. On invente des personnes, on les place dans des situations hypothétiques et on décide de la manière dont ils vont réagir. L’expérience aboutit à une “preuve” si leur comportement paraît intéressant, plausible, révélateur de la nature humaine.»

David Lodge, Pensées secrètes. Rivages 2001, p. 81-82

La romancière du romancier décrit parfaitement la méthode que je propose à mes étudiant·es. Et je leur partagerai cet exemple lors du prochain cours. Mais j’en modifierai quelques expressions.

Comme les écrivain·es, les théologien·nes inventent des théories, les placent dans des situations — mais des situations réelles — et observent — non pas décident — la manière dont elles réagissent. L’expérience aboutit à une “preuve” si leur comportement paraît intéressant, plausible, susceptible d’aider les êtres humains — plutôt que révélateur de la nature humaine.

Cohabiter? Mais oui, c’est possible!

© Olivier Bauer, 2018

Cachez ce signe que l’on ne saurait voir!

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© Olivier Bauer, 2018

Méfions-nous des chemins de fer!

© Olivier Bauer, 2018