christianisme

Découvrir le protestantisme. Un parcours de formation

La Réforme protestante a 500 ans. Joyeux anniversaire la Réforme!

Je saisis l’occasion pour vous proposer de découvrir ou de redécouvrir le protestantisme dans un parcours de formation en sept étapes:

Découvrir le protestantisme: Accueil

  1. « Histoire protestante » pour apprendre d’où vient le protestantisme et comment il s’est diffusé sur les cinq continents.
  2. « Théologie protestante (1) » pour découvrir cinq grands principes de la théologie protestante.
  3. « Théologie protestante (2) » pour s’apercevoir qu’il y a deux grandes manières très différentes d’être protestant·e.
  4. « Ecclésiologie protestante » pour comprendre qu’en protestantisme, l’Église est toujours secondaire, mais jamais inutile.
  5. « Éthique protestante » pour savoir ce qu’un·e protestant·e doit faire pour bien faire.
  6. « Esthétique protestante » pour voir et entendre que les protestant·e·s aiment aussi ce qui est beau.
  7. « Spiritualité protestante » pour partager quelques aspects de la relation protestante avec Dieu.

Pour simplifier votre apprentissage, j’ai adopté la même structure pour chaque étape:

  • « Découvrir »: réfléchir à partir d’une image ou d’une musique, parfois surprenante.
  • « Apprendre »: étudier grâce à un diaporama présentant les principales informations.
  • « Approfondir et partager »: découvrir et discuter un avis autre que le mien.

Je ne prétends pas tout vous enseigner sur le protestantisme, ni vous enseigner tout le protestantisme, mais simplement vous faire découvrir la théologie qui me fait vivre: croire par soi-même, avec les autres et grâce à Dieu.

Bon parcours!

Décryptons les métaphores religieuses utilisées dans le sport. Aujourd’hui : « Marcher sur l’eau »

J’ai repéré une nouvelle métaphore religieuse pour qualifier les exploits des sportifs et des sportives : ils ou elles « marchent sur l’eau ».

À l’évidence, une telle expression fait référence à cet épisode biblique où Jésus traverse un lac à la marche :

Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. Et, après avoir renvoyé les foules, il monta dans la montagne pour prier à l’écart. Le soir venu, il était là, seul. La barque se trouvait déjà à plusieurs centaines de mètres de la terre ; elle était battue par les vagues, le vent étant contraire. Vers la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent affolés : « C’est un fantôme », disaient-ils, et, de peur, ils poussèrent des cris. Mais aussitôt, Jésus leur parla : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » S’adressant à lui, Pierre lui dit : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. » — « Viens », dit-il. Et Pierre, descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus. Mais, en voyant le vent, il eut peur et, commençant à couler, il s’écria : « Seigneur, sauve-moi ! » Aussitôt, Jésus, tendant la main, le saisit en lui disant : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui et lui dirent : « Vraiment, tu es Fils de Dieu ! » (La Bible, évangile attribué à Matthieu, chapitre 14)

Le sens de l’expression est limpide : comme Jésus, la sportive ou le sportif qui marche sur l’eau se révèle plus fort·e que les lois de la nature. Comme Jésus, il ou elle est capable de maîtriser ce qu’en général personne ne peut maîtriser, de dominer les aléas, de faire disparaître la glorieuse incertitude du sport. Encore plus, il ou elle a le pouvoir de sauver une équipe que le doute pourrait (mais ne devrait pas) menacer !

Notons qu’il existe une autre manière de traverser l’eau à pied sec, celle qu’utilisent Moïse et le peuple d’Israël pour traverser la mer Rouge.

Moïse étendit la main sur la mer. Le SEIGNEUR refoula la mer toute la nuit par un vent d’est puissant et il mit la mer à sec. Les eaux se fendirent, et les fils d’Israël pénétrèrent au milieu de la mer à pied sec, les eaux formant une muraille à leur droite et à leur gauche. Les Égyptiens les poursuivirent et pénétrèrent derrière eux — tous les chevaux du Pharaon, ses chars et ses cavaliers — jusqu’au milieu de la mer. (La Bible, livre de l’Exode, chapitre 14)

À ce jour, je n’ai pas repéré qu’elle soit utilisée dans les médias sportifs. Seuls les bateaux fendent les eaux, ce qui ne relève pas du miracle à proprement parler.

Mais je la suggère à qui voudra faire preuve d’originalité.


P.S. Par souci de cohérence et pour sauver ma crédibilité, je supplie le lecteur ou la lectrice de ne pas lire mon article « Pour mettre un frein à l’usage des métaphores religieuses dans les médias sportifs » !

« Tu es pour, alors je suis contre! » « Tu es contre, alors je suis pour! »

Dimanche 24 septembre, j’ai vécu la messe à l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal. Ce jour-là, l’Église catholique prescrivait de lire l’histoire des ouvriers de la onzième heure:

Un vigneron décide de vendanger sa vigne. Le matin, il engage des vendangeurs et fixe leur salaire. Vers midi, comme la vendange est loin d’être finie, il engage des vendangeurs supplémentaires. Et à la fin de l’après-midi, il en engage encore quelques autres. L’histoire est d’une banalité consternante. Sauf qu’à la fin de la journée de travail, le,vigneron décide de donner le même salaire à tous les vendangeurs, peu importe leur temps de travail. Et quand un vendangeur lui reproche son injustice, il lui répond: « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? ». (Évangile attribué à Matthieu, chapitre 20; traduction de la Bible de la liturgie)

Remarque purement économique. Le vigneron me paraît sympathique, je me demande cependant ce qui s’est passé le lendemain quand il a décidé d’engager des vignerons pour vendanger sa seconde vigne. A-t-il trouvé des gens assez bêtes pour commencer à travailler tôt le matin?

La formulation de la conclusion m’a surpris. Car j’ai l’habitude d’une autre traduction de la dernière question: « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? ». (Traduction de la Bible Segond 21)

J’ai vérifié comment différentes bibles traduisaient cette dernière question et j’ai découvert que la traduction dépendait de la confession.

Traductions catholiques de la Bible

  • « N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon? » Bible de la liturgie
  • « N’ai-je pas le droit de disposer de mes biens comme il me plaît? Ou faut-il que tu sois jaloux parce que je suis bon? » Bible de Jérusalem

Traductions protestantes de la Bible

  • « Ne m’est-il pas permis de faire de mes biens ce que je veux? Ou bien verrais-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Nouvelle Bible Segond
  • « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mes biens? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon? » Bible Segond 21

La traduction œcuménique de la Bible correspond aux versions catholiques : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien? Ou alors ton œil est-il mauvais parce que je suis bon? ». Et la traduction juive faite par André Chouraqui aussi : « Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux de ce qui est à moi? Ou bien ton œil est-il mauvais parce que, moi, je suis bon? ».

Je trouve la différence existentiellement importante.

  • Dans les versions protestantes, le mauvais œil est simplement un jugement porté sur la bonté. Celui où celle qui n’en profite pas ne l’apprécie pas.
  • Mais les traductions catholiques font du regard mauvais, de la jalousie et du mauvais œil une conséquence de la bonté. C’est l’attitude du vigneron qui détermine celle du vendangeur. Si le vigneron avait peu payé les derniers ouvriers, l’œil du vendangeur aurait peut-être été tout autant mauvais, parce qu’il lui aurait reproché de ne pas se montrer assez généreux.

Cette version catholique me plaît. Car elle dénonce un risque que nous courons toutes et tous et moi le premier. Nous avons tendance à déterminer par rapport aux autres: « Tu es pour, alors, je suis contre! ». « Tu es contre, alors, je suis pour! ». Ce qui n’est pas forcément négatif, car la critique oblige à chercher à faire mieux, à être mieux. Mais ce qui se révèle stérile comme position de principe. Et je pense à certaines relations personnelles ou à certains débats institutionnels.

N’éprouvant pas le besoin de reprocher aux catholiques leur traduction, le théologien protestant du quotidien évite de tomber dans le travers dénoncé par l’histoire des ouvriers de la onzième heure. Ce qu’évidemment, il ne fait pas toujours! Et il remercie les catholiques qui ont traduit la Bible et l’Oratoire Saint-Joseph qui lui a permis d’entendre cette traduction.

Transformer de l’eau en bière

Sainte Brigide d’Irlande (451-vers 525) savait contextualiser l’Évangile pour le (et se) rendre populaire, elle qui a transformé de l’eau en bière. Succès assuré et sainteté justifiée!

Lorenzo Lotto (1524). Tresore Balneario, Capella Suardi. Crédit: Wikipedia

« Parmi les épisodes rapportés dans [la] biographie [de sainte Brigide] figure la transformation de l’eau en bière; il s’agit d’un miracle analogue à celui accompli par Jésus-Christ lors des noces de Cana, mais la boisson – la bière au lieu du vin – est liée à l’Irlande, pays de la sainte et l’un des principaux producteurs de bière. » Silvia Malaguzzi (2006), Boire et manger. Traditions et symboles. Hazan, Guide des art: p. 287

Un péché masculin et petit-bourgeois

Le péché est un concept théologique souvent mal compris. Dans mes études de théologie, on m’a enseigné que pécher, c’est prétendre se réaliser soi-même, « se faire un nom » selon l’expression des hommes qui construisent la tour de Babel (Livre de la Genèse, chapitre 11, verset 4).

Mais la vie m’a appris que cette conception du péché concerne les gens qui se sont réalisés eux-mêmes et les gens qui se sont fait un nom. Ou plutôt les gens qui ont l’orgueil de penser qu’ils peuvent se réaliser et se faire un nom. Cette théologie du péché vaut seulement pour eux. J’écris « eux » parce que cette théologie est surtout celle que défendent des hommes, particulièrement des hommes blancs, particulièrement des théologiens blancs diplômés de l’Université. Bref des petits-bourgeois. Bref des gens comme moi. Bref, ceux, et celles aussi, qui définissent cette théologie du péché. Et je souligne le courage qu’il faut pour faire du péché ce qui nous tient le plus à cœur.

Mais la vie m’a appris que cette conception du péché ne peut pas être celle des personnes qui n’ont jamais eu la possibilité de réaliser leur potentiel ni pour des personnes qui aimeraient être appelées par leur nom. Cette théologie ne vaut rien pour elles. Pire, elle renforce leur asservissement. Poussée jusqu’au bout, elle les empêche même d’exister. J’écris « elles » parce que les victimes de cette théologie sont d’abord des femmes. Des femmes et des membres des Tiers — et Quart — Mondes ; des femmes et des handicapés ; des femmes et des minorités ethniques ; des femmes et des minorités sexuelles. Et particulièrement des femmes LGBTIQ, handicapées, pauvres et « de couleur ».

Nous avons besoin d’une théologie du péché qui en libère pas qui y enferme.

Ponce Pilate «immergé» à Lausanne?

Je lis La légende dorée de Jacques de Voragine (1230-1298). L’ouvrage raconte la vie des saints du calendrier et situe les fêtes liturgiques. Au jour de «La passion de Notre-Seigneur», l’auteur insère le récit de la vie de Ponce-Pilate, de sa mort et de sa vie après sa mort.

Je suis surpris de découvrir qu’il serait enseveli à Lausanne, la ville suisse où j’habite.

«Ce qu’apprenant, Pilate prit son couteau et se tua. Son cadavre fut attaché à une grosse pierre et lancé dans le Tibre; mais les esprits malins et sordides s’emparèrent avec joie de ce corps malin et sordide; tantôt le plongeant dans l’eau, tantôt le ravissant dans les airs, ils causaient d’innombrables, tempêtes, etc., dont tout le monde était effrayé. Aussi les Romains retirèrent-ils du Tibre ce cadavre malfaisant et l’envoyèrent-ils à Vienne par dérision, pour y être plongé dans le Rhône, car le nom de Vienne provient de Via gehennae, qui veut dire: Voie de la malédiction. Mais là encore, les mauvais esprits recommencèrent leurs tours, si bien que les habitants de Vienne, pressés de se défaire de ce vase de malédiction, l’ensevelirent sur le territoire de la ville de Lausanne. Mais les habitants de cette ville, voulant eux aussi s’en débarrasser, le jetèrent au fond d’un puits entouré de hautes montagnes, et l’on dit que, aujourd’hui encore, on voir bouillonner, en ce lieu, des machinations diaboliques.» Jacques de Voragine (1998). La Légende dorée. Éditions du Seuil (Paris): 249

Le coresponsable de la mort de Jésus serait donc immergé (je ne peux pas écrire « enterré ») près de chez moi. J’ai besoin d’en savoir plus. Alors, je mène l’enquête et je découvre que Jacques de Voragine a raison, mais qu’il lui manque la fin de l’histoire. Car le cadavre de Pilate n’est pas resté à Lausanne; car les Lausannois ont réussi à s’en débarrasser. Ce « puits entouré de hautes montagnes » n’est pas le lac Léman, pas plus qu’il n’est situé au bord du lac Léman.

Je lis, dans un livre écrit en 1913 par Gustave Bettex et Édouard Guillon, que le cadavre de Pilate a été immergé près de Lucerne, au pied du Pilatus, au pied du mont Pilate. Voilà qui semble parfaitement logique.

«Ponce-Pilate, accablé sous les remords d’avoir fait périr le Christ et condamné à mort pour d’autres injustices, aurait prévenu le châtiment par le suicide. Ponce-Pilate, accablé sous les remords d’avoir fait périr le Christ et condamné à mort pour d’autres injustices, aurait prévenu le châtiment par le suicide. Son cadavre fut précipité dans le Tibre, avec une pierre pour l’empêcher de surnager. Mais le Tibre ne voulut pas de lui et le rejeta avec dégoût. On le porta alors à Vienne, en Dauphiné, où son souvenir et conservé par une pierre tombale, et on le jeta dans le Rhône qui s’indigna, lui aussi, de charrier cet impur débris. Qu’en faire? On l’envoya, on ne sait pourquoi, à Lucerne, qui ne fut guère flattée du cadeau et qui ne trouva rien de mieux, pour s’en délivrer, que d’aller le jeter dans le petit lac de Fracmont [l’ancien nom du mont Pilate].» Gustave Bettex et Édouard Guillon (1913). Les Alpes suisses dans la littérature et dans l’art. Fernand Matty (Montreux): 266-267

Je comprends que Bettex et Guillon connaissent le début et la fin, mais qu’il leur manque une étape. Et je remets les deux textes ensemble pour reconstruire toute l’histoire. Parti de Rome et du Tibre, le cadavre de Ponce-Pilate est passé par Vienne et le Rhône, Lausanne et le lac Léman pour finir à Lucerne dans le lac des Quatre-Cantons.

Ainsi celui qui s’est lavé les mains au moment «crucial» peut maintenant se les nettoyer aussi souvent qu’il le désire et pour l’éternité.


P.S. Je dois à la vérité de mentionner que d’autres légendes situent dans d’autres endroits le cadavre de Ponce-Pilate. Mais évidemment, elles sont toutes beaucoup moins crédibles.

P.P.S Pour conserver ma crédibilité universitaire, je mentionne deux sources, dont une en latin (je n’ai pas trouvé de traduction en français)!

Eusèbe de Césarée, au 4e siècle:

«Il n’est pas à propos d’omettre ce que l’on raconte de Pilate qui vivrait au temps du Sauveur. On dit que sous Gaïus, dont nous avons vu l’époque, de tels malheurs fondirent sur lui qu’il devint par force son propre meurtrier et son propre bourreau : la justice divine ne parut mettre envers lui aucun retard. Ceci nous est raconté par les écrivains grecs qu’ils nous ont laissé la suite des olympiades avec les événements survenus à leur date.» Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Livre 2 chapitre 7,1. Texte grec et traduction française par Émile Grapin (1905-1913). A. Picard et fils (Paris): 145

Mors Pilati qui Iesum condemnavit, probablement au 6e siècle:

«Cognita Caesar morte Pilati dixit Vere mortuus est morte turpissima, cui manus propria non percepit. Moli igitur ingenti alligatur et in Tiberim fluvium immergitur. Spiritus vero maligni et sordidi corpori maligno et sordido congaudentes omnes in aquis movebantur, et fulgura et tempestates, tonitrua et grandines in aere terribiliter gerebant, ita ut cuncti timore horribili tenerentur. Quapropter Romani ipsum a Tiberis fluvio extrabentes, derisionis causa ipsum in Viennam deportaverunt et Rhodani fluvio immerserunt : Vienna enim dicitur quasi via gehennae, quia erat tunc locus maledictionis. Sed ibi nequam spiritus affuerunt, ibidem eadem operantes. Homines ego illi tantam infestationem daemonum non sustinentes, vas illud maledictionis a se removerunt et illud sepeliendum Losaniae territorio commiserunt. Qui cum nimis praefatis infestationibus gravarentur, ipsum a se removerunt et in quodam puteo montibus circumsepto immerserunt, ubi adhuc relatione quorumdam quaedam diabolicae machinationes ebullire dicuntur.» Mors Pilati. Dans Evangelia Apocrypha, édité par Constantin Tischendorf (1813). Avenarius et Mendelssohn (Leipzig): 435