christianisme

Certain·es enfants d’Abraham sont plus égaux que les autres (les sources)

Si donc les « croyant·es » ont un père — biologique ou adoptif — et deux mères, les textes fondateurs des trois monothéismes conçoivent différemment cette filiation.

La Torah Le Nouveau Testament Le Coran
« Le Seigneur répondit : “Certes, Sara, ton épouse, te donnera un fils, et tu le nommeras Isaac. Je maintiendrai mon pacte avec lui, comme pacte perpétuel à l’égard de sa descendance.Quant à Ismaël, je t’ai exaucé : oui, je l’ai béni ; je le ferai fructifier et multiplier à l’infini ; il engendra douze princes, et je le ferai devenir une grande nation. Pour mon alliance, je la confirmerai sur Isaac, que Sara t’enfantera à pareille époque, l’année prochaine.” »

Genèse 17, 19-21 (Bible du Rabbinat)

« Cette déclaration de bonheur ne concerne-t-elle donc que les circoncis, ou également les incirconcis ? Nous disons en effet : la foi d’Abraham lui fut comptée comme justice. Mais dans quelles conditions le fut-elle ? Avant, ou après sa circoncision ? Non pas après, mais avant ! Puis le signe de la circoncision lui fut donné comme sceau de la justice reçue par la foi, lorsqu’il était incirconcis ; ainsi devint-il à la fois père de tous les croyants incirconcis, pour que la justice leur fût comptée, et père des circoncis, de ceux qui non seulement appartiennent au peuple des circoncis, mais marchent aussi sur les traces de la foi de notre père Abraham, avant sa circoncision. »

Romains 4, 11-12 (Traduction œcuménique de la Bible)

« Dis : “Nous croyons en Dieu, à ce qu’il t’a révélé, à ce qu’il a révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux tribus, à ce qu’ont reçu Moïse, Jésus et [les autres] prophètes de leur Seigneur. Nous ne faisons aucune différence entre eux et à la volonté de Dieu nous nous abandonnons.” Sourate 3, 84

« [Et nous avons dirigé aussi] Ismaël, Élisée, Jonas, Loth. Nous avons donné à chacun d’eux la préséance sur tous les hommes [de son temps]. »

Sourate 6, 86 (Traduction par Ḥamza Boubakeur)

Trois remarques dans l’ordre chronologique de rédaction des ouvrages  :

  1. La Torah établit une hiérarchie entre les enfants d’Abraham. Si Ismaël est béni, s’il se multiplie à l’infini, l’alliance de D.ieu passe par Isaac. Pourquoi ? Probablement parce que l’enfant naît comme un cadeau de D.ieu, tandis qu’Ismaël est conçu comme un effort d’êtres humains.
  2. Le Nouveau Testament néglige les fils biologiques pour faire d’Abraham, le père adoptif de tous les croyants circoncis (les juifs) et incirconcis (les « grecs »).
  3. Le Coran conjoint deux modèles : une égalité entre Ismaël et Isaac, parce que Dieu s’est adressé aux deux fils ; une hiérarchie où Ismaël à la préséance sur tous les hommes, donc sur Isaac aussi.

Les « croyant·es » n’ont qu’un seul « père » (biologique ou adoptif), mais deux « mères »

On me permettra pour une fois de ne pas faire de la théologie au quotidien, mais plutôt de réfléchir sur un sujet décontextualisé (encore que cette réflexion soit en lien avec mon quotidien, mais vous n’avez pas à le savoir).

On dit souvent qu’Abraham (ou Avraham ou Ibrahîm) est le « père des croyant·es », parce que la tradition lui attribue deux fils : le premier s’appelle Ismaël dont la mère est Agar, une servante égyptienne ; Ismaël (ou Ismaïl) est considéré par l’islam comme l’ancêtre des musulman·es. Le second s’appelle Isaac, dont la mère est Sara, la femme d’Abraham ; Isaac est considéré par le judaïsme comme l’ancêtre des juives et des juifs. Enfin, le christianisme en fait le père adoptif des chrétiens·nes, qui comme lui, ont confiance en Dieu.

Je ne vais pas résumer la saga familiale d’Abraham. Je vous invite plutôt à la lire :

  • Dans la Torah : dans le livre de la Genèse, pour Abraham, les chapitres 12 à 25 ; pour Agar, les chapitres 16 et 21 ; et pour Sara, les chapitres 16, 17, 18 et 21 (par exemple dans la Bible du Rabbinat).
  • Dans le Coran, parmi les 25 sourates qui mentionnent Abraham, sur Abraham et Ismaël, les sourates 2,124-140 et 37,101-108 ; sur Abraham, sa femme et Isaac, la sourate 11,69-73 (par exemple dans la traduction de Ḥamza Boubakeur tome I et tome II).
  • Et dans le Nouveau Testament, dans la lettre de Paul aux Romains, le chapitre 4 (en utilisant par exemple le moteur de recherche de l’Alliance biblique française Lire la Bible).

Je ne vais pas la résumer, mais je peux en faire une histoire courte.

Le Seigneur promet à Abraham qu’il aura des descendants aussi nombreux que les étoiles du ciel. Mais le couple qu’il forme avec Sara est stérile. La femme propose à son mari d’avoir des relations sexuelles avec sa servante Agar. Et ça marche ! Agar enfante un fils et lui donne le nom d’Ismaël. Mais Dieu ne se satisfait pas de cette solution. Il annonce à Sara qu’elle aura elle aussi un fils, malgré son grand âge. Et ça marche encore ! Sara enfante un fils qui reçoit le nom Isaac. Abraham et Sara s’accordent alors pour chasser Agar et Ismaël. Ce qui n’empêche pas que ce soit et par Ismaël et par Isaac qu’Abraham aura des descendants aussi nombreux que les étoiles du ciel.

Les trois monothéismes affirment donc qu’Abraham est le « père des croyant·es » parce que par Agar et Ismaël, il serait l’ancêtre des musulman·es et que par Sara et Isaac celui des juives et des juifs ainsi que des chrétien·nes.

Selon le mythe, les croyant.es ont donc un père et deux mères. Ce qui établit des liens familiaux qui unissent ces trois manières de croire en un même Dieu. Nous sommes tous et toutes frères et sœurs, demi-frères et demi-sœurs, au moins cousin, cousines.


Et s’il fallait plutôt prier pour les athlètes?

Pour revenir sur les vitraux mettant en valeur des athlètes (voir mon article Saint·es athlètes, priez pour nous!), je signale ce vitrail surnommé « Sports Bay » dans la cathédrale épiscopalienne Saint John the Divine à New York.

Saint John the Divine, Sports Bay (détail) ©gettyimages

Y figurent la représentation de sports populaires aux USA. De bas en haut et de gauche à droite, j’ai identifié :

  • la boxe, le bowling, le tir à l’arc, l’aviron et le tir au pistolet ;
  • le hockey sur glace, la course automobile, le football (américain), la chasse, la luge, le football (soccer) et le cricket ;
  • le base-ball, la natation, le basketball, le ski, la voile et le polo ;
  • le tennis, le patinage artistique, l’escrime, la pêche, le vélo et le golf.

Et celle de neuf épisodes bibliques plus ou moins liés au sport (de bas en haut et de gauche à droite) :

  • Ésaü chassant une biche (Genèse 27) et Élie courant plus vitre que le char d’Achab (1 Rois 18).
  • Jacob luttant avec un ange (Genèse 32) et Samson tuant un lion (Juges 14).
  • David tenant sa fronde à la main (1 Samuel 17) et les disciples tirant au sort le remplaçant de Judas (Actes 1).
  • Paul recevant la couronne du vainqueur (1 Corinthiens 9 et 2 Timothée 4) et proposant les chaussures de la paix, la ceinture de la vérité et le bouclier de la foi (Éphésiens 6).
  • Et dans la rosace, un cheval blanc que monte un cavalier s’appelant Fidèle et Véritable (Apocalypse 19).

Le site de la cathédrale précise l’intention du vitrail :

Qu’une cathédrale mette en valeur les sports et les loisirs peut sembler un choix improbable. Mais comme l’a dit le Très Révérend William T. Manning, évêque de New York au moment de la création du vitrail des sports [1928] : « Notre jeu et notre travail occupent une vraie place dans notre vie et dans notre prière ».

Convaincu par sa fille Elizabeth Manning qui avait assisté aux Jeux olympiques à Paris en 1924, il avait précisé :

Un sport propre, intègre et bien régulé est le moyen le plus puissant pour vivre en vérité et debout. Il fait s’exprimer et se développer les qualités qui sont essentielles à de nobles virilité et féminité.


(modifié le 21 octobre à 21h45)

Alimentation et spiritualité (cours en sciences des religions @unil)

Au semestre d’automne, je donnerai pour la première fois à l’Université de Lausanne un cours de sciences des religions sur le thème Alimentation et spiritualité.

  • J’y aborderai l’impact des religions sur les pratiques alimentaires et l’alimentation comme lieu de spiritualité.
  • Il aura lieu le mercredi de 16h15 à 18h du 18 septembre au 18 décembre.

Comme tous les cours de la Faculté de théologie et de sciences des religions, il est ouvert aux étudiant·es mais aussi aux auditrices et aux auditeurs libres (voir la procédure d’inscription à l’Université de Lausanne). Je serai heureux de vous y accueillir.


En attendant le cours ou à la place du cours, on peut lire mon livre gratuit et en libre accès: Bauer, O. (2017). Nicole Rognon mange aussi comme elle croit. Lausanne. 34 pages

Qu’est-ce que ça fait de ne pas être baptisée?

Avec quelques étudiant·es de la Faculté de théologie et de sciences des religions, le théologien du quotidien a imaginé, organisé et tenu un atelier «Bonheurs et peurs, les émotions en religion» dans le cadre des «Mystères de l’Unil» (journées portes ouvertes de l’Université de Lausanne). Nous avons proposé aux enfants de faire des expériences religieuses sensorielles, d’exprimer leurs émotions et de découvrir pourquoi et comment les religions utilisent ces goûts, ces images, ces musiques, ces parfums, ces textures, faisaient prendre des postures.

Cet après-midi, un événement est arrivé dans le quotidien du théologien. Après avoir fait l’atelier vue, une petite fille d’environ huit ans, lui demande abruptement :

– Monsieur, j’ai une question.

– Oui.

– Qu’est-ce que ça fait de ne pas être baptisée?

Il croit avoir bien répondu en lui demandant:

– À toi, qu’est-ce que ça fait?

Surtout qu’elle lui répond:

– Moi, je m’en fiche.

Mais si vous imaginez une meilleure réponse, n’hésitez pas à me la communiquer!

Esprit du vin – esprit divin

J’ai le plaisir d’organiser pour la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne un cours public sur les liens entre le vin et le divin, avec la collaboration de Sainte-Claire et de la paroisse réformée de Vevey, en synergie avec la Fête des Vignerons. Je serai heureux de vous y accueillir.