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Non, le football n’est pas toujours une histoire d’amour

De voir le stade Roi Baudouin à Bruxelles (ex stade du Heysel) au moment des finales de la Coupe du monde de football, m’a donné l’envie de rappeler à celles et ceux qui parent le football/soccer de toutes les vertus (théologien-ne-s y comprise-e-s) que ce sport a aussi (voire surtout) une face très sombre. Souvenir…

C’était le 29 mai 1985. La finale de la coupe d’Europe opposait Liverpool et la Juventus de Turin. Elle se jouait à Bruxelles, au stade du Heysel. Avec l’équipe de football de l’Université de Neuchâtel dont j’étais le gardien de but, nous partagions des pizzas quand nous avons vu à la télévision ces images dramatiques des tifosi turinois mourir en direct dans un mouvement de panique provoqué par la violence des hooligans anglais; quand nous avons appris qu’il y avait eu 39 morts; quand nous avons vu la partie être jouée malgré tout (le spectacle doit continuer pour que l’argent continue à rentrer); quand nous avons vu Michel Platini jubilé après avoir marqué, sur penalty, l’unique but de la partie.
Depuis ce 29 mai 1985, malgré tout le plaisir que je prends à pratiquer ce sport, je n’ai plus jamais considéré le football/soccer de la même façon.

Quand football/soccer et religion s’emmêlent (Coupe du monde 2014)

Le Règlement de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014 es formel. Toute propagande religieuse est bannie du terrain:

«Article 22. Équipement. Les joueurs ou officiels ne doivent pas afficher de messages ou slogans de nature politique, religieuse ou personnelle, dans quelque langue ou sous quelque forme que ce soit sur leur tenue, leur équipement (sacs, récipients pour les boissons, valises médicales, etc.) ou leur corps.»

Mais ce qui vaut pour les joueurs ne vaut pas pour la FIFA elle-même, selon l’édition suisse du quotidien 20 Minutes:

«[Dilma Roussef, la présidente du Brésil] a expliqué que, sur décision de la FIFA, il n’y aurait pas de discours inaugural mais que des messages de paix de responsables religieux, dont un du pape François, seraient lus le 12 juin avant le match d’ouverture.»

Alors que s’ouvre la Coupe du Monde, il m’a paru intéressant de recenser quelques nouvelles qui montrent la manière dont le football ou le soccer et la religion s’emmêlent parfois étroitement.

Islam:

Pour les musulmans, la Coupe du Monde représente une occasion de diffuser le Coran, selon le site français d’actualité Le Fait Religieux:

«Le ministère des awqaf – pluriel de waqf, les affaires islamiques – du Koweït a fait part de son intention de distribuer 250.000 Corans à l’occasion de la Coupe du monde de football 2014 qui débutera le 12 juin au Brésil. Ces exemplaires du livre saint de l’islam seront traduits en espagnol, en portugais, en anglais et en français avant d’être distribués dans les hôtels, les lieux publics et bien évidemment, les stades.»

Et plus largement, elle permet de faire connaître la présence musulmane au Brésil, toujours selon le site français d’actualité Le Fait Religieux:

«La Fédération des associations musulmanes brésiliennes (Fambras), vient d’éditer un petit guide intitulé « Salam Brasil » à l’approche de la Coupe du Monde de football. Celui-ci, créé en partenariat avec l’ambassade du Sultanat d’Oman, a pour but de faciliter le séjour des supporters musulmans dans le pays.»

Mais l’islam a un autre impact. Que le Ramadan tombe en pleine Coupe du Monde pourrait expliquer des décisions controversées de la Fédération Française de Football, selon un blogue du site français d’information Mediapart:

«L’autre grand « problème » qui se pose à la Fédération Française de football est le mois de Ramadan. Neuvième mois du calendrier islamique, il est aussi le mois de jeûne et de recueillement pour tous les musulmans. Or nos meilleurs joueurs sont musulmans. Outre Sami Nasri, l’équipe de France de football compte deux autres joueurs de classe mondiale, Franck Ribéry et Karim Benzema. Ils sont tous les deux musulmans. Et il semble que la future étoile montante du football français, Paul Pogba, soit musulmane lui aussi. Or le mois de jeûne commence le 29 Juin cette année soit un ou deux jours avant le match décisif de huitième de finale de la Coupe du Monde. Ayant hérité du groupe le plus facile, la France devrait se qualifier pour les huitièmes de finale. Mais elle ne peut se permettre de jouer ces matches à élimination directe sans ses joueurs musulmans. A moins d’avoir des joueurs suffisamment dociles pour accepter une entorse à leur pratique… que, de toute façon, l’Islam permet.»

Pour mémoire, Franck Ribéry a dû renoncer à la Coupe du Monde en raison d’une blessure au dos.

Christianisme:

Les démonstrations publiques de la foi des joueurs brésiliens témoignent des mutations religieuses dans le pays, selon le site de la BBC:

«Everyone knows that football is a religion in Brazil, but religion itself finds its expression in the game, and the players’ behaviours on and off the pitch reveal much about the country’s changing religious landscape. You will still see players making Catholic gestures such as the sign of the cross, but recent years have seen more evangelical expressions of Christianity. After their victory in the 2002 World Cup final, the whole team knelt in a huge prayer circle, with some players stripping off their shirts to show t-shirts emblazoned with the slogan « I belong to Jesus. »»

Et si de nombreux joueurs brésiliens aiment afficher publiquement,, cette année, discrètement, leur foi pentecôtiste, selon le quotidien britannique The Guardian:

«These days, few people outside Brazil know that Neymar is a protestant, alongside the captain Thiago Silva and Chelsea’s David Luiz, even though it is quite normal to hear them thanking God for achievements and assorted blessings. There are no organised activities while on national duty and even talking about faith became a bit of a hot potato. « Let’s say we keep the praying to ourselves, without trying to make a big issue out of it », says one Seleção player, who asked to remain anonymous.»

Une privatisation de la religion que confirme le quotidien français Sud-Ouest, reprenant une information du journal brésilien O Globo:

«À propos de foi, si la religion était très présente lors de la dernière coupe, avec Kaka, Lucio et Dunga notamment parmi les athlètes de dieu évangélistes, les choses sont bien différentes cette fois-ci. Bien que catholique pratiquant, le sélectionneur Luiz Felipe Scolari a interdit tout culte collectif et l’accès aux prêtres. L’entraîneur a même coupé le contact avec un prêtre très proche , il a quand même, déjà, effectué le même pèlerinage qu’en 2002, année de sa victoire au Mondial avec le Brésil.»

Divers:

Certains estiment que Dieu joue un rôle dans cette Coupe du Monde, les Allemands par exemple, selon l’agence de presse œcuménique helvétique Protestinter:

«Près de la moitié des Allemands sont d’avis qu’il est justifié de prier pour la victoire de l’équipe nationale de football en Coupe du monde au Brésil.»

Voilà qui explique peut-être la définition du football selon l’ancien international anglais Gary Lineker: «Football is a simple game; 22 men chase a ball for 90 minutes and at the end, the Germans always win.»

Le culte que les Brésiliens portent au football a inspiré à Cerveja Foca, une marque brésilienne de bière, une publicité ou elle propose à ses consommateurs de les enregistrer comme adeptes de « la religion du football » pour leur permettre de bénéficier des congés et des accommodements religieux que les employeurs devraient à leurs employés. Mais, cette annonce est un faux, selon le site de la chaîne de télévision états-unienne NBC:

«Just one problem: Brazil has no such law that requires companies to provide paid leave to those observing religious holidays, nor do the country’s labor laws permit religious observation as a reason to take time off work.»

Les fans et le fanatisme

Il est une idée largement reçue à Montréal, que les partisans de l’Impact (soccer/football) seraient plus exubérants, plus démonstratifs et peut-être plus violents que ceux du Canadien (hockey sur glace). Même si les parisans du Canadien savent aussi quelque fois se montrer violents, l’idée reçue n,est pas tout-à-fait fausse. Mais pourquoi cette différence? J’oserais une explication en quatre points:

  1. Tout rassemblement d’êtres humains génère des comportements hors normes (Georges Brassens chantait: « Quand on est plus de quatre, on est une bande de cons. »).
  2. La composition de la foule joue un rôle décisif. C’est ainsi dans les rassemblements de jeunes hommes adultes que la violence est le plus à craindre. Par contre la composante culturelle ne me paraît avoir aucune importance. Les débordements surviennent au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest.
  3. L’objet du rassemblement induit des comportements spécifiques. Certaines manifestations calment, d’autres excitent.
  4. Chaque sport s’accompagne d’une culture qui prescrit au partisan un comportement. Ainsi le soccer de l’Impact génère chez les partisans plus de débordements et de violence que le hockey du Canadien. Un peu intuitivement, j’y vois trois causes:
    • Deux causes externes (qui peuvent sembler relever de l’anecdote,mais qui ont leur importance). La posture: le partisan de l’Impact debout au stade Saputo serait plus exubérant et plus démonstratif que celui du Canadien assis au Centre Bell. La météo: le partisan de l’Impact, torse nu au cœur de l’été, serait plus chaud que celui du Canadien qui sort du Centre Bell engoncé dans une parka par moins vingt degrés.
    • Une cause interne. Une rencontre de soccer ne remplirait pas la fonction cathartique d’une partie de hockey. Sur le terrain, la violence serait plus diffuse, plus sournoise que sur la patinoire. Tandis que les partisans du Canadien vivraient leur violence par procuration, se nourriraient de la violence des joueurs et seraient ainsi rassasiés à la fin de la rencontre, au contraire, une rencontre de l’Impact exacerberait la violence des partisans qui éprouveraient le besoin d’exprimer et d’exsuder leur violence pendant et après la rencontre. Et ce serait alors l’Impact qui se nourrirait de la violence de ses partisans.

Merci à Marilou, Samuel et Simon, trois « finissants en communication option journalisme au Cégep André-Laurendeau » qui m’ont offert l’occasion de réfléchir en m’interrogeant pour leur documentaire sur « le phénomène des fans et le fanatisme ».

Pour mettre un frein à l’usage des métaphores religieuses dans les médias sportifs

Excellente remarque de Ronald King dans La Presse+ (« Histoires de hockey« ) à propos d’une métaphore religieuse appliquée au hockey:

« Dans nos médias [ceux du Québec], le dernier match [du Canadien] à San Jose a été comparé à la rencontre de David contre Goliath. Il s’agit là du cliché le plus éculé du monde du sport. David par-ci, Goliath par-là, même les deux personnages bibliques en ont sûrement assez d’être nommés. Lâchez-nous, SVP… »

Ami-e-s journalistes d’ici et d’ailleurs, lâchez aussi, dans le même mouvement, les autres métaphores toujours rabâchées!

Et si vous avez besoin de savoir lesquelles, regardez celle que j’ai récemment récoltée:

Et s’il vous faut plus d’exemples, lisez l’ouvrage de référence: Bonnetain, P. (1991). Dieu dans le stade. Lausanne & Levallois-Perret: L’Aire & Manya.

Ou mes quatre articles:

Superbowl XLVIII: Et à la fin c’est le moins superstitieux qui l’emporte!

Et ce sont les Seahawks de Seattle, l’équipe dont les partisans sont les moins superstitieux (voir mon article sur ce thème), qui remportent le Superbowl.
Belle leçon à la fois sportive et théologique!