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Quand Jésus joue au football et fait la une

J’aime traquer dans les médias les mélanges de sport et de religion. Ce matin, je suis gâté par cette image et ses légendes.

Vu sur le site Internet de la Radio télévision suisse
Vu sur le site du quotidien Le Matin

Le sportif introduit de la religion dans le sport. Et les médias aussi, en profitant que le footballeur s’appelle Gabriel Jesus.


Sur les diverses manières d’articuler sport et religion, on peut relire mon billet Les relations entre sport et religion.

Et s’il fallait plutôt prier pour les athlètes?

Pour revenir sur les vitraux mettant en valeur des athlètes (voir mon article Saint·es athlètes, priez pour nous!), je signale ce vitrail surnommé « Sports Bay » dans la cathédrale épiscopalienne Saint John the Divine à New York.

Saint John the Divine, Sports Bay (détail) ©gettyimages

Y figurent la représentation de sports populaires aux USA. De bas en haut et de gauche à droite, j’ai identifié :

  • la boxe, le bowling, le tir à l’arc, l’aviron et le tir au pistolet ;
  • le hockey sur glace, la course automobile, le football (américain), la chasse, la luge, le football (soccer) et le cricket ;
  • le base-ball, la natation, le basketball, le ski, la voile et le polo ;
  • le tennis, le patinage artistique, l’escrime, la pêche, le vélo et le golf.

Et celle de neuf épisodes bibliques plus ou moins liés au sport (de bas en haut et de gauche à droite) :

  • Ésaü chassant une biche (Genèse 27) et Élie courant plus vitre que le char d’Achab (1 Rois 18).
  • Jacob luttant avec un ange (Genèse 32) et Samson tuant un lion (Juges 14).
  • David tenant sa fronde à la main (1 Samuel 17) et les disciples tirant au sort le remplaçant de Judas (Actes 1).
  • Paul recevant la couronne du vainqueur (1 Corinthiens 9 et 2 Timothée 4) et proposant les chaussures de la paix, la ceinture de la vérité et le bouclier de la foi (Éphésiens 6).
  • Et dans la rosace, un cheval blanc que monte un cavalier s’appelant Fidèle et Véritable (Apocalypse 19).

Le site de la cathédrale précise l’intention du vitrail :

Qu’une cathédrale mette en valeur les sports et les loisirs peut sembler un choix improbable. Mais comme l’a dit le Très Révérend William T. Manning, évêque de New York au moment de la création du vitrail des sports [1928] : « Notre jeu et notre travail occupent une vraie place dans notre vie et dans notre prière ».

Convaincu par sa fille Elizabeth Manning qui avait assisté aux Jeux olympiques à Paris en 1924, il avait précisé :

Un sport propre, intègre et bien régulé est le moyen le plus puissant pour vivre en vérité et debout. Il fait s’exprimer et se développer les qualités qui sont essentielles à de nobles virilité et féminité.


(modifié le 21 octobre à 21h45)

Que dit #Neymar en citant la Bible ?

Samedi dernier (13 juillet 2019), le footballeur brésilien Neymar Jr (découvrir sa biographie sur Wikipédia) a publié sur son compte Instagram (@neymarpai_) une vidéo ou il s’approprie un verset biblique (la regarder sur le site de L’Équipe):

«Toda arma forjada contra mim não prosperará, toda língua que ousar contra mim em juízo, Deus a condenara esta é a herança dos servos do Senhor, e o direito que procede Dele, diz o Senhor. Isaías 54:17»

Neymar s’approprie ce verset en remplaçant les «toi» par des «moi»; au lieu d’apostropher Dieu avec un «tu» et de le faire répondre avec un «je», il désigne Dieu par une troisième personne. Ce qui donne en français en mettant les modifications en évidence:

«Toute arme forgée contre moi ne pourra prospérer, toute langue qui s’élèvera en justice contre moi, Dieu la condamnera. Voilà le patrimoine des serviteurs du SEIGNEUR, la justice qui leur vient de Lui — déclaration du SEIGNEUR.» Ésaïe, chapitre 54, verset 17.

Qu’un joueur de football brésilien cite la Bible n’est pas exceptionnel. Beaucoup sont chrétiens évangéliques et aiment partager leur convictions.

Mais comme la vidéo contient un logo du FC Barcelone et que la rumeur veut que Neymar retourne dans ce club qu’il avait quitté en 2017 pour jouer au Paris Saint-Germain, les réseaux sociaux et les médias ont appliqué le verset d’Ésaïe à cette situation précisément.

Si je comprends bien (mais le théologien universitaire a parfois du mal à comprendre la théologie populaire), «toute arme forgée contre moi sera sans effet» devrait signifier que le contrat qui retient Neymar au PSG est une arme forgée contre lui, mais qu’elle ne l’empêchera pas de retourner jouer à Barcelone.

C’est peut-être exact. Mais je crois que la déclaration est plus large. Car Neymar est accusé d’un viol qu’il conteste, et qu’une blessure, peut-être «diplomatique», l’a empêché de jouer la Copa América que son pays vient de remporter.

Je dirais donc qu’avec cette citation biblique, Neymar fait une confession de foi: comme serviteur de Dieu, il bénéficie de la protection divine. Dieu transforme le mal qu’on lui fait en bien. Dieu lui rendra justice. Quoiqu’il arrive et dans tous les aspects de sa vie.

Non, le football n’est pas toujours une histoire d’amour

De voir le stade Roi Baudouin à Bruxelles (ex stade du Heysel) au moment des finales de la Coupe du monde de football, m’a donné l’envie de rappeler à celles et ceux qui parent le football/soccer de toutes les vertus (théologien-ne-s y comprise-e-s) que ce sport a aussi (voire surtout) une face très sombre. Souvenir…

C’était le 29 mai 1985. La finale de la coupe d’Europe opposait Liverpool et la Juventus de Turin. Elle se jouait à Bruxelles, au stade du Heysel. Avec l’équipe de football de l’Université de Neuchâtel dont j’étais le gardien de but, nous partagions des pizzas quand nous avons vu à la télévision ces images dramatiques des tifosi turinois mourir en direct dans un mouvement de panique provoqué par la violence des hooligans anglais; quand nous avons appris qu’il y avait eu 39 morts; quand nous avons vu la partie être jouée malgré tout (le spectacle doit continuer pour que l’argent continue à rentrer); quand nous avons vu Michel Platini jubilé après avoir marqué, sur penalty, l’unique but de la partie.
Depuis ce 29 mai 1985, malgré tout le plaisir que je prends à pratiquer ce sport, je n’ai plus jamais considéré le football/soccer de la même façon.

Quand football/soccer et religion s’emmêlent (Coupe du monde 2014)

Le Règlement de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014 es formel. Toute propagande religieuse est bannie du terrain:

«Article 22. Équipement. Les joueurs ou officiels ne doivent pas afficher de messages ou slogans de nature politique, religieuse ou personnelle, dans quelque langue ou sous quelque forme que ce soit sur leur tenue, leur équipement (sacs, récipients pour les boissons, valises médicales, etc.) ou leur corps.»

Mais ce qui vaut pour les joueurs ne vaut pas pour la FIFA elle-même, selon l’édition suisse du quotidien 20 Minutes:

«[Dilma Roussef, la présidente du Brésil] a expliqué que, sur décision de la FIFA, il n’y aurait pas de discours inaugural mais que des messages de paix de responsables religieux, dont un du pape François, seraient lus le 12 juin avant le match d’ouverture.»

Alors que s’ouvre la Coupe du Monde, il m’a paru intéressant de recenser quelques nouvelles qui montrent la manière dont le football ou le soccer et la religion s’emmêlent parfois étroitement.

Islam:

Pour les musulmans, la Coupe du Monde représente une occasion de diffuser le Coran, selon le site français d’actualité Le Fait Religieux:

«Le ministère des awqaf – pluriel de waqf, les affaires islamiques – du Koweït a fait part de son intention de distribuer 250.000 Corans à l’occasion de la Coupe du monde de football 2014 qui débutera le 12 juin au Brésil. Ces exemplaires du livre saint de l’islam seront traduits en espagnol, en portugais, en anglais et en français avant d’être distribués dans les hôtels, les lieux publics et bien évidemment, les stades.»

Et plus largement, elle permet de faire connaître la présence musulmane au Brésil, toujours selon le site français d’actualité Le Fait Religieux:

«La Fédération des associations musulmanes brésiliennes (Fambras), vient d’éditer un petit guide intitulé « Salam Brasil » à l’approche de la Coupe du Monde de football. Celui-ci, créé en partenariat avec l’ambassade du Sultanat d’Oman, a pour but de faciliter le séjour des supporters musulmans dans le pays.»

Mais l’islam a un autre impact. Que le Ramadan tombe en pleine Coupe du Monde pourrait expliquer des décisions controversées de la Fédération Française de Football, selon un blogue du site français d’information Mediapart:

«L’autre grand « problème » qui se pose à la Fédération Française de football est le mois de Ramadan. Neuvième mois du calendrier islamique, il est aussi le mois de jeûne et de recueillement pour tous les musulmans. Or nos meilleurs joueurs sont musulmans. Outre Sami Nasri, l’équipe de France de football compte deux autres joueurs de classe mondiale, Franck Ribéry et Karim Benzema. Ils sont tous les deux musulmans. Et il semble que la future étoile montante du football français, Paul Pogba, soit musulmane lui aussi. Or le mois de jeûne commence le 29 Juin cette année soit un ou deux jours avant le match décisif de huitième de finale de la Coupe du Monde. Ayant hérité du groupe le plus facile, la France devrait se qualifier pour les huitièmes de finale. Mais elle ne peut se permettre de jouer ces matches à élimination directe sans ses joueurs musulmans. A moins d’avoir des joueurs suffisamment dociles pour accepter une entorse à leur pratique… que, de toute façon, l’Islam permet.»

Pour mémoire, Franck Ribéry a dû renoncer à la Coupe du Monde en raison d’une blessure au dos.

Christianisme:

Les démonstrations publiques de la foi des joueurs brésiliens témoignent des mutations religieuses dans le pays, selon le site de la BBC:

«Everyone knows that football is a religion in Brazil, but religion itself finds its expression in the game, and the players’ behaviours on and off the pitch reveal much about the country’s changing religious landscape. You will still see players making Catholic gestures such as the sign of the cross, but recent years have seen more evangelical expressions of Christianity. After their victory in the 2002 World Cup final, the whole team knelt in a huge prayer circle, with some players stripping off their shirts to show t-shirts emblazoned with the slogan « I belong to Jesus. »»

Et si de nombreux joueurs brésiliens aiment afficher publiquement,, cette année, discrètement, leur foi pentecôtiste, selon le quotidien britannique The Guardian:

«These days, few people outside Brazil know that Neymar is a protestant, alongside the captain Thiago Silva and Chelsea’s David Luiz, even though it is quite normal to hear them thanking God for achievements and assorted blessings. There are no organised activities while on national duty and even talking about faith became a bit of a hot potato. « Let’s say we keep the praying to ourselves, without trying to make a big issue out of it », says one Seleção player, who asked to remain anonymous.»

Une privatisation de la religion que confirme le quotidien français Sud-Ouest, reprenant une information du journal brésilien O Globo:

«À propos de foi, si la religion était très présente lors de la dernière coupe, avec Kaka, Lucio et Dunga notamment parmi les athlètes de dieu évangélistes, les choses sont bien différentes cette fois-ci. Bien que catholique pratiquant, le sélectionneur Luiz Felipe Scolari a interdit tout culte collectif et l’accès aux prêtres. L’entraîneur a même coupé le contact avec un prêtre très proche , il a quand même, déjà, effectué le même pèlerinage qu’en 2002, année de sa victoire au Mondial avec le Brésil.»

Divers:

Certains estiment que Dieu joue un rôle dans cette Coupe du Monde, les Allemands par exemple, selon l’agence de presse œcuménique helvétique Protestinter:

«Près de la moitié des Allemands sont d’avis qu’il est justifié de prier pour la victoire de l’équipe nationale de football en Coupe du monde au Brésil.»

Voilà qui explique peut-être la définition du football selon l’ancien international anglais Gary Lineker: «Football is a simple game; 22 men chase a ball for 90 minutes and at the end, the Germans always win.»

Le culte que les Brésiliens portent au football a inspiré à Cerveja Foca, une marque brésilienne de bière, une publicité ou elle propose à ses consommateurs de les enregistrer comme adeptes de « la religion du football » pour leur permettre de bénéficier des congés et des accommodements religieux que les employeurs devraient à leurs employés. Mais, cette annonce est un faux, selon le site de la chaîne de télévision états-unienne NBC:

«Just one problem: Brazil has no such law that requires companies to provide paid leave to those observing religious holidays, nor do the country’s labor laws permit religious observation as a reason to take time off work.»

La religion du Liverpool F.C.

Un ami, le pasteur neuchâtelois David Allisson me transmet cette photographie d’un partisan de Liverpool qui assume sa foi. Non, Montréal n’est pas seule dans son genre!

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