Pâques

Le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

J’ai déjà parlé de l’utilisation d’une Cène pour la publicité du Bal en blanc, un festival de musique électronique tenu à Montréal chaque année à Pâques (lire l’article: « La Cène: Époque contemporaine »). Je viens de découvrir l’utilisation d’une Maiestas Domini pour la publicité d’Electron, le « Geneva’s festival of electronic cultures » qui se tient à Genève aux mêmes dates. Que les événements se tiennent à Pâques semble donc inspirer les publicitaires…

Affiche du festival Electron (Genève, 2017)

Affiche de la 14e semaine Bal en Blanc (Montréal, 2008)

Ce qui me frappe c’est la manière dont la « culture électronique » récupère des images christiques, mais qu’elle les décale, évidemment.

  • L’affiche du Bal en Blanc fait de la Cène une tablée de personnes qui brillent par leur diversité sexuelle (hommes et femmes, LGBTQ+), ethnique (il n’y a toutefois pas de noir) et religieuse (signes ostensibles de judaïsme, d’islam et d’hindouisme); mais qui ne brillent pas par leur diversité physique (toutes jeunes, minces et belles); elle fait du Christ un DJ, touchant de sa main droite ses écouteurs, posant la main gauche sur une double platine (au lieu d’un plat).
  • L’affiche d’Electro fait du Christ en majesté, un prêtre (identifié par le col noir qui dépasse de son aube blanche), jeune, mince, à l’allure boudeuse; elle fait du prêtre un Seigneur rayonnant (inscrit dans une mandorle en forme de cadre kitsch), levant trois doigts (ou deux doigts et demi) de sa main droite; elle fait du Christ un DJ, écouteurs sur les oreilles et serrant sur son cœur un disque vinyle noir (au lieu du livre traditionnel)

Combinées, les deux affiches délivrent un message clair: le Christ est un DJ; la musique électronique permet la communion; elle transporte au paradis.

Œuf de Pâques

Traditionnellement, l’œuf est un symbole religieux: c’est souvent à partir de lui que les dieux créent le monde; les deux moitiés de la coquille forment la terre et le ciel; le blanc et le jaune donnent naissance à la vie, aux êtres humains.

Mais c’est d’une autre symbolique que le christianisme a paré l’œuf. Il en a fait l’un des symboles de Pâques, de la résurrection de Jésus-Christ. Il est ainsi d’usage dans les Églises orthodoxes d’emmener un œuf au culte de Pâques, de le frapper – de le «taquer» – contre celui d’un paroissien en disant: «Christ est ressuscité!». L’autre fait de même en répondant – du tac au tac -: «Il est vraiment ressuscité!».

Oeufs de Pâques 

 À quoi l’œuf doit-il son rôle pascal? Pourquoi est-il devenu un symbole de la résurrection?

  • On peut penser que les Chrétiens ont voulu récupérer le lien avec la création, en faisant de la résurrection le début d’un nouveau monde.
  • On peut penser que la forme quasi ronde illustre la perfection du Christ.
  • On peut penser que la coquille rappelle le tombeau dont le Ressuscité est sorti le matin de Pâques. Et que la teinture rouge, privilégiée par les orthodoxes, rappelle le sang de Jésus qui aurait coulé sur les œufs que Marie-Madeleine rapportait du marché le jour de la crucifixion.

Sur les symboles gustatifs de Pâques, lire aussi sur ce blogue:

Sur les aliments de Noël, lire sur ce blogue:

Éternité. Ici et maintenant

Sur le chemin de Pâques, mais déjà pleinement ressuscité, je partage cette citation de l’écrivain suisse Georges Haldas:

« Mais il y a ceci en outre de décisif en cette même rencontre: qu’elle nous révèle le plus simplement du monde, et par là-même de manière irréfutable, qu’on n’accède pas à l’éternité vivante après notre mort, mais bien dès maintenant, dans cette vie-ci, ou encore, comme on n’a cessé de nous le ressasser de manière culturelle et par là esthétique en se servant du latin hic et nunc: « ici et maintenant. » » Haldas, G. (1991). Mémoire et résurrection: chronique extravagante. Lausanne: L’Age d’homme: page 83

Ce n’est «Pâques» du chocolat!

Dieu soit loué, le carême finit toujours par prendre fin et Pâques succède toujours à Vendredi-saint! Et le dimanche de Pâques, plus question de se priver. Ce jour-là, les chrétiens, qu’ils aient ou non jeûné, passent à table. Du chocolat, évidemment. Mais pas seulement! Car si «ce n’est Pâques du chocolat», c’est que la résurrection est aussi transmise autrement, dans d’autres nourritures comme des pains briochés en veux-tu en voilà (Kulich, Paska, Lämmele, Colomba, etc.), des œufs durs (rouges comme ceux que Marie aurait laissés au pied de la croix et que le sang de Jésus aurait teintés) ou des viandes (agneau, cabri, jambon), des betteraves rouges en Haïti.
Mais pourquoi diable, Pâques et la résurrection sont-ils (aussi mais pour certains surtout ou uniquement) une affaire de goût? Je crois, profondément presque viscéralement, que c’est d’abord pour en faire goûter la nécessité. Comme le rappelle le philosophe français Olivier Assouly (dans Les nourritures divines), manger est un besoin vital et quotidien. En inscrivant Pâques dans des pratiques alimentaires, le christianisme s’assure donc (pourvu que ça dure!) de rendre cette fête à la fois inévitable et nécessaire. Il est facile de ne pas croire à la résurrection, il est difficile d’échapper aux goûts de Pâques. C’est ensuite pour faire goûter l’immédiateté de la résurrection. Comme l’exprime l’écrivain suisse Georges Haldas (dans Mémoire et Résurrection), on «accède à l’éternité vivante» (ce sont ses mots) non pas après la mort, mais ici et maintenant. Et des aliments qui entrent, plaisent, nourrissent et ressortent paraissent le moyen idéal pour le signifier.
Mais que diable la résurrection a-t-elle à faire, précisément, avec ces goûts-là? Ce sont toutes des nourritures à forte valeur symbolique des nourritures qui reçoivent leur valeur de trois systèmes symboliques qui tous, astucieusement combinés donnent son sens à Pâques:

  • Une symbolique religieuse: consommer de nourritures que valorise le judéochristianisme, les œufs du Seder, le pain et le vin du Repas du Seigneur;
  • Une symbolique culturelle: consommer des nourritures qu’une culture valorise, les betteraves rouges en Haïti;
  • Une symbolique cosmique: consommer les nourritures de saison, agneau printanier nouveau-né, jambon enfin arrivé à maturité, pain gonflé par le levain, «pourriture noble», additif vivant qui fait revivre ce qui est mort.

Pâques n’est donc pas anecdotiquement une histoire de goût. Il l’est substantiellement, y compris pour le chocolat. Mais justement, comment choisir son chocolat? Je vous suggère de le prendre suffisamment amer pour ne pas oublier la cruauté de la crucifixion, mais suffisamment sucré pour vous donner le goût de la résurrection.
Joyeuses Pâques!

_____

« Aimez-nous les uns les autres ». Houlala!

On me transmet une auto-promotion réalisée par l’agence « houlala, communications de marque » et diffusée auprès de ses clients avec le message suivant:

« PROCLAMEZ VOTRE FOI EN HOULALA. Merci de vous joindre au rang des fidèles! À toutes et à tous, nous souhaitons un très heureux congé pascal. »

20140416-152515.jpg

Je ris au clin d’oeil et j’en profite pour rappeler:

  • Que si j’en crois les quatre évangile, Jésus n’est pas tombé dans l’auto-promotion. Il a bien dit « Aimez-vous les uns les autres! ».
  • Que les Églises chrétiennes doivent toujours se retenir de prêcher pour leur propre paroisse. Elles ne doivent jamais demander qu’on les aime, mais appeler chacun-e à aimer chacun-e et à s’aimer soi-même.

Allez, houlala, et ne péchez plus (mais ne comptez pas sur moi pour vous lancer la première pierre)!