Du croyant comme empêcheur de tourner en rond!

L’effet que Renan Larue attribue aux végétariens et aux véganes me semble valoir aussi pour les croyantes et les croyants. Ils ennuient parce qu’ils mettent les pieds dans le plat; ils gênent parce qu’ils empêchent de tourner en rond.

«Pour que nous puissions continuer à manger de la viande ou du poisson sans éprouver de culpabilité, nous avons besoin de savoir que tous les autres membres de notre groupe agissent de la même manière. L’unanimité de la violence éloigne en quelque sorte la responsabilité individuelle; elle évite que nous y pensions trop. La seule présence d’un végétarien rompt généralement cet accord inconscient et tacite. Lorsque quelqu’un assis à côté de nous refuse de manger le corps d’un animal, il met un terme à l’unanimité de la violence. Jusque-là, il n’était ni bien ni mal de manger de la viande, et le carnisme se trouvait hors du champ de la morale. Face à un végétarien ou un végane, le carnivore doit bien constater qu’une alternative existe et qu’il peut désormais choisir de tuer ou d’épargner les animaux, de détruire ou de préserver la nature.»  Larue, Renan. 2015. Le végétarisme et ses ennemis. Vingt-cinq siècles de débats. PUF: 256

Ainsi, lorsqu’il m’arrive de dire, sans fierté particulière, sans ostentation, sans même aucune volonté de prosélytisme, juste comme un fait, que je crois en Dieu ou que tel dimanche, j’irai au culte, mes interlocutrices et mes interlocuteurs se sentent souvent obligés de se justifier: Le culte? «J’allais à la messe avec mes parents, mais maintenant, ce n’est plus pareil!». Dieu? «On peut avoir une vie spirituelle sans croire en un dieu, non?». Sans que j’en aie aucunement l’intention, j’ai parfois l’impression de rompre un consensus tacite, celui qui veut qu’«on» vive sans se poser la question d’un Absolu, sans réfléchir si l’«on» pourrait  avoir besoin de la «variable Dieu». Le seul fait qu’il y ait des croyantes et des croyants remet ce consensus en question. Quand «on» croise une croyante ou un croyant, «on» est bien obligé de constater que même en Occident au 21ème siècle, il est possible de mettre sa confiance en Dieu et que cela peut même rendre heureux. «On» est alors bien obligé de prendre position, de se situer: «on» peut croire ou ne pas croire en Dieu, mais «on» doit se décider. L’immédiateté ne va plus de soi.

À vrai dire, même si je ne le recherche pas, je ne suis pas mécontent de provoquer cet effet. Car j’ai l’orgueil de penser remplir ainsi un rôle évangélique. Sans que je le demande, sans même que je le veuille (mais d’avoir écrit cet article sur mon blogue va rendre cet effet moins spontané), par ma seule présence et par ma seule parole, je crée une occasion pour mes interlocutrices et mes interlocuteurs de prendre position pour ou contre Dieu. Et peu importe leur réponse! Car j’aime autant celles et ceux qui croient en Dieu, celles et ceux qui nomment autrement leur Absolu, celles et ceux qui se posent des questions, celles et ceux qui assument tranquillement leur incroyance ou leur mécréance, sans fierté particulière, sans ostentation, sans même aucune volonté de prosélytisme, juste comme un fait.

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