Futilités estivales autour du goût, des lèvres et de la globalisation

J’ai inclus dans mon programme estival la lecture de deux excellents livres autour de la question de la religion, des rites et des sens:

Deux excellents livres qui viennent nourrir et renouveler mon point de vue.

  • Dans le premier, l’historien Éric Palazzo, professeur d’histoire du Moyen Âge à l’Université de Poitiers, analyse des images médiévales pour montrer combien la messe est synesthésique, c’est-à-dire qu’elle mobilise tous les sens de celles et ceux qui y participent. Il démontre aussi que les images de la messe remplissent exactement le même rôle: elles sollicitent évidemment la vue, mais elles donnent à voir des éléments qui évoquent l’ouïe (des musiciens par exemple), l’olfaction (un encensoir), le goût (une hostie) ou le toucher (un calice). Les images médiévales de la messe présente le programme de la messe. Mais elles font encore plus. Selon Éric Palazzo, la théologie médiévale confère à l’image, au texte et au livre le même pouvoir qu’elle attribue à l’hostie et au vin de messe, celui de rendre le Christ réellement présent.
  • Le second livre est un ouvrage collectif dirigé par Axel Michaels, professeur d’Indologie classique à la Heidelberg Universität, et Christoph Wulf, professeur d’anthropologie et de philosophie à la Freie Universität Berlin. Ils ont réuni une vingtaine de coauteur.e.s pour explorer la manière dont les rites (hindous surtout) mobilisent les sens. J’y ai (re)découvert cette évidence que les sens, leur nombre, leur définition, leur manière de fonctionner sont des constructions humaines et donc, forcément, partielles, fragiles et provisoires. Ainsi dans l’hindouisme, certains courants reconnaissent onze sens: cinq sens pour connaître (les oreilles, la peau, les yeux, la langue et le nez), cinq sens pour agir (la parole, les mains, les pieds, l’anus et les parties génitales) et l’esprit qui complète la liste.

Deux excellents livres qui font surgir deux questions (un bon livre est un livre qui suscite le débat parce que c’est un livre qui fait penser).

  1. Éric  Palazzo fait un amalgame rapide voire erroné, lorsqu’il attribue aux lèvres le sens du goût. Or, il me semble que les lèvres font toucher plus qu’elles ne font goûter, en tous les cas, qu’elles font toucher avant de faire goûter.
  2. Dans son introduction, Alex Michaels affirme que la globalisation, parce qu’elle passe par Internet et par la télévision, concerne la vue et l’ouïe, mais pas le goût et l’olfaction. Pourtant, à Lausanne ou à Montréal, je sens forcément la globalisation à plein nez: odeurs de friture, de curry, de barbecue, de pizza, de raclette, de dim sum, de pain frais, de bagel, de kebab, de bouillon, de tacos, de poisson, de graillon, etc. Si je veux, je peux, sans même quitter Lausanne ou  Montréal, goûter la globalisation, découvrir dans ma bouche, dans  mon ventre presque les goûts du monde.

Tout cela a-t-il vraiment de l’intérêt? Futilités estivales.

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