eucharistie

Le vin et le christianisme (sur cath.ch et reformes.ch)

On va trouver que je suis monomaniaque, mais je reviens encore sur la valeur théologique du vin.

Mais cette fois, je donne la parole à d’autres. Je rassemble des liens vers des articles parus cet été sur les sites des médias électroniques chrétiens suisses-romands: cath.ch (le portail catholique suisse) et reformes.ch (le portail des protestants réformés de Suisse romande) qui l’été dernier ont tous deux réfléchi sur cette fameuse valeur théologique du vin.

Cath.ch – Le vin et le divin: série d’été autour de la Fête des Vignerons

Reformes.ch – Le vin: plus social que jamais

L’ivresse de Noé à l’étude

undefined

Du poisson dans le tabernacle (théologie fiction)

De temps en temps, j’aime faire de la théologie fiction. Ça me détend. Et c’est la seconde fois que je vais en faire sur l’Eucharistie (Lire mon polar théologique Sur la piste du bretzel).

Lors d’une visite dans la ville du Havre, en France, j’ai visité l’étrange et belle église Saint-Joseph (la découvrir sur le site de l’Unesco) et, dans la chapelle du Saint-Sacrement, au centre du mur du fond, j’ai vu ceci:

Le Havre, église Saint-Joseph, chapelle du Saint-Sacrement. (c) Patricia Bauer

En voyant le poisson sur le tabernacle, je me suis demandé ce qu’il y faisait. D’où ma…

Théologie fiction:

Pourquoi un poisson figure-t-il sur le tabernacle? Suivez bien ma logique:

  1. Le poisson sur le tabernacle est un symbole du Christ, puisque le terme grec Ichtus peut se lire comme l’acronyme de l’expression « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur ».
  2. Comme l’indique la lumière rouge de la présence perpétuelle, le tabernacle de la chapelle du Saint-Sacrement contient des hosties consacrées.
  3. La consécration du prêtre provoque la transsubstantiation de l’hostie, c’est à dire que sa substance change de « galette de farine de pur froment » en « corps du Christ ».
  4. C’est ce que souligne le crucifié qui surmonte le tabernacle.
  5. On a toujours postulé que ce corps du Christ était de la chair humaine, c’est-à-dire de la viande.
  6. Mais traditionnellement, l’Église catholique romaine interdit la consommation de viande certains jours de la semaine – en particulier le vendredi, jour de la crucifixion – et certains jours de l’année – en particulier pendant le carême, les 40 jours avant Pâques -.
  7. Pour que les catholiques puissent communier tous les jours de la semaine et tous les jours de l’année, la consécration du prêtre transsubstantifie bien l’hostie en « corps du Christ », mais sous la forme de chair de poisson.
  8. Et c’est ce qu’indique le poisson sur le tabernacle de la chapelle du Saint-Sacrement, dans l’église Saint-Joseph du Havre.

Note: « chair » au lieu de « chaire » corrigé deux fois le 12 août 2019 après le commentaire pertinent de Jean-Paul Guisan.

Qui décide de la réalité d’une présence? #SITP2016

Au cours du 10e congrès de la Société Internationale de Théologie Pratique: « Découvrir, vivre et annoncer l’Évangile dans un monde transformé par les nouveaux médias numériques », un journaliste catholique pose la question de la présence réelle du Christ dans une Eucharistie retransmise par un média électronique.

Pour mémoire, rappelons que la théologie catholique postule que, lorsqu’un prêtre prononce certaines paroles et performe certains gestes, il transsubstantifie des hosties qui deviennent « réellement et substantiellement » le corps du Christ et une coupe de vin qui devient « réellement et substantiellement » le sang du Christ. Cette doctrine de la transsubstantiation a été promulguée par le 4e Concile de Latran en 1215.

On permettra au théologien protestant que je suis de trouver la question peu pertinente. Car la réalité d’une présence dépend toujours de celui ou celle qui la reçoit ou de celui et celle qui la perçoit. Le Christ n’est ni plus ni moins présent dans l’hostie que sur l’écran. Sa présence n’est ni plus ni moins réelle dans la bouche que dans les yeux. Le Christ n’est réellement et substantiellement présent – que ce soit dans une hostie, dans la Bible, dans le mot « Christ » ou partout ailleurs – que pour celui et celle qui croit qu’il y est présent.

Multiplier les pains de la Cène

Cet été est pour moi très « goûtu ». Dans une belle série sur le pain, le quotidien français La Croix m’a interrogé sur le sens théologique du pain et de la Cène. Mes propos ont été recueillis par Frédéric Mounier. Je les propose ici:

Chez les protestants, quels sont les arguments théologiques mis en jeu autour du pain?

Olivier Bauer: Deux courants traversent les Églises protestantes. L’un explique, par exemple dans le Grand Nord canadien, que si Jésus avait été inuit, il aurait partagé la viande de phoque. D’autres insistent sur le fait que la Bible évoque explicitement le pain et le fruit de la vigne. Entre Églises protestantes, le débat est ainsi ouvert: avec quel aliment peut-on célébrer? Mais aussi avec quel pain? Le pain quotidien? Le pain de la fête? J’ai célébré, un dimanche de la Trinité, avec du pain en forme de tresse qui, justement, me semble idéal pour symboliser la Trinité. Dans les contrées humides, on peut célébrer avec du biscuit sec, qui se conserve sans difficultés.

Comment vous situez-vous dans votre pratique pastorale personnelle?

O.B.: Il me semble qu’on doit pouvoir célébrer avec différents pains: azyme pour commémorer notre origine juive, avec une hostie en communion avec nos frères et sœurs catholiques, avec une brioche pour souligner le caractère festif, sans gluten pour n’exclure personne, ou au pain sec pour rappeler les pauvretés. Fondamentalement, il me semble qu’on mange aussi comme on croit. Pour les catholiques, il s’agit du corps du Christ. Du côté des protestants, il arrive à certains paroissiens de sacraliser le pain. C’est ainsi parfois le pasteur qui finit le pain entamé, alors qu’ailleurs, ce peut être la communauté, au cours de l’apéritif.

Comment envisagez-vous l’intercommunion?

O.B.: À mes yeux, le repas du Seigneur n’appartient pas à l’Église qui célèbre. Je constate que, dans une église catholique, le protestant peut venir dans le salon mais n’est pas admis à la « salle à manger ».


Lire dans La Croix, l’histoire du pain, relatée par Jean-Claude Raspiengeas:

Futilités estivales autour du goût, des lèvres et de la globalisation

J’ai inclus dans mon programme estival la lecture de deux excellents livres autour de la question de la religion, des rites et des sens:

Deux excellents livres qui viennent nourrir et renouveler mon point de vue.

  • Dans le premier, l’historien Éric Palazzo, professeur d’histoire du Moyen Âge à l’Université de Poitiers, analyse des images médiévales pour montrer combien la messe est synesthésique, c’est-à-dire qu’elle mobilise tous les sens de celles et ceux qui y participent. Il démontre aussi que les images de la messe remplissent exactement le même rôle: elles sollicitent évidemment la vue, mais elles donnent à voir des éléments qui évoquent l’ouïe (des musiciens par exemple), l’olfaction (un encensoir), le goût (une hostie) ou le toucher (un calice). Les images médiévales de la messe présente le programme de la messe. Mais elles font encore plus. Selon Éric Palazzo, la théologie médiévale confère à l’image, au texte et au livre le même pouvoir qu’elle attribue à l’hostie et au vin de messe, celui de rendre le Christ réellement présent.
  • Le second livre est un ouvrage collectif dirigé par Axel Michaels, professeur d’Indologie classique à la Heidelberg Universität, et Christoph Wulf, professeur d’anthropologie et de philosophie à la Freie Universität Berlin. Ils ont réuni une vingtaine de coauteur.e.s pour explorer la manière dont les rites (hindous surtout) mobilisent les sens. J’y ai (re)découvert cette évidence que les sens, leur nombre, leur définition, leur manière de fonctionner sont des constructions humaines et donc, forcément, partielles, fragiles et provisoires. Ainsi dans l’hindouisme, certains courants reconnaissent onze sens: cinq sens pour connaître (les oreilles, la peau, les yeux, la langue et le nez), cinq sens pour agir (la parole, les mains, les pieds, l’anus et les parties génitales) et l’esprit qui complète la liste.

Deux excellents livres qui font surgir deux questions (un bon livre est un livre qui suscite le débat parce que c’est un livre qui fait penser).

  1. Éric  Palazzo fait un amalgame rapide voire erroné, lorsqu’il attribue aux lèvres le sens du goût. Or, il me semble que les lèvres font toucher plus qu’elles ne font goûter, en tous les cas, qu’elles font toucher avant de faire goûter.
  2. Dans son introduction, Alex Michaels affirme que la globalisation, parce qu’elle passe par Internet et par la télévision, concerne la vue et l’ouïe, mais pas le goût et l’olfaction. Pourtant, à Lausanne ou à Montréal, je sens forcément la globalisation à plein nez: odeurs de friture, de curry, de barbecue, de pizza, de raclette, de dim sum, de pain frais, de bagel, de kebab, de bouillon, de tacos, de poisson, de graillon, etc. Si je veux, je peux, sans même quitter Lausanne ou  Montréal, goûter la globalisation, découvrir dans ma bouche, dans  mon ventre presque les goûts du monde.

Tout cela a-t-il vraiment de l’intérêt? Futilités estivales.

Quel goût a le Christ?

On sait probablement que le christianisme établit des liens entre le pain et le corps du Christ. Des liens sont aussi divers que les pains utilisés. Jean-Jacques Agbo, un prêtre catholique suisse venu à Montréal pour mener des recherches sur la messe et les six sens, m’apprend que si l’hostie est insipide, c’est pour éviter que l’on n’attribue un goût au Christ. Il me fait réaliser que le protestantisme exprime autrement la même altérité. Il varie les pains: blanc, brun ou noir; de campagne ou brioché; complet ou sans gluten; plat ou levé; de blé, de seigle ou d’épeautre. Sucré-salé, aigre-doux, umami et pimenté, le Christ est toujours ailleurs sur la palette des goûts, sur l’échelle des saveurs.