Un certain retour des mort·es

Entraîné par le moment — Halloween, fête des Morts et Toussaint — je suis plus sensible à l’attention particulière portée à la mort et aux mort·es. Et je constate un certain retour de la mort et des mort·es dans les pratiques protestantes.

Or, traditionnellement, la théologie protestante sépare la vie et la mort. Elle affirme :

« Quand on est mort, on est mort. Tout se joue durant la vie. Chacun·e est responsable de son existence. On ne peut plus rien pour les personnes décédées. Il ne sert à rien de prier pour les mort·es, à rien de se faire baptiser en leur nom. Au cas où il y aurait quelque chose après la mort ou des quelques choses différents, qu’on en profite ou pas, qu’on soit récompensé ou puni, tout cela sera décidé au moment où l’on meurt. »

Dans la pratique, adoucissant l’ordre radical attribué à Jésus — « Laisse les morts ensevelir leurs morts ; toi, va-t’en annoncer le règne de Dieu » (évangile de Luc, chapitre 9, verset 60) —, certaines Églises protestantes enterraient les mort·es au cimetière (parfois dans des « cimetières protestants » quand les catholiques refusaient d’enterrer des « hérétiques » dans la « terre sainte » des leurs). Cela fait, elles célébraient un culte avec les endeuillé·es pour remercier Dieu d’être vivant·e et pour rappeler à chacun·e son devoir de faire de sa vie une vie bonne et une vie belle.

Mais la pratique protestante a changé. Depuis longtemps, puisque j’ai le plus souvent vécu et célébré des services funèbres avant l’ensevelissement du corps ou le dépôt des cendres, devant ou derrière le cercueil. Depuis moins longtemps, puisque de nombreuses Églises ou paroisses protestantes célèbrent au mois de novembre, des cultes pour les familles endeuillées, pour faire mémoire des paroissien·nes décédé·es dans l’année.

Est-ce théologiquement juste ? Est-ce pastoralement utile ? Honnêtement, je n’en sais rien. C’est en tous cas dans l’air du temps. Mais que ça marche ne suffit pas à rendre la pratique légitime. Pour que les pratiques autour de la mort et du deuil soient utiles, il faut que les discours autour de la mort et du deuil soient justes. Il faut au moins annoncer ou rappeler :

  1. Que la mort représente la fin de cette vie.
  2. Qu’il est possible que la mort ne soit pas la fin de toute vie !
  3. Qu’on ne peut plus rien faire pour les personnes mortes sinon se souvenir d’elles !
  4. Que c’est avant de mourir qu’il faut chercher à mener une bonne vie !
  5. Qu’il faut se soucier des personnes vivant·es avant qu’elles meurent.

Sur la mort, on peut aussi lire trois articles de mon blogue:

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