Une Eglise attractive, ludique et interactive (Ecclésiologie et évangélisation, deuxième cours)

Résumé des épisodes précédents:

Le professeur Olivier Bauer a décidé de donner un cours de théologie vraiment pratique. Il a demandé aux deux pasteurs de Saint-Laurent Église, Daniel Fatzer et Jean Chollet, de lancer un défi aux étudiant.e.s de Master: « Transformer les portes en seuils et les seuils en passage » (voir la présentation du cours).

La semaine dernière, les quatorze étudiant.e.s ont proposé à Saint-Laurent Église sept idées. Daniel Fatzer en a retenu trois, celles qu’il a jugées les plus intéressantes, les plus originales et, pour l’une d’entre elles, la plus folle: créer un chemin qui conduise dans l’église et qui montre dehors ce qui se passe dedans; installer une communauté; organiser des combats de boxe pour symboliser les luttes spirituelles (voir le récit du premier cours).


UNIL, bâtiment Anthropole: mardi 12 avril, 9h15.

Je commence le cours. Tous les étudiant.e.s sont là, tous sauf un qui m’a prévenu de son retard.Je l’ai été. Car je lui donne raison. La théologie pratique ne s’apprend pas seulement en classe! (Mais elle s’apprend aussi en classe). J’écris et je réalise que je n’ai pas présenté les étudiant.e.s qui suivent mon cours. Voici une photographie qui devrait combler ce manque. (Si elle est surexposée, c’est que mes étudiant.e.s sont brillant.e.s.)

Cours de master "Ecclésiologie et évangélisation". UNIL, printemps 2016

Cours de master « Ecclésiologie et évangélisation ». UNIL, printemps 2016

UNIL, bâtiment Anthropole: 9h35

Croquis du chemin qui pourrait conduire à l'intérieur de saint-Laurent Église

Croquis du chemin qui pourrait conduire à l’intérieur de saint-Laurent Église

Aujourd’hui le cours est autogéré. J’informe les étudiant.e.s des objectifs et ils se mettent au travail en trois groupes, un par idée. À 10h 45 (pause comprise), ils doivent venir dans mon bureau pour me dire les forces et les faiblesses de chacune des trois idées, ainsi que les opportunités et les menaces qui peuvent favoriser ou freiner leur réalisation. Mais dans un premier temps, ils doivent s’approprier les idées et identifier ce qui « fait » porte, seuil et passage dans chacune d’elle. J’écris et je réalise que je ne vous ai pas donné les détails des idées. Ce n’est pas un oubli, mais une volonté. Comme à Las Vegas, « ce qui se passe dans mes cours reste dans mes cours ». Cette stratégie me paraît être la meilleure pour que les étudiant.e.s osent dire ce qu’ils pensent et ce qu’ils croient. Mais je fais une petite exception et je vous expose le croquis qui accompagne le projet du chemin. (Les étudiant.e.s en théologie pratique doivent être créatifs.)

Aux heures prévues, les trois groupes viennent me rapporter leurs réflexions. Échange de bons procédés, les étudiant.e.s partagent leurs idées, je les nourris (un peu).

Joindre l'utile à l'agréable

  • Le premier groupe confirme que l’idée du chemin est faisable, attractive, ludique et interactive. Sa principale faiblesse? Son coût qui pourrait être très élevé. Mais elle correspond bien à cette notion de lieux phares, voulus par l’Église évangélique réformée du canton de Vaud.
  • Pour le deuxième groupe, installer une communauté vivante à Saint-Laurent permettrait de se montrer fidèle à l’Évangile. On ferait vivre le lieu la semaine en prévenant les risques d’épuisement pastoral (ou en y répondant). Le projet pourrait s’appuyer sur les réalités de Saint-Laurent Église: des repas communautaires, l’installation d’un salon et d’un bar, une église ouverte en semaine, etc.
  • Le troisième et dernier groupe évoque les combats physiques servant d’image aux conflits spirituels. La grande inquiétude, c’est évidemment la question du défi et de la violence: Est-ce compatible avec le christianisme? Est-ce acceptable dans une église? Il faudra convaincre et probablement conduire le projet dans une version à bas seuil de violence. Des pistes existent: des parodies de combat, des combats chorégraphiés, un accent mis sur l’entraînement (qui développerait ses propres valeurs spirituelles).

Et une question, récurrente: qui construit les portes? ceux du dedans (pour que « d’autres » ne puissent pas entrer) ou ceux du dehors (pour ne pas avoir à entrer chez « les autres »)? Mais il est l’heure de s’arrêter. Pour manger? Oui, mais aussi pour participer à la Lectio Divina qu’organise une étudiante. Décidément, la théologie pratique ne s’apprend pas que dans les cours…

UNIL, bâtiment Anthropole: 13h15.

Mon  exposé a l’objectif suivant: « À 14h15, chaque étudiant.e saura à quoi sert l’Église du point de vue de la théologie réformée ». C’est à coup sûr un peu ambitieux. Mais je m’y emploie: rapport de l’Église à elle-même avec le sociologue Max Weber et le théologien protestant André Gounelle (dont les travaux sur l’Église sont disponibles en ligne); rapport de l’Église à ses membres sur la base des réflexions de la sociologue Danielle Hervieu-Léger; rapport de l’Église aux autres religions; rapport de l’Église au monde sur la base du livre au titre interminable mais qui dit bien ce qu’il veut dire: McLaren, B. D. (2006). A generous orthodoxy: why I am a missional, evangelical, post/Protestant, liberal/conservative, mystical/poetic, biblical, charismatic/contemplative, fundamentalist/Calvinist, Anabaptist/Anglican, Methodist, Catholic, green, incarnational, depressed-yet-hopeful, emergent, unfinished Christian. El Cajon, CA: Youth Specialties. Le sétudiant.e.s écoutent, commentent, complètent, critiquent. bref, ils/elles font leur travail d’étudiant.e.s. Mais il leur reste encore un dernier effort. Chaque groupe doit identifier les questions théologiques que posent les idées et qu’il pose aux idées. Encore une fois, je leur propose une démarche et je les laisse travailler de manière autonome.

Plan de la troisième période du cours

Plan de la troisième période du cours

Les résultats sont intéressants. Les étudiant.e.s vont notamment:

  • Chercher « le rôle de la porte dans l’Ancien et le Nouveau Testament: ouverture et fermeture »(estimation du temps de travail: 20 heures);
  • Lire De la vie communautaire par Dietrich Bonhoeffer pour comprendre « la tension entre individu et communauté » (3 heures);
  • Lire des documents et rencontrer des pasteur.e.s pour « expliciter le projet ecclésiologique de l’EERV pour le lieu-phare » (10 heures);
  • Trouver des ressources pour permettre aux « ministres/accueillants d’être prêts à être en contact avec les Roms, les alcooliques ou les toxicos » et à « défendre une théologie face à d’éventuelles provocations ou agressions » (sans estimation du temps de travail).

Avant le prochain cours, chaque étudiant.e doit faire ses recherches (j’évaluerai ces travaux) et transmettre ses résultats aux autres membres du groupe. Quant à moi, je me réjouis de les lire. Je sais que je vais encore apprendre.

UNIL, bâtiment Anthropole: 15h45.

Je mets fin au cours.


Rendez-vous sur mon blogue pour le compte-rendu du troisième cours: mercredi 20 avril.

Un commentaire

  1. Pasteur, Je suis tres heureux de votre methodologie de travail avec vos etudiants et vous remercie. Personnellement,j,ai été formé par les neerlandais a l,Ecole Reformee de Theologie à Lubumbashi en R.D.Congo. C,est cette methodologie que nous suivions. Merci. Pasteur Muteba Theophile

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