« Comme de bien entendu »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


4. « Comme de bien entendu »

Jésus aurait dit « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende » (Évangile de Matthieu 13,9). Ce qui a l’avantage de n’exclure personne. Surtout que Jésus n’a même pas dit « pour écouter ». À part quelques personnes dont les oreilles ne servent qu’à soutenir les lunettes ou leur chapeau, nous avons toutes et tous des oreilles pour entendre.

Tautologie donc, sauf pour les sourd·es et les malentendant·es, évidemment. Et de fait, Jésus et moi et nous les privons de « Dieu », quand nous limitons sa révélation à l’ouïe. Ce que faisait Martin Luther quand il écrivait « Dieu n’a plus besoin des pieds ni des mains ni d’aucun autre membre ; il ne requiert que nos oreilles » (je sais que je ne lui rends pas entièrement justice avec cette seule citation).

Mais alors d’où vient le privilège que le christianisme et plus spécifiquement le protestantisme accordent à la parole, à la parole rationnelle, que ce soit sous sa forme orale ou écrite ? Depuis des années, j’ai eu le temps d’y réfléchir et d’en reconstruire la logique sous-jacente.

J’en ai conclu que le privilège ne concernerait pas toutes les paroles, mais seulement la Parole de « Dieu ». Le « P » majuscule serait là pour indiquer que la Parole de « Dieu » n’équivaudrait pas au langage des êtres humains. J’en ai conclu qu’on parlerait de « Parole » parce que c’est une caractéristique de la parole d’être un événement — sitôt prononcée, sitôt envolée — ; parce que c’est une caractéristique de la parole de ne pas exister sans un sujet qui la prononce ; que c’est une caractéristique de la parole de venir de l’extérieur — d’un·e autre qui parle — et de venir jusqu’à moi — un·e autre qui écoute — ; que c’est une caractéristique de la parole d’être immatérielle, impossible à posséder, mais susceptible d’être multipliée à l’infini !

« Parole de “Dieu” » donc comme une manière économique — trois mots seulement — que la révélation de « Dieu » est toujours un événement, qu’elle implique toujours un sujet, qu’elle vient forcément d’ailleurs et doit aller plus loin, qu’elle nous dépasse et nous échappe.

Parfait !

Sauf que je sais aussi d’expérience que la parole vaut pour le pouvoir qu’elle donne à qui l’utilise. C’est le philosophe Michel Serres qui m’a ouvert les yeux — oui, ouvert les yeux puisque je l’ai compris en lisant son livre Les cinq sens —. Je peux refuser de manger, je peux m’abstenir de tout contact, je peux me pincer le nez ou fermer les yeux. Mais il m’est plus difficile de me débarrasser des sons : musiques, bruit, mots, etc.

Et si le privilège de la parole — qu’elle soit Parole de « Dieu » ou parole humaine (Karl Barth) — venait surtout de l’autorité qu’elle donne au pasteur·e ? Faudrait-il encore le maintenir ?


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Dansons, joue contre joue» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)

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