communion

Au culte protestant, mes ami·es!

Où peut-on rencontrer des gens connus et inconnus, passer deux heures dans un lieu historique, voir des bouquets, trembler pour une funambule, découvrir un texte vieux de 2000 ans, écouter un discours de motivation, du Bach et du Brel, de la flûte traversière et de l’orgue, chanter, manger du pain et boire du vin, faire un don pour aider les autres?

Où peut-on se sentir membre d’une communauté et se sentir béni?

Au culte protestant, mes ami·es!


Une théologie de la planche à pain

Donnant un cours sur les rites et les sacrements à l’Université de Lausanne (télécharger le plan du cours Mettre nos hypothèses sur les rites et sacrements à l’épreuve de la théologie pratique), j’ai demandé aux étudiantes (seules des étudiantes suivent ce cours) de sortir et de visiter soit une église protestante — la cathédrale de Lausanne —, soit une église catholique — la basilique du Valentin — avec cette consigne :
« Durant votre visite, vous recueillerez le maximum d’indices immobiles (architecture, meubles, etc.), d’indices mobiles (objets, vêtements, décors, autres éléments matériels), éventuellement d’indices éphémères (paroles, musiques, gestes, autres éléments immatériels) à propos de tous les sacrements célébrés dans l’église que vous visiterez. Vous garderez les indices qu’il vous sera possible de garder (par photographies, enregistrements, documents, etc.). Attention, il vous est strictement interdit de voler des objets ou des fragments d’objet ! »
Je leur ai ensuite demandé de reconstruire la théologie des sacrements que ces indices révèlent et de partager le résultat de leur travail. Comme vous l’imaginez, elles ont très bien travaillé. J’ai fait le même travail et j’ai pris cette photographie dans la sacristie de la cathédrale de Lausanne. Comme je suis un piètre photographe, je précise qu’il s’agit d’une planche à pain avec un couteau à pain.
CathedraleLausanne_PlanchePain

Dans une armoire de la sacristie de la cathédrale de Lausanne

En cours, j’ai reconstruit la théologie que m’inspire cette planche à pain.
  1. S’il est nécessaire de conserver une planche et un couteau à pain dans la sacristie de la cathédrale de Lausanne, c’est certainement qu’on doit y couper du pain.
  2. Je sais par ailleurs que dans les cultes protestants, on célèbre la communion — qu’on appelle « cène » en protestantisme et « eucharistie » en catholicisme — avec du pain levé, du pain ordinaire, du pain de boulangerie ou du pain fait maison.
  3. La planche et le couteau à pain sont donc les indices mobiles que dans la cathédrale de Lausanne, on célèbre la cène et qu’on la célèbre avec du pain.
  4. Je n’exclus pas la possibilité que la planche et le couteau soient utilisés pour préparer les tartines de la pasteure ou les sandwichs de l’apéritif après le culte.
  5. Je me demande pourquoi il est nécessaire de couper le pain consommé lors de la cène.
  6. Il est possible, voire probable, que l’on coupe à l’avance des tranches ou des morceaux de pain pour faciliter la distribution et la consommation.
  7. Il est possible aussi que l’on prédécoupe la partie du pain que la pasteure va rompre dans un geste liturgique mimant le geste attribué à Jésus.
Voilà ce que la planche à pain me dit de la théologie et de la pratique du sacrement de la cène en vigueur dans la cathédrale de Lausanne en 2021. Et voilà comment je fais de la théologie pratique à partir du terrain.

Livre # 4 le 1er mai 2021 : « la Bible de ma communion »

Campagnac, F., Raimbault, C., Py-Renaudie, F., & Vanvolsem, É. (2015). La Bible de ma communion. Mame. 312 pages.

Une citation percutante

« Le peuple d’Israël sait que Dieu est avec lui. Quand il lui arrive un événement important, il pense que Dieu y est pour quelque chose. Alors, il réfléchit et il cherche à comprendre ce que Dieu a fait pour lui. Pour ne rien oublier, les parents racontent et répètent tout cela à leurs enfants, puis aux enfants de leurs enfants. Un jour, des savants décident de rassembler et d’écrire toute cette mémoire du peuple d’Israël. C’est un très gros et un très long travail : il dure plusieurs siècles. » (page 9)

Le livre

Appartenant au genre des « beaux livres », la Bible de ma communion se range dans un élégant coffret blanc. Sa couverture est rigide, avec un titre en lettres dorées et une tranche de la même couleur (ou de la même matière ?). Ses pages sont épaisses, son papier est glacé. Chaque page contient une ou des illustrations.

Côté contenu, elle propose une sélection d’histoires bibliques — 14 passages pour chacun des deux Testaments ; 101 des 141 pages du Nouveau Testament sont consacrées à Jésus, de sa naissance à son ascension — réécrites pour des enfants, raccourcies, simplifiées et toujours au présent : « Pendant cette période, il y a d’autres juges comme Gédéon. Il y a même une femme, Débora, dont tout le monde admire le courage » (page 72). Tous les passages sont introduits par un titre et par l’indication de la référence biblique, ce qui est pratique pour relire le texte dans une autre version. Certains passages sont des citations complètes de la Bible de la Liturgie et les paraphrases sont parfois entrecoupées de citations :

« Paul invente une image. Notre corps a plusieurs membres : une tête, deux jambes, deux bras, etc. Est-ce que cela fait plusieurs corps ? Non, bien sûr ! Eh bien, dit Paul, c’est pareil pour nous les chrétiens. Nous sommes tous différents, comme les membres, et nous sommes tous unis en un seul corps. “Or. Vous êtes le corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes les membres de ce corps.” (1 Co 12,27). » (page 287)

Outre les récits bibliques, l’ouvrage contient des introductions, des commentaires des explication sur les « mots compliqués », des « pages spéciales [qui] aident à comprendre dans quel monde vivaient les gens de la Bible », et des annexes, notamment un index des personnages et des épisodes et un lexique des mots expliqués.

Au-delà de la qualité du livre — un beau livre est-il un bon choix ? J’y reviendrai —, ce qui compte dans une Bible pour enfants, c’est la qualité du texte et des illustrations. Pour les évaluer, je choisis un récit de circonstance, celui du don de l’Esprit à la Pentecôte.

Le texte

La Pentecôte Ac 2, 1-13

Cinquante jours après la Pâques, c’est la fête de la Pentecôte. Les apôtres sont tous réunis dans une maison de Jérusalem. Soudain, un grand bruit venant du ciel, semblable à un violent coup de vent, remplit toute la maison. Les apôtres voient apparaître une sorte de feu : il se sépare en petites flammes, en forme de langues qui se posent sur chacun d’eux.

Tous sont alors remplis de l’Esprit Saint. Voilà qu’ils ouvrent portes et fenêtres et qu’ils se précipitent dehors ! Et surtout, ils se mettent à parler à pleine voix en différentes langues, des langues de toute la terre !

Or la ville de Jérusalem est remplie de pèlerins. Ce sont des Juifs venus de tous les pays du monde pour la fête de la Pentecôte. En entendant le bruit, les gens se rassemblent devant la maison des apôtres. Ils n’en croient pas leurs oreilles : « Que se passe-t-il ? Ces hommes qui nous parlent sont des Galiléens, or chacun de nous les entend chanter la gloire de Dieu dans sa propre langue ! Pourtant, nous appartenons à tant de peuples différents. Parthes, Grecs, Égyptiens, Libyens, Romains, Arabes… » Mais d’autres personnes ricanent : « Ils ont bu trop de vin, voilà tout ! » (page 260)

Le choix d’inclure le récit de la Pentecôte est un bon choix, puisqu’il indique la manière de croire en Dieu en l’absence de Jésus. Et c’est ce la condition de l’enfant qui communie. La paraphrase me semble proche du texte biblique et les modifications me paraissent presque toutes justifiables ; à peine, l’ajout d’une mention sur l’ouverture des portes et des fenêtres me paraît inutile, celle des « langues de toute la terre » doit renforcer la valeur du miracle. L’évocation de la fête de la Pentecôte est un ajout qui prend son sens dans la note qui l’accompagne « La Pentecôte est une fête juive qui a lieu cinquante jours après la fête de la Pâque ». Je regrette que les « Juifs de naissance » ait disparu de la liste des personnes qui entendent chanter la gloire de Dieu dans leur propre langue.

L’illustration

À côté du texte figure cette illustration :

L’illustration est peinte à l’aquarelle, dans un style réaliste, à peine un peu enfantin. Ce qu’elle reprend, c’est certains points du texte : la maison — elle paraît petite et sans fenêtre —, la réunion des douze apôtres — à ce moment, Matthias a déjà remplacé Judas — et les flammes sous la forme desquelles se donne l’Esprit Saint. Ce qu’elle précise, ce sont les attitudes variées des apôtres : certains en prière, d’autre les yeux tournés vers le ciel, etc. Ce qu’elle ajoute, c’est la présence de Marie identifiable à la couleur bleue de sa robe bleue. Placée au milieu du groupe des apôtres, les mains jointes dans une position typique de prière catholique, elle est au centre de l’attention, de l’attention des apôtres comme de l’attention de celle ou celui qui regarde l’image.

Textes et images

C’est l’occasion de rappeler et de se rappeler que comme les traductions, les réécritures et les images interprètent et réinterprètent les textes « originaux » et leur donnent un autre sens, un nouveau sens, un sens différent.

Ce qui peut séduire

Le mois de mai représente sans doute le pic des ventes du livre. Car elle est faite pour être offerte à des enfants qui « font leur première communion », un sacrement célébré entre Pâques et Pentecôte. Les éditions Mame ont tout fait pour que leur Bible de ma communion — comme leur Petit catéchisme de ma communion ou leur Missel de ma communion — plaise. Mais comme beaucoup de livres d’enfants, elle doit plaire, non pas aux enfants, mais aux parents, aux marraines et aux parrains, à celles et ceux qui sont susceptibles de l’acheter pour l’offrir. C’est un cadeau catholique, mais pas trop — le petit catéchisme et le missel le sont évidemment plus —, avec lequel la personne qui l’offre manifeste un intérêt — réel ou de circonstance — pour la chose religieuse. La qualité du livre et son prix en font un cadeau tout à fait acceptable, pour qui l’offre et pour la famille qui le reçoit.

Mon avis

(+) Sachant que les éditions Mame proposent dans la même collection deux autres ouvrages, un catéchisme et un missel, je me réjouis que ce soit la Bible qui s’achète le plus ! J’apprécie le mélange de paraphrases et de citations. La paraphrase permet à l’enfant de comprendre ce qu’elle ou il lit. Les citations la ou le familiarisent avec les textes lus au cours de la messe. Comme toujours, j’aime les explications qui désacralisent des livres qu’il ne faudrait jamais nommer « Écritures Saintes ».

(–) La Bible de ma communion est un beau livre qui fait incontestablement un beau cadeau et un bel objet à placer dans une bibliothèque. Mais cette qualité et son prix la font-ils lire plus ou moins ? J’aurais tendance à dire plutôt moins et à penser qu’une Bible moins chère et même moins belle, une version plus pratique pourrait faire un meilleur cadeau. Elle serait peut-être moins intimidante, deviendrait peut-être un objet plus usuel qu’un enfant ouvrirait peut-être plus facilement et plus souvent pour la lire et la relire.

Les auteur·es

La Bible de ma communion mentionne et présente brièvement trois auteur·es : François Campagnac est un prêtre « passionné par la Bible », responsable de catéchèse et de formation biblique ; Christophe Raimbault est docteur en théologie et exégète biblique ; Fabienne Py-Renaudie est une docteure en histoire religieuse qui a mené des recherches sur les Bibles pour enfants. Leur rôle n’est pas précisé, mais j’imagine qu’elle et ils ont sélectionné les textes, les ont réécrits pour des enfants, ont rédigés les introductions, les notes et les commentaires.

Les illustrations sont l’œuvre d’Émilie Vanvolsem qui n’est pas présentée. En consultant son site Internet, j’ai appris qu’elle est une illustratrice jeunesse née en Belgique en 1978 et découvert qu’elle a illustré plusieurs ouvrages pour enfants parus aux éditions Mame, en particulier Le petit catéchisme de ma communion et Le missel de ma communion. Pour plus de renseignements, je vous recommande de consulter sa « bio dessinée par moi-même ».

La maison d’édition

Sur leur site Internet, les éditions Mame annoncent qu’elle publient des « livres de référence pour vivre, célébrer, penser et transmettre la culture et la foi chrétienne en famille comme en Église, d’une façon toujours nouvelle. » Elles sont une maison d’édition catholique qui publie deux livres à succès qui lui assurent une rente de situation : La Bible, traduction officielle liturgique et Le Catéchisme de l’Église catholique.


Ouvrages déjà traités:

« Jolie bouteille, sacrée bouteille »

Dans la dynamique de mon cours Vouloir, pouvoir, devoir transmettre « Dieu » à tous les sens, je propose chaque mercredi matin pendant les prochaines semaines, 12 chroniques réunies sous le titre Les confessions d’un autre pasteur B., en hommage au titre du livre de Jacques Chessex : Chessex, J. (1974). La confession du pasteur Burg. Ch. Bourgois.


6. « Jolie bouteille, sacrée bouteille »

Moi, ce que j’aime le plus dans le culte… c’est la cène ! Je m’y sens en communion avec mes sœurs et mes frères en Christ. Que nous y partagions du pain et du vin n’y est pas pour rien. Et que nous mangions ce pain partagé et que nous buvions ce vin partagé y est pour tout. Car la nourriture nous rapproche, car la nourriture nous rassemble. Car ce pain, car ce vin nous font goûter quelque chose de « Dieu » ; son envie que les êtres humains collaborent avec lui — de lui le blé et le raisin, de nous le pain et le vin — ; notre besoin d’être ensemble — un épi ne fait pas un pain, une grappe ne fait pas du vin — ; le souvenir d’unee mort — « ceci est mon corps donné pour vous » — et l’espérance d’un futur — « je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à ce que je le boive nouveau avec vous dans le royaume de mon Père » ; ce qui nourrit et ce qui enivre.

Moi, ce que j’ai toujours aimé dans le culte protestant, c’est la liberté qu’il offre. Rien n’est sacré en soi — pas même la bouteille trop chère à Graeme Allwright —, tout peut devenir symbole. Et je ne m’en suis jamais privé.

J’ai célébré des cènes avec du pain de mie par solidarité avec les moins riches, avec de la brioche pour faire du dimanche un jour de fête, avec du pain de campagne pour conjoindre santés biologique et spirituelle, avec des hosties par esprit œcuménique, avec du pain challah — le pain juif du shabbat — par esprit interreligieux — mais il s’émiette quand il est trempé dans la coupe — ; avec de la tresse le dimanche de la Trinité — parfaite pour en indiquer tout le mystère, puisqu’une tresse qui paraît triple est formée de deux pâtons que l’on plie en quatre ! — ; mais aussi, au cours de mes voyages, avec de la baguette en France, avec un biscuit de mer sur une île — il m’a fallu mouiller mon doigt pour attraper la dernière miette —, avec du mil à Yaoundé, de la noix de coco à Papeete — comme Dieu s’approche des humbles, elle roule toujours au point le plus bas —, avec des galettes de sarrasin pour une paroissienne malade céliaque.

J’ai célébré des cènes avec du vin rouge pour nous transfuser à nous les communiant·es un sang qui nous fait vivre, avec du vin blanc pour nous rappeler que nous ne sommes pas des vampires ; avec de grands crus et des piquettes, avec des vins locaux — réalité de l’Église locale —, avec des vins étrangers — rappel de l’Église universelle —, avec le vin qu’offrent les vigneron·nes — quand les vignerons·nes offrent du vin —, avec du vin que j’achète aux vigneron·nes — parce qu’elles et ils doivent bien vivre et vivre bien — ; avec du jus de raisin parce que l’alcool peut être dangereux ; avec du vin et du jus de raisin biologique ou biodynamique — qu’importe l’ivresse pourvu qu’on ait la santé ! — .

Moi, ce que j’aime le plus dans les cultes, c’est la cène… et les après-cultes où l’on prolonge la cène en partageant ce qui reste à manger et à boire.


  1. «Paroles, paroles, paroles» (19 février)
  2. «Elle est ailleurs» (4 mars)
  3. «Des quantités de choses qui donnent envie d’autre chose» (11 mars)
  4. «Comme de bien entendu» (18 mars)
  5. «Voir, il faut voir, sais-tu voir?» (25 mars)
  6. «Jolie bouteille, sacrée bouteille» (1er avril)
  7. «Ça se sent que c’est toi» (8 avril)
  8. «Arrête, arrête, ne me touche pas» (22 avril)
  9. «Quand on ouvre les mains» (29 avril)
  10. «Mon coeur, mon amour» (6 mai)
  11. «Quand au temple nous serons» (13 mai)
  12. « Y’a qu’un Jésus digne de ce nom » (20 mai)

La cène pendant l’épidémie de coronavirus (3e article)

Pour celles et ceux qui seraient en manque de cène, je propose de commander cette boîte et de la célébrer chez elles et chez eux. L’hygiène est garantie, la communion ne l’est pas.


Sur la cène et le coronavirus, lire aussi sur mon blogue:

Comment célébrer la cène durant l’épidémie de coronavirus?

Pourquoi se poser la question? Parce que la cène exige des contacts et que les contacts augmentent les risques de transmettre et de contracter cette maladie.

Pourquoi chercher une réponse? Pour trouver une manière de faire qui respecte la dimension «communion» de la cène, tout en permettant à chaque participant·e de la vivre en paix.

Ma solution:

  • Pour le pain

Prédécouper des morceaux de pain en veillant aux conditions d’hygiène; les proposer dans des corbeilles; laisser les communiant·es les prendre.

  • Pour le vin

Remplir des gobelets individuels en veillant aux conditions d’hygiène; les proposer sur un plateau et laisser les communiant.es les prendre; préciser de ne pas boire immédiatement; quand tou·tes sont servi·es, inviter à boire tou·tes ensemble.


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