communion

Pain de la terre, pain du ciel

Dans le cadre de la Fête du blé et du pain organisée cet été à Echallens (près de Lausanne), je propose une exposition intitulée « Pain de la terre, pain du Ciel ». Elle est visible en visite libre du 15 juillet au 26 août de 8h à 20h30 dans le temple de la paroisse réformée d’Echallens . Vous pouvez vous y rendre et la voir « pour de vrai ». Mais, puisque des gens du monde entier suivent mon blogue (quel orgueil dans la formulation!), je la propose aussi en exposition virtuelle que pouvez visiter en cliquant sur l’affiche.


  • L’expression « Pain de la terre, pain du Ciel » est empruntée à l’exposition tenue au Musée de l’hospice du Grand-Saint-Bernard en 2012 (visiter le site du Musée et voir l’exposition) et au livre publié par Pierre Rouyer en 2012 aux Éditions du Grand-Saint-Bernard.
  • Pour la fête du blé et du pain, la paroisse réformée d’Echallens célèbre sur le thème du pain deux cultes et une célébration intercommunautaire les dimanches 12, 19 et 26 août à 9h45 (en découvrir le programme).

Multiplier les pains de la Cène

Cet été est pour moi très « goûtu ». Dans une belle série sur le pain, le quotidien français La Croix m’a interrogé sur le sens théologique du pain et de la Cène. Mes propos ont été recueillis par Frédéric Mounier. Je les propose ici:

Chez les protestants, quels sont les arguments théologiques mis en jeu autour du pain?

Olivier Bauer: Deux courants traversent les Églises protestantes. L’un explique, par exemple dans le Grand Nord canadien, que si Jésus avait été inuit, il aurait partagé la viande de phoque. D’autres insistent sur le fait que la Bible évoque explicitement le pain et le fruit de la vigne. Entre Églises protestantes, le débat est ainsi ouvert: avec quel aliment peut-on célébrer? Mais aussi avec quel pain? Le pain quotidien? Le pain de la fête? J’ai célébré, un dimanche de la Trinité, avec du pain en forme de tresse qui, justement, me semble idéal pour symboliser la Trinité. Dans les contrées humides, on peut célébrer avec du biscuit sec, qui se conserve sans difficultés.

Comment vous situez-vous dans votre pratique pastorale personnelle?

O.B.: Il me semble qu’on doit pouvoir célébrer avec différents pains: azyme pour commémorer notre origine juive, avec une hostie en communion avec nos frères et sœurs catholiques, avec une brioche pour souligner le caractère festif, sans gluten pour n’exclure personne, ou au pain sec pour rappeler les pauvretés. Fondamentalement, il me semble qu’on mange aussi comme on croit. Pour les catholiques, il s’agit du corps du Christ. Du côté des protestants, il arrive à certains paroissiens de sacraliser le pain. C’est ainsi parfois le pasteur qui finit le pain entamé, alors qu’ailleurs, ce peut être la communauté, au cours de l’apéritif.

Comment envisagez-vous l’intercommunion?

O.B.: À mes yeux, le repas du Seigneur n’appartient pas à l’Église qui célèbre. Je constate que, dans une église catholique, le protestant peut venir dans le salon mais n’est pas admis à la « salle à manger ».


Lire dans La Croix, l’histoire du pain, relatée par Jean-Claude Raspiengeas:

Petits liens de table

Sur la page « Alimentation et spiritualité », je viens d’ajouter un article que j’ai écrit en 2014 pour le magazine québécois Philo & Cie. Intitulé: « Petits liens de table », il commence ainsi:

Par expérience, tu sais qu’il est possible d’établir des liens en partageant des mets. Tu t’en souviens, entremêlant vérité du témoignage et vérité de la fiction, sans vouloir les démêler.

Tu commences par l’enfance. Et ses liens un peu vagues. Des liens de complicité avec l’une de tes grands-mères (celle qui n’a pas de réfrigérateur, mais un garde-manger creusé dans un mur en pierre). Autour du verre d’eau tiède qu’elle te fait boire lentement lorsque tu viens en trottinette lui rendre visite. Des liens formels avec tes autres grands-parents, dans des repas où tu apprends à manier différents couverts (à poisson, à fromage, à fruit, etc.), à demander humblement qu’on te « descende le sel », à boire (presque comme un grand) de l’eau rougie par le Bordeaux dans des verres en cristal. Des liens évidemment plus fréquents, plus longs et rétrospectivement plus difficiles avec tes parents. Avec ta mère qui cuisine plutôt bien mais qui se réalise en nourrissant sa famille, qui veut que tu finisses ton assiette « parce que les petits chinois meurent de faim ». Avec ton père qui consomme, sans mettre la main à la pâte, qui quitte la table lorsqu’il juge ses enfants insupportables. Ces repas plus légers (dans tous les sens du terme) lorsqu’il n’est pas là. L’absence de lien aussi, quand tu te caches pour te gaver de charcuterie et de fromage (tu es un boulimique qui te surveille). Un dernier lien, bizarre, quand un camarade d’école t’invite à manger chez lui, rue du Bon-Pain (ça, tu n’aurais pas pu l’inventer) pour éviter que ses parents le punissent pour son mauvais carnet scolaire (tu en as longtemps gardé une certaine aversion pour les rognons à la crème au menu de ce jour).

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